Monoprix plébiscite le fret

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Publié le 20-02-2009

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Monoprix a inauguré fin 2007 une ligne de fret entre ses entrepôts de Seine et Marne et une halle du quartier de Bercy, à Paris. Près d'un an et demi après l'arrivée du premier train, le bilan écologique est plutôt positif et le groupe espère étendre l'expérience.

Pour réduire la circulation des camions en Ile-de-France, la Direction régionale de l’équipement (DRE) formula l’idée de tester le fret ferroviaire en périphérie de Paris. La DRE a sollicité Monoprix pour participer au projet, dès 2004. « Au début, on rigole un peu : utiliser le train pour des trajets de moins de 500 km paraissait absurde » se souvient Claude Samson, directeur de Samada, filiale logistique de Monoprix. Le groupe tentera pourtant l’expérience. L’année suivante, une étude de faisabilité de six mois est réalisée et financée par la Mairie de Paris, la Région Ile-de-France et Réseau ferré de France. Le feu vert est donné.

Samada et Monoprix mettent en application le projet, avec l’aide d’un cabinet spécialisé dans la logistique en zone urbaine dense, Elcimaï. En 2006, le groupe lance un appel d’offre auprès des opérateurs ferroviaires. Il sera remporté et signé en juillet 2007 par Fret SNCF, qui sous-traite la prestation à sa filiale VFLI. Le 28 novembre 2007, le premier train de marchandises en provenance des entrepôts de Monoprix fait son arrivée à la halle Gabriel-Lamé de Paris (12e). Aujourd’hui, 20 wagons y arrivent chaque jour.

Des marchandises sur les rails du RER D

Concrètement, une ligne de fret relie aujourd’hui les entrepôts Monoprix de Combs-la-Ville et Lieusaint (77) – qui bénéficient par ailleurs du label de Haute qualité environnementale (HQE) – à la halle de Bercy. Elle emprunte les rails de la ligne de RER D sur 30 km, du dimanche au jeudi, uniquement aux heures creuses, c’est-à-dire la nuit. « Le problème reste le bruit pour les riverains, malgré les aménagements déjà réalisés. Nous y travaillons avec les mairies » soutient Claude Samson. Au final, près de 210000 palettes (soit 120000 tonnes de produits) prennent le train tous les ans pour arriver à Paris.

A partir de la halle Gabriel-Lamé, l’approvisionnement des 85 magasins de Paris et de la proche banlieue Sud-Est est effectué par 26 camions roulant au Gaz naturel pour véhicule (GNV) et équipés de dispositifs antibruit. « On a fait en sorte de changer le moins possible le mode de fonctionnement de l’approvisionnement, ni au niveau de l’entrepôt, ni à celui du magasin » explique Claude Samada. Depuis 2006, Monoprix privilégie déjà le fluvial pour les produits provenant de l’extérieur de l’Union européenne : environ 80% des marchandises qui arrivent au Havre remontent la Seine, jusqu’aux entrepôts de Seine et Marne. Un procédé qui permet à Monoprix d’économiser 4% du coût du transport, par rapport à la route.

Coûteux mais écologique

Selon une estimation de départ, le projet devait permettre à Monoprix de réduire de 75% les émissions de CO2 liées à l’approvisionnement des magasins parisiens. 15 mois après l’inauguration du concept, les économies réalisées sont moins impressionnantes que prévu : le passage du 100% route à un mix rail-route a permis de réduire de 25% les émissions de dioxyde de carbone. Le transport émet aussi 7 fois moins de monoxyde de carbone (CO), 2 fois moins d’oxydes d’azote (NOx) et 16 fois moins de particules. « Ce nouveau mode d’approvisionnement permet d’éviter chaque année le passage de 12000 camions en heure de pointe au cœur de Paris » justifie Claude Samson. Un bilan très intéressant, surtout lorsqu’on y ajoute les 110 tonnes de CO2 économisées grâce au transport fluvial, et les 33% de CO2 en moins émis par les véhicules roulant au GNV par rapport aux camions classiques.

Pour monter un tel projet, tous les protagonistes ont dû contribuer financièrement. La ville de Paris a investi 10 millions d’euros dans la remise en service de la halle Gabriel-Lamé, dans le quartier de Bercy. Si la communication de Monoprix reste muette sur l’investissement du groupe dans ce projet, elle avoue que la manœuvre a entrainé près de 30% de surcoût. « A cause de la rupture de charge » précise Claude Samson. L’entreprise parle plutôt d’ « investissement » que de surcoût, car Monoprix y gagne nettement en image de marque. « Les contraintes pour livrer en ville vont aller en se durcissant. Les distributeurs vont se battre pour avoir des accès faciles aux grandes villes. Nous, nous avons déjà récupéré une zone de chargement à Bercy » justifie Claude Samson.

Un mode de transport amené à se répandre ?

Monoprix espère déjà élargir cette opération à la banlieue parisienne. Le groupe occupe 3700 m² des 10000 m² de la halle de fret de Bercy, mais « nous regrettons déjà d’avoir choisi la plus petite des deux cellules de la halle, car l’opération est victime de son succès » s’enthousiasme Claude Samson. La Ville de Paris a par ailleurs cinq autres projets de plates-formes logistiques (dans les 1er, 5e, 9e, 10e et 15e arrondissements), afin de reproduire l’expérience du transport ferré des marchandises. D’autres grandes villes françaises seraient également tentées par un tel projet, sans concrétisation pour l’instant.

Pourtant, le doute subsiste encore quant à la possibilité d’élargir ce principe à tout type de marchandise. Pour l’instant, seuls deux sortes d’articles sont transportés par cette chaine rail-route : les produits volumineux (non alimentaires) et pondéreux (boissons sans alcool). Autrement dit, les produits non périssables. Quid des aliments à conserver au froid ? A quand des wagons frigorifiques sur les rails du RER D ? Ces questions n’empêchent pas Claude Samson d’être visionnaire : « j’étudie à présent l’utilisation du métro pour approvisionner les magasins de Paris ».

Rouba Naaman
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