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Chalon-sur-Saône : pari réussi contre l'effet de serre

Alors que le protocole de Kyoto vient de fêter sa première année, la Ville de Chalon sur Saône, engagée depuis 2002 dans le programme PRIVILEGES a déjà réussi à réduire de plus de 10 % ses émissions de gaz à effet de serre. Son objectif était celui du protocole, à savoir, 5,2 %, mais... sur trois ans !

Chalon-sur-Saône a donc réussi son pari. Elle a réduit de 10,9 % ses émissions de gaz à effet de serre, calculé par déduction entre les émissions fin 2004 et fin 2002. On estime ce chiffre à 20 % depuis fin 2005. Un bilan très positif pour le programme PRIVILEGES (Projet d'Initiative des villes pour la réduction des gaz à effet de serre) initié en septembre 2002 par le WWF, avec l'ADEME, la ville de Chalon-sur-Saône et sa Maison de l'Environnement, grâce au soutien de la Commission Européenne (voir article lié). Cela montre que les actions locales ont intérêt à se combiner aux actions nationales car, en 3 ans, une collectivité a pu réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5,2 %, alors que le protocole de Kyoto prévoit d'atteindre cet objectif en 10 ans pour les pays signataires. Un résultat obtenu grâce à la mobilisation de tous les acteurs du territoire (municipalité et services administratifs, entreprises, particuliers).

La ville a identifié quatre pôles majeurs d'actions : l'aménagement du territoire, la production d'énergie, la consommation d'énergie et la sensibilisation des riverains. En matière d'aménagement du territoire, tout un quartier HQE a été bâti, alimenté par une chaufferie bois  soit 94 % d'émissions de CO2 en moins par rapport à un chauffage individuel au gaz. Productrice d'énergie, la ville a aussi décidé de chauffer les bâtiments municipaux et les logements collectifs au gaz naturel en cogénération (production d'électricité et de chaleur) et grâce à une chaufferie bois à laquelle 1 000 logements ont été raccordés, elle a pu réduire le recours au fioul et au charbon soit 31 % d'émissions de GES en moins fin 2004. Pour réduire la consommation énergétique, la ville a eu recours à l'isolation des bâtiments, la rénovation des chaufferies, la mise en palce de pré-diagnostics énergétiques, l'achat de produits moins énergivores et procède au renouvellement des véhicules municipaux, dont 22,7 % roulent au GPL. Enfin, la ville a incité ses concitoyens à utiliser de manière rationnelle l'énergie, a mis en place une campagne de mesures d'économies d'énergie auprès du personnel municipal et a offert une prime pour l'installation d'un équipement solaire dans l'habitat (100 euros par m2 de capteur solaire).

Globalement, sur deux ans, c'est surtout en réduisant les sources d'émissions de gaz à effet de serre sur le bâtiment et les réseaux de chaleur urbaine que la ville a pu réaliser ces progrès. "Changer l'éclairage de la ville est important, pour atteindre une sobriété énergétique et conscientiser les gens, mais cela a moins d'effet sur les émissions de GES qu'installer un chauffage au bois plutôt qu'au fioul, puisqu'en France l'électricité est produite par le nucléaire à près de 80 %," explique Jean-Stéphane Devisse, chargé de la mission changement climatique au WWF. Reste que financièrement, sobriété énergétique et ressources durables participent tous deux à diminuer la facture : en deux ans, 5 220 tonnes de CO2 ont été évitées ce qui équivaut à une économie d'énergie de 287 000 euros (hors coût d'investissement).

Bilan positif mais plus timide pour les entreprises

Côté entreprises, le bilan est positif mais encore incomplet. Mobiliser une mairie, avec un seul " chef " à sa tête, est plus simple que toucher une myriade de structures aux réalités économiques diverses. A ce jour, 18 entreprises ont réalisé un pré-diagnostic (financé à 80 % par le programme), un bon chiffre selon Jean-Michel Blanc, de la Maison de l'Environnement. En effet, selon l'Ademe, sur une ville, 15 entreprises en moyenne font un diagnostic énergétique. Bilan : une réduction de 1,5 % de leurs émissions sur les 15 % possibles. " Cette concertation public-privé est indispensable, conclue Jean-Michel Blanc, mais la démarche volontaire a ses limites, il faut une véritable incitation financière, essentiellement fiscale ". Une conclusion à laquelle souscrit Jean-Stéphane Devisse : " Nous sommes pour une taxation différenciée, qui encourage ceux qui font quelque chose. Les entreprises ne sont pas opposées à ces enjeux, simplement elles ont souvent une visibilité à cinq ans, alors leur parler d'avenir... "

Une expérience à démultiplier au plus vite

Selon Jean-Stéphane Devisse, les actions mises en œuvre par Chalon sont totalement transposables. Sur le plan local, l'expérience fait tâche d'huile, la Communauté de Chalon a mis en place un plan Climat, et le Pays du Chalonnais a lui aussi inscrit un tel Plan dans sa Charte d'environnement. Très sollicité, Jean-Stéphane Devisse, armé de son CD-Rom décrivant l'expérience chalonnaise, réalise un tour de France pour mobiliser... les 36 850 communes restantes ! Le WWF souligne d'ailleurs que la nouvelle loi d'orientation sur l'énergie de juillet 2005 entérine le rôle et la mission des collectivités en la matière, dans son article 49 : " [ Les collectivités ] concourent à l'administration et à l'aménagement du territoire, au développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique, ainsi qu'à la protection de l'environnement, à la lutte contre l'effet de serre par la maîtrise et l'utilisation rationnelle de l'énergie, et à l'amélioration du cadre de vie. "

Sylvie Touboul
Mis en ligne le : 17/03/2006
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