En ville, sans ma voiture ?
L'innovation technologique ne suffira pas à résoudre l'équation de la mobilité durable. Il reste alors à modifier nos comportements... soit une véritable révolution culturelle à mener ! Du 16 au 22 septembre, 866 villes dans 17 pays d'Europe, participent à la " Semaine européenne de la mobilité et du transport public " et/ou à la Journée " En ville, sans ma voiture ". Durant cette semaine, de multiples initiatives permettront de mobiliser citoyens, élus, entreprises pour apprendre à se déplacer autrement : choisir le moyen de transport le mieux adapté à chacun de nos déplacements, lutter contre le bruit et la pollution en utilisant des modes de transport alternatifs à la voiture (vélo, marche à pied...), favoriser l'auto-partage et le co-voiturage, etc...
En 2001, en France, on estimait que les transports routiers étaient responsables de 24 % des émissions de gaz à effet de serre, de 50 % des émissions d'oxydes d'azote (précurseurs de l'ozone) et de 25 % des émissions de particules fines. Le plan " véhicules propres " qui se veut une mise en œuvre concrète de la stratégie nationale de développement durable (SNDD), s'inscrit dans le cadre des engagements pris par la France dans le domaine de la lutte contre le changement climatique : diviser par 4 à 5 nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, soit une réduction continue de 3 % par an. Conçu en partenariat avec les constructeurs français, il est aussi, un soutien à la recherche et à la compétitivité de l'industrie automobile française, car, comme l'a rappelé le Premier Ministre, Jean-pierre Raffarin, " face à la désindustrialisation de notre pays, l'innovation, la technologie, les brevets protégeront nos emplois ".
Le plan consiste essentiellement en un soutien supplémentaire de près de 40 millions d'euros, en faveur de la recherche et du développement sur 5 ans, ayant des effets sur les produits commercialisés d'ici 10 ans. Cet effort aura un effet de levier sur la recherche privée : au total 155 M€ seront investis par l'Etat et les industriels sur les recherches en matière de véhicules propres. Un effet de levier important, salué par les constructeurs, mais qu'il faut toutefois relativiser : le budget global de recherche de PSA, par exemple, est de 1,5 Mds d'euros par an et un constructeur comme Renault avoue consacrer 30 à 40 % de son budget recherche aux véhicules propres... Un effort bienvenu car, comme le rappellent les organisateurs de Muta 2003, Forum international sur la mobilité urbaine et le transport avancé, organisé du 23 au 26 septembre 2003 au Futuroscope de Poitiers : " le niveau de pénétration des véhicules propres est encore insuffisant pour assurer un développement serein de ces filières ". En effet, le parc automobile français (véhicules particuliers et utilitaires)est constitué de 35 millions de véhicules au total dont 17 millions de véhicules diesel. Il comprend seulement 220 000 véhicules légers propres : 210 000 fonctionnant au GPL (gaz de pétrole liquéfié), 4500 au GNV (gaz naturel de ville), 5 000 électriques et environ 200 hybrides (mixtes électriques et thermiques). Pour développer le marché des voitures propres, le gouvernement propose quelques mesures incitatives : - pour les véhicules électriques, les aides actuelles (de 3050 € ou 3810 €) sont prolongées, et le développement des Véhicules Utilitaires Légers (VUL) électriques sera encouragé par l'exonération de la taxe professionnelle lors de l'achat ; - pour les camions, une opération d'équipement de filtres à particules de 1000 poids lourds urbains sera menée par l'ADEME. D'autre part, il est envisagé de moduler la taxe ou redevance à l'usage kilométrique pour les poids lourds en fonction de la classe de dépollution des véhicules (Euro 1, 2, 3, 4). - pour les véhicules particuliers, il est également prévu de moduler la fiscalité selon leurs émissions de CO2 : une étude sera menée, avant juin 2004, sur sa faisabilité technique et juridique en vue d'une mise en œuvre, à compter de 2005.Un train de mesures qui semble bien modeste, au vu des besoins du marché. Concrètement, il n'y a pas, actuellement, d'offre viable : le GPL semble condamné à terme, le GNV ne concerne pas les véhicules particuliers, seuls Toyota et Honda commercialisent un modèle d'hybride... Quant aux véhicules à pile à combustible, ils sont à l'état de prototypes ! Enfin, concernant les véhicules électriques, ills sont trop chers avec un rayon d'action faible. Il faut vraiment avoir la fibre " écolo " pour en acheter. Par exemple, La Poste possède 570 VUL électriques dans son parc. Dans le cadre de la SNDD, il est prévu que l'Etat et ses établissements publics achètent au moins 20 % de véhicules propres lors du renouvellement de leurs flottes, dont 5 % de véhicules électriques dès 2004. Mais le marché de ces véhicules est tellement atone que La Poste reconnaît avoir de graves problèmes de maintenance : les mécaniciens formés pour ces véhicules ont dû se recycler, par manque de travail. Il n'y a plus, par exemple, qu'un seul spécialiste en Ile-de-France : du coup le temps d'attente pour faire réparer son véhicule oscille entre un mois et un mois et demi !
En définitive, le véhicule le plus propre, actuellement sur le marché, selon le groupe PSA Peugeot Citroën, serait un diesel... avec moteur HDI (injection directe) et filtre à particules : il émettrait de 25 à 30 % de gaz à effet de serre de moins qu'un moteur à essence et pratiquement plus de particules (0,004 g/km). Aussi, PSA s'étonne de l'annonce par Jean-Pierre Raffarin, conjointement au plan " véhicules propres ", d'une augmentation des taxes sur le gazole de 3 centimes (sauf pour les camions) qui pourrait rapporter 800 M d'euros, à l'État, affectés aux investissements pour développer le transport ferroviaire. Sachant qu'un véhicule moderne rejette 90 % de gaz polluants en moins, qu'une voiture de quinze ans pollue autant que cent véhicules neufs, le groupe PSA, pense donc que la mesure la plus efficace, à court terme, aurait été une prime pour mettre les véhicules les plus anciens et donc les plus polluants, à la casse... pour accélérer le renouvellement du parc.
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