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Cherbourg et sa région peuvent-ils et veulent-ils sortir du tout nucléaire ? Benoît Le Cacheux : Il est vrai que le nucléaire, aussi bien civil que militaire, pèse encore lourd dans l’économie locale, mais les choses changent. Si le plan de charge de la DCN Cherbourg est bien rempli pour les années à venir, et si la Hague et Flamanville ont encore de belles années devant elles, le tissu local de la sous-traitance est moins dépendant de ces grands donneurs d’ordre publics. Il existe aujourd’hui des PME indépendantes du nucléaire. De même, d’autres sous-traitants, qui étaient jusqu’à une date récente complètement accaparés par les grands chantiers de la Hague et de Flamanville, se reconvertissent vers d’autres débouchés, ou proposent à des clients civils le savoir-faire et l’expérience acquis auprès de la Cogema ou EDF. Enfin, aujourd’hui, le troisième employeur local n’est plus la centrale EDF de Flamanville, mais Les Maîtres Laitiers du Cotentin, avec plus de 650 personnes. Vous abordez la sous-traitance. Justement, il semblerait que les industries cherbourgeoises soient exclusivement tournées vers la chaudronnerie. Il n’y pas d’activités à forte valeur ajoutée comme l’électronique ou la connectique issue du nucléaire civil ou des PME spécialistes de l’intégration de systèmes d’armes à bord des sous-marins… ? Benoît Le Cacheux : Que l’on soit à Brest, à Lorient ou dans les autres chantiers de la DCN, l’intégration de systèmes de défense reste l’apanage de Thalès et de la DCN qui ne souhaitent pas sous-traiter ces missions. Je le redis : il n’y pas que des sous-traitants exclusivement tournés vers la Cogema ou la DCN. Je pourrais vous citer FacNord à Saint-Vaast La Hougue, l’un des leaders mondiaux de l’accastillage. N’oubliez pas que la présence historique des Constructions Mécaniques de Normandie (CMN), l’autre chantier naval de Cherbourg, a permis de développer un savoir-faire plus qu’honorable dans la plaisance. Après le départ de Toyota pour Zeebruges, le port de commerce a-t-il un avenir, hors du trafic transmanche ? Benoît Le Cacheux : Il est vrai que le port a connu des heures sombres après la décision de Toyota de rapprocher son activité de préparation des expéditions de véhicules de sa nouvelle usine de Valenciennes. Aujourd’hui, d’autres pistes sont explorées, comme le cabotage européen ou le trafic de conteneurs sur une nouvelle ligne Rotterdam - Cherbourg - Waterford (Irlande). Cherbourg a une carte à jouer dans ce domaine, ne serait-ce que pour soulager Le Havre. Le réseau autoroutier permet aussi de rejoindre très rapidement les grands axes européens. Quant au trafic transmanche, il se porte très bien, et augmente, avec la saturation du tunnel sous la Manche. Cherbourg revendique le deuxième rang national pour cette destination. Toujours est-il que le port de commerce ressemble à une friche industrielle… Benoît Le Cacheux : Je ne vois pas les choses ainsi. Je crois au contraire que l’on peut parler d’une belle réserve foncière si on pense à la saturation en espace des ports de l’Europe du Nord. C’est une chance pour l’avenir, et je fais le pari que d’ici cinq à six ans, une bonne partie du port sera occupée. La Cité de la mer est un immense succès. Mais, pensez-vous pouvoir le pérenniser avec un tel sous-équipement d’hôtels ou de restaurants de qualité ? Benoît Le Cacheux : Tout dépend de la définition que l’on a de la qualité. On ne manque pas d’équipements. Les hôtels sont occupés à 51 %. Les hôteliers sont tous indépendants, peut-être cela explique-t-il leurs difficultés à se vendre dans toute la France, contrairement à ceux qui sont intégrés ou franchisés dans de grands réseaux.
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