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Mercosur : Une autoroute fluviale controversée est en projet

Planète \Environnement \Transports

Publié le 10-12-2003



Imaginé par les stratèges du Mercosur pour désenclaver les régions reculées du Brésil et de la Bolivie, un projet visant à faire du fleuve Paraguay une autoroute fluviale peine à convaincre les populations. Axe vital d'une intégration commerciale du Mercosur, cette autoroute fluviale menacerait directement le site naturel du Pantanal, ainsi que des pans entiers de l'économie locale selon ses détracteurs.

Un projet d'aménagement du territoire...


Mato Grosso, fleuve Paraguay et Pantanal
Le Mato Grosso est une région du Brésil, vaste comme environ 2,5 fois la France. Elle se situe au Sud de l'Amazonie et à l'ouest du Brésil, frontalière avec la Bolivie et le Paraguay. Un "Mato Grosso du Sud" a été créé au sein du Mato Grosso en 1977, par souci d'efficacité administrative : les distances sont importantes et la région connaît une colonisation croissante.
Le fleuve Paraguay prend sa source au Nord du Mato Grosso. Il draine l'ensemble du sous-continent, selon un axe Nord-Sud, jusqu'au cône sud-américain, rejoignant le fleuve Parana aux confins de l'Argentine et du Paraguay. Il se jette ensuite dans l'océan Atlantique, le long des ports maritimes argentins et uruguayens. Au Mato Grosso, le fleuve traverse la réserve naturelle du Pantanal. Cet espace naturel, unique au monde, est grand comme la moitié de la France. Il est réputé posséder la plus remarquable concentration animale du continent. Il a été classé patrimoine mondial par l'Unesco en 1986. Sa biodiversité n'est pas totalement maîtrisée. Elle est d'une grande fragilité. A travers le Pantanal, le tracé naturel du fleuve Paraguay est extrêmement sinueux, rendant difficile et aléatoire le passage de grosses barges et impossible en l'état la connexion fluviale du Mato Grosso et d'une partie de la Bolivie avec les marchés du Mercosur.
Au début des années 1970, le Brésil profite de l'euphorie économique pour développer les vastes territoires sauvages de l'Ouest. "Le progrès vient des routes" dit-on à l'époque. L'Etat entaille le Mato Grosso à coups de routes et promeut le mythe de la "dernière frontière", là où les immenses richesses des territoires vierges attendent des hommes forts et courageux. Pendant 30 ans, cent mille personnes affluent chaque année pour une terre ou une nouvelle vie. Villes champignons, forte croissance démographique, mise en valeur à l'infini de terres, les Etats du Mato Grosso connaissent une croissance économique soutenue. Maïs, soja, manioc, canne à sucre, viande bovine : les productions agroalimentaires sont en croissance constante. "Les terres sont excellentes et bon marché ici. Ce sont 40 millions d'hectares - bientôt 80 millions - que nous aurons besoin d'exporter vers le Mercosur et l'Europe dans les prochaines années" explique Nivaldo Krüger, Président d'une coopérative agricole du Mato Grosso du Sud. Mais au beau milieu de cette vaste région, le Pantanal pose problème. Peu peuplé, difficilement accessible, il est dépourvu de villes et empêche les échanges commerciaux. Les distances y sont si grandes et les transports terrestres si rares que l'on s'y déplace en avion ou en petit bateau à moteur.


... Pour réduire les coûts de transport et fiabiliser les délais


Les balais incessants de camions, roulant des dizaines d'heures, ne suffisent plus. "En chargeant des barques qui navigueraient sur le fleuve Paraguay, je pourrais atteindre mes clients du Mercosur plus vite et pour un coût de transport réduit par rapport aux camions" insiste Artur Carvalho, Directeur d'une usine de sucre dans la région. Le fleuve Paraguay semble naturellement destiné à supporter les échanges commerciaux du Mercosur. "Par la route, les entreprises ne peuvent pas honorer leurs commandes en toute fiabilité : il s'agit de parcourir des milliers de kilomètres et les routes sont en mauvais état. Par voie fluviale, on sait à quoi s'attendre. C'est une garantie de transparence pour les donneurs d'ordres" explique Fermiano Yarzon, Président Directeur du secrétariat d'Etat aux infrastructures.


Une menace pour l'environnement et l'économie locale


Mais les détracteurs du projet en ont une lecture très différente. Le Pantanal est fragile. Pour les écologistes, tout ouvrage permettant le passage de barges à gros tonnage est hors de question. Ils ont également bien du mal à imaginer qu'un trafic continue de barges sur le fleuve ne perturbe pas tant les populations riveraines - souvent indiennes - que la faune et la flore locale. Par le passé, ils ont déjà empêché un projet de route, qui n'est devenu qu'une petite piste sans issue. Mais l'autoroute fluviale est également une menace pour la pêche et le tourisme. Les richesses naturelles du Pantanal attirent les amoureux de la nature du monde entier. Le fleuve Paraguay est extrêmement poissonneux. Chaque année se tient le plus grand concours de pêche en eau douce du monde dans la région. L'autoroute fluviale pourrait défigurer les paysages et venir sérieusement perturber ces économies locales, pourtant en pleine expansion.


Quel développement durable pour la région ?


Ce projet ne pose pas seulement le problème de son insertion dans le milieu environnemental ou social. Cette autoroute fluviale interroge plus fondamentalement ses parties prenantes sur un choix de développement. Comme le remarque Shabib Hany, de l'association Citoyenneté, Culture et Environnement qui est opposée au projet : "Il ne s'agit pas tant d'être pour ou contre l'autoroute fluviale que de peser comme citoyens sur le type de développement que nous voulons pour nous-même. Ce projet est l'archétype de ce que nous avons toujours connu au Brésil : un développement fondé sur une croissance tirée par les exportations, en presque totalité de matières premières et de produits agricoles. Nous voulons désormais en priorité des voies de communication préservant notre capital naturel et apportant de la richesse au plus grand nombre."

Farid Baddache
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