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Notre Dame des Landes : l'aéroport qui divise

Planète \Environnement \Transports

Publié le 06-05-2010



Prévu pour être opérationnel en 2016, le projet d'aéroport international de Notre Dame des Landes, à côté de Nantes, suscite un vrai débat au sein de la population. Une partie des riverains, élus et agriculteurs, s'y oppose vivement. Ils ont manifesté mercredi dernier devant l'Assemblée Nationale pour dénoncer ce projet « Grenello-incompatible ».

Habituellement, et ce depuis un an et demi maintenant, ils sont trois ou quatre à battre le pavé devant le conseil général de Loire Atlantique. Mais mercredi dernier, une trentaine d’opposants au projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes, au nord de Nantes, sont venus manifester à Paris, devant le siège de l’Assemblée Nationale où l’on débattait du Grenelle 2. Un « symbole » destiné à dénoncer ce projet « Grenello incompatible et dépassé », selon la coordination des associations opposées à l’aéroport. Celle-ci regroupe une trentaine d’organisations politiques (Cap 21, les Verts…), agricoles (Confédération paysanne, ADECA…) et de riverains (ACIPA), et s’enorgueillit aujourd’hui d’avoir la signature de 16 000 sympathisants refusant la création de cette nouvelle plateforme aéroportuaire.

Un projet controversé de longue date

Prévu pour une mise en service en 2016, le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est en fait un vieux serpent de mer. Le terrain, qui avait déjà abrité l’armée de l’air américaine en 1944, est pressenti depuis 1967 comme base d’un aéroport international du Grand Ouest. A l’époque, les autorités avaient finalement opté pour la construction de celui de Nantes-Atlantique, situé au sud de la ville. Mais depuis 2000, le projet est de nouveau dans les cartons. Selon les partisans du projet, l’aéroport actuel serait en effet arrivé à saturation : d’ici 10 à 15 ans, les quelque 4 millions de passagers prévus ne pourront être absorbés par l’unique piste actuellement en service. Or, « Nantes-Atlantique est limité dans son développement, à la fois par le lac de Grand lieu et par le tissu urbain », souligne le syndicat mixte d’études chargé du dossier. Par ailleurs, l’aéroport pourrait amener jusqu’à « 4000 emplois directs et indirects sur le chantier, ainsi que 3250 emplois sur la zone aéroportuaire », selon le syndicat. De quoi rallier les élus locaux à la cause…

Mais l’argumentaire développé aujourd’hui est essentiellement basé sur « la sécurité » - la piste actuelle est orientée en direction du centre ville, provoquant son survol à basse altitude par près de 10 000 avions par an, ce que supprimera Notre Dame des Landes-. Autre argument, « l’environnement », puisque les bâtiments construits seront à basse consommation, voire à énergie positive, et que le nombre de personnes exposées aux nuisances sonores passera de 42 000 à 9 000 personnes. Enfin,  le lac Grand Lieu –en partie classée Natura 2000- se verra ainsi préservé. « La conduite du projet s'inscrit dans les principes du développement durable », affirme ainsi le syndicat mixte sur son site internet (voir documents liés).

Des arguments qui font s’étrangler les opposants. Ils y voient surtout un « projet pharaonique du siècle dernier », dont le coût officiellement annoncé de 581 millions d’euros leur paraît totalement sous-évalué et surtout inutile. Car pour eux, la « saturation » est loin d’être évidente : en 2009, l’aéroport de Nantes Atlantique a seulement accueilli 2 650 0000 passagers et 38 000 mouvements, soit beaucoup moins que ceux de Genève (11 millions de passagers et 170 000 mouvements) ou San Diego (17 millions et 223 000 mouvements) qui disposent également d’une unique piste… Et « l’on a suffisamment d’aéroports en France pour faire face au trafic, d’autant plus que l’avenir du transport aérien est à la baisse », dénonce le député Yves Cochet, venu soutenir les manifestants avec deux de ses collègues Verts. Surtout, pour Catherine Ede, membre du conseil d’administration de l’Acipa, le futur aéroport est loin de respecter l’environnement : « la zone concernée est située sur le dernier bocage humide de Loire Atlantique, riche d’une grande biodiversité, avec des haies, un réseau de 200 mares, des espèces rares et protégées, etc ». Sans compter qu’entre 50 à 80 agriculteurs, principalement des producteurs laitiers, seront impactés par l’aéroport ou les dessertes… « Avec ce projet ce sont encore près de 3000 hectares, en plus des 2 000 qui disparaissent chaque année en Loire Atlantique, qui vont être détruits. Nous avons une agriculture dynamique que nous tenons à conserver. Or, si l’aéroport est construit, nous n’aurons pas assez de terres pour reloger les exploitants concernés », dénonce Julien Durand, un producteur de lait « pas bio mais presque », membre de l’Adeca, une association d’agriculteurs en pointe de l’opposition à l’aéroport depuis…1973 !

Et maintenant ?

Si le projet a été déclaré d’utilité publique en 2008, les opposants ne perdent pas espoir. « Grâce à l’accord électoral que nous avons conclu avec le PS, nous avons obtenu un recul sur le projet : le conseil régional ne paiera pas les routes nécessaires à la desserte de l’aéroport, tandis que l’Etat et le conseil général traînent aussi les pieds… », se réjouit Geneviève Lebouteux, conseillère régionale Europe Ecologie des Pays-de-la-Loire. Un enthousiasme que nuance le syndicat mixte d’études : « nous sommes juste dans un processus normal de négociation », précise son porte-parole.

Pour l’heure, les deux parties font leurs comptes. « De plus en plus d’élus sont opposés : 600 sont signataires de notre pétition », précise François de Rugy, député Verts de Loire Atlantique. Et selon la Gazette des communes, le patron du Medef régional, Bruno Lucas, serait lui aussi venu grossir le rang des sceptiques…Pour autant, le syndicat mixte veut « dédramatiser et dépassionner le sujet » : selon lui, les messages reçus par le biais de leur site internet montre l’intérêt de la population pour le projet: « il y a 5 ans, les messages concernaient les craintes de nuisances, aujourd'hui ils concernent les offres d’emploi, des propositions de services de la part de sociétés ou des demandes de renseignements sur les mutations immobilières ». Le dossier est désormais entre les mains du ministère de l’environnement, qui a reçu mercredi la délégation de manifestants venue à Paris. Il doit choisir en juin l’entreprise chargée de l’aéroport, le premier en France dont la gestion sera cédée à une compagnie privée. L’arrêt du projet en tous cas, semble pour l’instant très improbable.

Béatrice Héraud
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