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Vue de l’extérieur, l’aventure de Dongtan, éco-cité « Potemkine », fait figure de doux rêve urbanistique. Paraphé en 2005 au 10 Downing Street, le projet sino-britannique avait provoqué un buzz médiatique planétaire. Aujourd’hui, les quelques éoliennes dongtanaises doivent se sentir bien seules, quand on sait qu’à l’origine, le projet devait être la vitrine verte de la Chine pour l’exposition universelle de Shanghai. « Le plus frappant, c’est que tout le monde semblait aimer ce projet urbain radical, et que personne n’a jamais remis en question, ni sa forme, ni son architecture, ni sa faisabilité », souligne Austin Williams, directeur du projet Future Cities. Et d’en conclure : « Tout le monde était trop occupé à promouvoir le rêve de la neutralité carbone, comme si ce qui portait le préfixe « éco » était immunisé contre toute critique.» Plusieurs raisons à cet échec. La première étant que le principal soutien politique du projet, Chen Liangyu, ex-secrétaire du parti de Shanghai, est tombé pour corruption. Suite à quoi, les investisseurs se sont peu à peu retirés, tandis que les permis de construire sont arrivés à expiration. L’autre critique consiste à voir en Dongtan un projet trop ambitieux, condensé de technologies vertes coûteuses. Pour Emmanuel Breiffel, architecte et anthropologue qui dirige le cabinet SUDA France, Dongtan est « l’exemple type de cette tendance qu’ont les grands cabinets occidentaux à prendre la Chine comme terrain d’expérimentations pour leurs propres éco-villes, dans la mesure où le coût de revient y est bien moindre. On fait des tests en Chine sans prendre en compte la réalité chinoise. » L’exemple le plus frappant est celui de Huangbaiyu. Conçue par un cabinet américain, cette éco-cité s’est matérialisée en 2006 par des logements hors de prix, inadaptés à la vie des paysans locaux. Une tendance lourde S’il n’existe pas de définition type de l’éco-ville, de nombreux pays imaginent des prototypes et passent à l’acte, tels les Emirats avec le projet Masdar. C’est particulièrement le cas de la Chine, en phase d’urbanisation rapide. De 650 millions de citadins, elle devrait passer à 926 millions en 2025, 1 milliard en 2030, selon le ministère du Logement. Or un citadin consomme en moyenne 3 à 4 fois plus d’énergie qu’un rural et la Chine a fait la promesse de réduire son intensité carbone... L’éco-ville apparaît donc comme une solution pour réduire les émissions carbone du pays, qui dépend encore à 70% du charbon pour sa production d’électricité. Le 19 octobre dernier, la société chinoise pour les études urbaines a ainsi publié une « stratégie de développement d’éco-villes faibles en carbone ». Et depuis quelques années, des dizaines de municipalités se sont emparées du concept, ce qui ne va pas sans susciter des critiques. Pour Kongjian Yu, architecte paysagiste à Pékin, l’éco-ville chinoise est surtout un slogan accrocheur au service des promoteurs et des municipalités, tous deux désireux d’attirer des investisseurs ou de se faire bien voir par Pékin. « Aujourd’hui, tout le monde et personne fait des éco-villes en Chine, aucune n’existe mais des centaines de projets sont soit disant en cours. Je pense que la plupart sont factices.» De fait, leur nombre est incertain, entre 10 et 40, un flou qui résulte en grande partie de l’absence de supervision centrale. Certes, comme le rappelle Nicolas Samsoen, chargé de mission au cabinet AREP, le risque d’utiliser le mot éco-cité pour donner un coup de peinture verte n’est pas propre à la Chine. « Je ne crois pas que la dynamique soit de moindre qualité en Chine qu’en France. Qu’il n’y ait pas de standard pour définir l’éco-ville n’est pas absurde, car chaque cas est particulier. » D’ailleurs l’échec de Dongtan est selon lui la preuve que la Chine a l’intention d’avancer dans la conception de villes durables. « Même si au moment de la réalisation, il aurait sans doute fallu abandonner des éléments, fixer un cap et une ambition de départ ne me semble pas déraisonnable. » Embryons de projets Parmi les projets les plus en vue en Chine aujourd’hui, on trouve l’éco-ville de Tianjin, lancée en novembre 2007. Fruit d’un partenariat entre la ville de Tianjin et l’Etat de Singapour, elle devrait accueillir 350 000 citadins d’ici 10 à 15 ans. Trois piliers ont été définis : offrir un cadre aussi vert que possible et une bonne qualité de vie aux habitants, le tout nourri par un solide développement économique. Pour cela, elle sera adossée à une zone d’activité économique. « En Chine, le gouvernement perçoit souvent les projets de villes expérimentales comme un appui à des stratégies industrielles, notamment pour le développement des technologies propres », observe Jean-François Doulet, maître de conférences à l’Institut d’urbanisme de Paris. C’est ce qui est prévu pour l’éco-ville de Tianjin, même si contrairement à Dongtan, ses ambitions vertes sont modestes. « Ce n’est ni un condensé des dernières technologies vertes ni une ville zéro émission, zéro carbone, zéro déchet, admet Thomas Wong, l’un des superviseurs du projet basé à Singapour. Elle adoptera des solutions déjà éprouvées de manière à ce que les prix ne soient pas trop élevés pour être accessible à tous. » Non loin de là, une autre éco-cité tente de voir le jour : celle de Caofeidian, située près d’un parc industriel destiné à devenir une plaque tournante pour la Chine du nord. Conçue ex nihilo, en partenariat avec le cabinet suédois Sweco, elle prévoit d’accueillir ni plus ni moins 1 million d’habitants. Que faut-il penser de ces projets, souvent pharaoniques et séduisants sur le papier ? Si la Chine est sans doute devenue le laboratoire le plus concurrentiel dans le marché aujourd’hui mondialisé de la ville durable, elle n’en est encore qu’au début. « Il est trop tôt pour juger, estime Zou Huan, professeur d’urbanisme à l’université Tsinghua, il faudra voir les résultats dans le futur. Dans bien des cas, les bilans seront nuancés. Concevoir une éco-ville demande une vision d’ensemble et c’est souvent ce qui fait défaut. »
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