|
Faire prendre conscience aux transporteurs routiers qu'ils peuvent maîtriser leur consommation de carburant, leur proposer de réaliser une auto-évaluation en ligne et leur présenter les outils et les formations existants pour adopter une conduite plus rationnelle, voilà la mission du site Energeco. Ce site d'accès gratuit, a été lancé au printemps 2004, par l'AFT-IFTIM, organisme de formation spécialisé dans le secteur du transport et de la logistique, grâce au financement et sur suggestion de l'ADEME. Energeco est l'aboutissement d'un programme européen, le projet BEET (Benchmarking Energy Efficiency in Transport), qui a réalisé des évaluations et des tests sur des entreprises de transports volontaires dont les résultats servent de référentiels sur le site Internet.
Un pari intéressant, même si le premier argument " incitatif " n'est pas la préservation de l'environnement mais celui du budget des carburants. " Le poste carburant représente le quart des dépenses dans le coût des transports, explique Gérard Lalevée, de l'ADEME. En les incitant à réduire leur consommation de carburant, donc leurs coûts, les transporteurs routiers réduiront, in fine, leurs émissions de gaz à effet de serre. ".
Entre 3 500 et 5 000 litres de carburants économisables
Les résultats du programme BEET sont mesurables : en moyenne, le gain est de 5,25 litres/100 kms (3 500 à 5 000 litres par an !). Des chiffres significatifs, comparés à la consommation moyenne d'un camion qui varie, selon la puissance du moteur de 130 à 480 chevaux, de 15 litres/100 kms à 45 litres/100 kms. Ces chiffres devraient sensibiliser des professionnels assez peu réceptifs aux préoccupations environnementales, comme l'espère Gérard Lalevée : " Les entreprises de transports ne sont pas encore prêtes, elles avancent souvent d'autres priorités économiques et globalement, elles considèrent que le progrès technologique a permis de réduire l'impact du transport. Certes, mais le flux a lui aussi... progressé, ce qui ne résout rien. "
L'AFT-IFTIM compte sur la flambée des prix du baril pour inciter les transporteurs à utiliser Energeco et à se former. Les formations à la conduite rationnelle s'inscrivent dans un cadre obligatoire. Le site devrait être présenté par l'ADEME au prochain Salon du transport et de la logistique, organisé à Paris, en mars 2005, dont l'un des thèmes phares sera... le développement durable.
Les transports routiers et le développement durable
Le développement durable semble intégrer dans l'actualité du secteur, à voir le site de la Fédération nationale du transport routier (FNTR), qui le classe dans les grands dossiers de la profession, et le présente comme un défi majeur pour faire face aux prévisions de croissance du secteur. Rappelant que " depuis 20 ans, la libre circulation des hommes, des idées et des marchandises a assuré une croissance économique de 2,5 à 3 %, entraînant un doublement des trafics et la primauté de la route ", la FNTR s'appuie sur les perspectives du Livre Blanc de la Commission européenne : l'Europe des 25 devrait générer 3 % de croissance économique, se traduisant par un doublement des trafics à l'horizon 2020. La part de la route représente déjà en France et chez les principaux pays partenaires européens entre 70 et 80 % du transport total de marchandises (en raison surtout de son coût compétitif). La FNTR se demande donc comment augmenter encore le trafic (302 000 véhicules en France en 2000) " alors que l'on constate déjà l'accroissement des nuisances, la montée des risques, la congestion des infrastructures et la fragilité économique de beaucoup d'entreprises de transport ? ".
A cette vision lucide des problèmes, la fédération répond par quatre grandes préconisations : augmenter la sécurité routière, poursuivre la réduction des impacts environnementaux (plus par le progrès technologique que par la taxation, précise t-elle), réduire la congestion (réalisation d'infrastructures et développement de l'intermodalité), protéger l'équilibre économique des entreprises de transport.
Un vrai choix de société à faire ?
Au-delà des solutions préconisées par la fédération, la réponse n'est-elle pas de s'interroger sur ce qui engendre un tel développement des transports, c'est à dire la cause plus que ses conséquences ? " L'une des raisons est l'augmentation de nos modes de consommations et de production, analyse Jean-André Lasserre, Responsable du Département Etudes et Recherches de l'AFT-IFTIM, qui demandent plus de mobilité : les marchandises circulent plus, plus vite et en plus petites quantités, si on prend l'exemple du boom du fret express. C'est aussi pour cela que le fret ferroviaire ne décolle pas, il ne permet pas de répondre à la gestion flexible et en flux tendu d'aujourd'hui. " Il faudra sans doute malgré tout en venir au développement du fret rail-route si le ministère de l'économie et des finances et la SNCF passent des paroles aux actes, souligne la FNTR, car la limitation du trafic routier dépasse la seule responsabilité des transporteurs. " Il est injuste d'incriminer le transport routier qui ne fait que répondre à une demande, réagit Jean-André Lasserre, surtout depuis que son coût est devenu minime dans le prix d'un produit. Si on internalise les externalités, là on ira alors vers une société plus frugale, mais je ne me prononce pas sur ce changement de société. "
|