Coopération décentralisée où la mondialisation à visage humain

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Publié le 20-01-2003

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Envoi de volontaires, conception de projets, appuis financiers : les collectivités locales du Nord tissent des liens avec les pays du Sud. Le point sur la coopération décentralisée, ses succès et ses dérives, avec Bouna Warr, directeur de l'Agence régionale de développement de Saint Louis du Sénégal.

Que représente pour vous la coopération décentralisée ?
Bouna Warr
: Environ la moitié des ressources dont nous disposons, soit 800 millions de francs CFA par an. Nos principaux partenaires sont le Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais, la région Rhône Alpes et, bientôt, Midi-Pyrénées. Avec le Nord Pas de Calais, nous avons une vieille tradition de coopération. Louis Faidherbe, gouverneur de Saint-Louis, était Lillois. Sa statue se trouve toujours sur la place principale de la ville. Et beaucoup de Lillois ont toujours des maisons à Saint-Louis.

Concrètement, sur quels projets travaillez-vous ?
Bouna Warr
: Chacun de nos partenaires travaille selon un axe spécifique. Le Nord-Pas-de-Calais s'intéresse en particulier à l'environnement et l'éducation. Avec lui, nous avons consacré un budget de plus de 100 millions de francs CFA à la construction de classes dans la région. En partenariat avec l'institut Pasteur de Lille, nous travaillons à la mise au point d'un vaccin contre la bilhiarzose, un parasite dangereux qui pullule dans les eaux stagnantes. Peut-être allons-nous décrocher bientôt un prix Nobel, qui sait ? Il existe également un programme de santé populaire pour les mères et leurs enfants, mené à Saint-Louis et à Dagana, à 100 kilomètres de Saint-Louis. Dans cette petite ville se déroule aussi un programme de collectes des ordures ménagères avec des chevaux offert par la région Nord (voir article).
 
Et avec les autres collectivités locales françaises ?
Bouna Warr  : Avec Midi-Pyrénées, nous allons travailler sur les questions de développement agricole. La convention est en cours de négociation et devrait déboucher sur un appui de 300 millions de francs CFA par an. Avec Rhône-Alpes, nous consacrons nos efforts à l'appui aux entreprises. Cela touche directement la vie des quartiers. Par exemple, nous construisons actuellement une maison de quartier à Diamaguène qui accueillera un centre de formation aux métiers de l'hôtellerie, une salle d'informatique, une bibliothèque...

Cela ne doit pas toujours être facile en mettre en œuvre une coopération efficace avec autant de partenaires différents ? 
Bouna Warr
: Jusqu'en 1996, l'association des Lillois de Saint Louis se chargeait de recevoir et distribuer elle-même les fonds. Nous avions peu de contrôle sur le contenu des projets. Aujourd'hui, les choses se mettent en place sur le plan institutionnel. L'ARD est chargée de coordonner les projets et leur pilotage. Et nous tentons d'impliquer davantage nos partenaires là où ils sont vraiment utiles. Nous n'hésitons pas à bloquer certains projets qui nous paraissent fantaisistes, par exemple des voyages d'études très chers et peu utiles. Mais la coopération décentralisée reste encore un monde nébuleux. Les élus du Nord eux-mêmes en sont conscients ! Il y a un besoin de recentrage dans leur politique de coopération.

Aujourd'hui, les choses ont-elles vraiment changé ?
Bouna Warr : Malgré nos efforts, la définition des projets de coopération continue la plupart du temps à se faire dans le Nord. Résultat : nombre de nos concitoyens considèrent les élus du Nord comme plus importants que leurs propres élus. Les collectivités locales du Nord sont très demandeuses de projets à l'étranger car ils leur permettent de créer une relation avec leur propre société civile. En ce qui concerne les échanges interculturels, la coopération est une grande réussite. Par exemple, beaucoup de volontaires venus d'Europe se marient ici avec des Sénégalais(e)s! Sur le plan du développement, le bilan est plus contrasté. Une proportion importante des aides est détournée. Les dérives existent, par exemple les voyages d'études avec femmes et enfants pendant les vacances, le favoritisme dans le choix de la maîtrise d'ouvrage... C'est pourquoi il est important de mettre en place un circuit qui permette de mieux contrôler localement la coopération, comme nous l'avons fait avec l'ARD à Saint-Louis. Mais malgré ses faiblesses, je crois que la coopération décentralisée offre un visage humain à la mondialisation. Elle crée des échanges directs entre les sociétés civiles du Nord et du Sud. C'est déjà beaucoup.

Propos recueillis par André Mora
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