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Vauban et Rieselfeld : les éco-quartiers modèles de Fribourg

Planète \Environnement

Publié le 25-01-2010

Le quartier Vauban
Le quartier Vauban

Depuis trente ans, Fribourg-en-Brigsau, en Allemagne, s'est construite une réputation de ville verte, à coups d'investissements massifs dans les énergies renouvelables et grâce à une gestion durable de l'urbanisme. Avec, en pointe, les éco-quartiers de Riesefeld et Vauban. Reportage.

Dans les rues désertes en ce milieu de matinée, les vélos trônent, sans attaches, au bord des immeubles constitués de sortes de petites maisonnettes, colorées et accolées les unes aux autres. Les balcons débordent de verdure. Et, sur les voies sans trottoirs, aucune voiture: le véhicule n’est pas vraiment le genre du quartier. Les enfants jouent dans la cour, sans barrière, de l’école primaire. Ici, leurs aires de jeu sont constituées de bambous et de rivières artificielles, et la sensibilisation aux économies de ressources ainsi qu’au fonctionnement des énergies renouvelables fait partie du programme. A la maison, leur logement, chauffé par la centrale de cogénération du quartier, est d’ailleurs estampillé basse consommation (65 KWh/m²/an) tandis que, sur les toits, il n’est pas rare de voir fleurir des panneaux solaires.

Nous sommes dans le nouvel éco-quartier de Riesefeld, à l’ouest de Fribourg, en Allemagne. L’ancien champ d’épandage de 80 hectares, qui a donné son nom au quartier, a laissé place à 4 800 logements qui accueillent aujourd’hui 10 000 personnes. Si les promoteurs ne se sont pas bousculés au début des travaux en 1991, le projet est aujourd’hui quasi achevé et presque entièrement occupé grâce aux « Baugruppen », ces collectifs de futurs habitants qui s’associent pour construire leur propre immeuble et qui ont permis de donner l’impulsion. « C’est le quartier le moins cher de Fribourg ; il y a plus de propriétaires que prévu mais la mixité est favorisée grâce à des petites parcelles et 30% de logements sociaux », explique Jürgen Hartwig, urbaniste et architecte. Et si le quartier est majoritairement résidentiel, il est aisé aux habitants de se rendre au centre ville grâce au tram qui traverse tout le quartier, ou de travailler dans la ZAC située juste à côté.

De la friche militaire à l’éco-quartier

A quelques kilomètres, au sud de Fribourg, le quartier Vauban bien connu des écologistes fait figure de pendant de Riesefeld, version réhabilitée cette fois. Car l’éco-quartier où résident désormais près de 5 000 habitants a été érigé sur une ancienne friche militaire. Les travaux ont duré plus de dix ans, en dialogue permanent - et parfois conflictuel - avec le "forum Vauban", un collectif regroupant les futurs habitants, étudiants, militants et écologistes, qui pour certains, squattaient les lieux depuis le départ des soldats français en 1992. Aujourd’hui, difficile d’imaginer le passé militaire de l’endroit. Si beaucoup de casernes ont bien été conservées, comme celle de la place principale transformée en restaurant ou celles du projet Susi qui sont réservées aux étudiants et foyers modestes, elles ont troqué leur aspect militaire pour des couleurs chaudes qui cachent la double épaisseur des murs nécessaire à l’isolation extérieure des bâtiments tandis que la végétation envahit les espaces libres ou les balcons des habitations.

Là encore, même pour les nouvelles constructions pourtant denses et toujours collectives, on est loin des barres d’immeubles grises et uniformes. Chaque logement, partagé par plusieurs familles, est unique, tant au sein des appartements qu’à l’extérieur. Leur point commun : toujours l’efficacité énergétique. Grâce à une bonne isolation et une utilisation de l’énergie locale (cogénération, solaire, etc.), la consommation énergétique annuelle des logements est 3 fois moins élevée qu’un appartement français de superficie similaire. « Grâce à l’utilisation de ces énergies renouvelables nous pouvons produire plus que ce que nous consommons. L’expérience de Vauban montre donc que l’on peut très bien se passer des énergies fossiles et nucléaires », affirme un habitant du quartier de la première heure, Andreas Delleske, qui a aussi la casquette de consultant énergétique. En y ajoutant la quasi absence de voitures (119 voitures seulement par 1000 habitants) favorisée par l’interdiction de stationner dans les rues et le surcoût de 17 000 euros pour la place de parking, obligatoire… Vauban génère deux fois moins d’émissions de CO2 qu’un quartier "normal".

Reste un point noir : la mixité du quartier. Alors que le brassage social était à l’origine l’un des objectifs du quartier, « celui-ci reste surtout habité par les CSP +, propriétaires, alors que les logements sociaux ne dépassent pas 5 à 10 % », avoue Andreas Delleske, qui a participé à la création du quartier à travers le "forum Vauban", dont il était l’un des membres fondateurs. Il faut dire que le fait que les terrains aient été attribués aux baugruppen ayant les projets les plus ambitieux et que le quartier prenne aujourd’hui de plus en plus de valeur, en fait avant tout un quartier à tendance limite « bobo », habité par des militants écologistes plutôt aisés. De son côté, le quartier Rieselfeld a su attirer des foyers plus modestes, qui ne pouvaient plus se loger dans un centre ville saturé.

Symboles de la ville

Si Vauban et Rieselfeld sont aujourd'hui des modèles pour les éco-quartiers, c'est aussi parce qu'ils s'inscrivent dans la stratégie urbaine plus globale de Fribourg, souvent qualifiée de « ville solaire » ou de « ville verte ». Des délégations du monde entier viennent d'ailleurs y puiser leur inspiration. « Depuis l’élection d’Obama par exemple, on accueille beaucoup d’Américains » explique Jürgen Hartwig, qui a aussi la fonction de guide pour le tour-operator "Freiburg Futour", spécialisé dans les visites orientées sur l’aspect durable de la ville. "Investie dans l'industrie solaire depuis 1986, la ville en récolte aujourd’hui les fruits. Fribourg est peu touchée par la crise économique », affirme Jürgen Hartwig. 10 000 emplois ont ainsi été créés dans le secteur de l’environnement. Et qu’importe la couleur politique de la ville (dirigée par les Verts depuis 2002), la législation se fait de plus en plus écolo : dès l’année prochaine par exemple, tous les nouveaux bâtiments construits sur les terrains de la municipalité devront être à énergie passive ! En revanche, la politique, au plan national, pourrait menacer la stratégie de Fribourg. Avec la réélection d’Angela Merkel et de la CDU, très favorables au retour du nucléaire, l’industrie du solaire est d’ores et déjà  menacée.

Béatrice Héraud
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