|
Après avoir travaillé pour la Communauté Européenne puis la Chambre d'Agriculture du Var, Michaël Latz, maire de Correns et ingénieur agronome, prend la direction d'une PME de distribution de produits phytosanitaires et de jardinerie en 1985. Aujourd'hui vigneron -il possède un domaine où sont produites 80 000 bouteilles par an- il monte, il y a deux ans une entreprise d'emballage et de conditionnement du vin. C'est ce parcours qui lui donne une sensibilité aux questions environnementales et un fort intérêt pour l'agriculture biologique. En 1987, quand la coopérative de Correns est en difficulté, il est persuadé avec d'autres, notamment le jeune président de la coopérative et son premier adjoint, que le vin bio est une solution pour le village. Une terre riche et ensoleillée où les maladies de la vigne ne sont pas de trop grandes menaces pour les récoltes, de petites exploitations familiales où la culture traditionnelle est encore de rigueur : plusieurs arguments plaidaient en faveur d'un passage au bio de cette terre "bénie des Dieux", comme il le dit. Le bio est une niche, les terres du village s'y prêtent, tentons la conversion pour redynamiser l'économie du village, tel pourrait être le résumé de la réflexion qui anime ces convaincus. A renfort d'arguments, de technologies modernes et d'analyse de marché, Michaël Latz explique que "d'un point de vue marketing il y a un intérêt à la jouer collectif" et convainc les différents coopérateurs qu'il y a là un avenir pour leurs exploitations. "Les aides de l'Etat ont aussi été un argument qui a beaucoup compté, car pour passer des terres à l'agriculture biologique les coopérateurs ont dû beaucoup investir," ajoute-t-il avec honnêteté et conclut "Cela a finalement été plus facile de les convaincre que je ne le pensais. La conversion au bio a donné de nouvelles perspectives au paysage viticole auquel, ici, beaucoup ne croyaient plus." Objectif atteint La volonté "de faire de ce produit de rêve qu'est le vin, un symbole qui relie les hommes entre eux" est une réussite. 95 % de la surface agricole de Correns, soit environ 300 ha, est cultivé selon les critères de l'agriculture biologique, 95% des coopérateurs sont passés au bio et les 5% restants font de l'agriculture raisonnée. La coopérative de Correns a absorbé celle du village voisin Le Val, et désormais le vin des deux villages se répartis comme suit : le bio pour la coopérative de Correns, le "raisonné" pour celle du Val. De 40 000 bouteilles par an, la coopérative est passé à aujourd'hui 800 000. La revitalisation économique a permis au village de profiter de la pression démographique régionale et d'échapper à la désertification : aujourd'hui, 700 habitants y vivent. De nouveaux venus, des maraîchers, se sont installés et, à Correns, on souhaite aussi cultiver les plantes aromatiques et médicinales (huiles essentielles, Herbes de Provence) selon les normes de l'agriculture biologique. La mairie travaille sur ce dossier pour que, pendant les 7 ans de repos obligatoires pour les terres vinicoles, on puisse développer ce type de cultures sans appauvrir les terres et avec des entreprises d'insertion par l'agriculture. Mais, comme le dit lui-même Michaël Latz, "je ne suis pas un intégriste du bio. Si toutes les céréales de la planète étaient produites selon les préceptes de l'agriculture biologique, nous irions au devant de grandes famines. L'agriculture biologique est une agriculture intelligente, elle doit servir d'exemple. C'est son développement qui incitera l'agriculture classique à mieux tenir compte des aspects environnementaux." Le développement durable en marche Ce village qui a sauvé sa coopérative grâce au bio, a reçu pour sa politique environnementale le 2e prix des trophées éco-actions décernés par l'association des éco-maires de France en 2000 et, un an plus tard, le ministère de l'Environnement lui a décerné le label "Merci dit la planète". La démarche ne s'arrête pas la : aujourd'hui les projets de réhabilitation et d'agrandissement de la mairie se font selon les normes HQE et celle-ci offre déjà gratuitement 4 heures de conseil en énergies renouvelables et construction durable à toute personne qui dépose un nouveau permis de construire. "Au moins ils seront informés", précise Michaël Latz qui a prouvé que le volontariat est à la base du changement.
|