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Le futur port de Rotterdam sous conditions environnementales

Planète \Environnement \Transports

Publié le 11-07-2007



Pour garder sa position de leader européen en matière de trafic maritime et répondre à une augmentation constante des échanges, le port de Rotterdam n'a d'autre choix que de s'agrandir. Mais ce sera sans oublier les impacts écologiques, le respect de la biodiversité et de la qualité de vie.

Encore une fois, les Pays-Bas font preuve de leur capacité d'adaptation et leur remarquable inventivité à transformer un handicap en atout. Ainsi, quoique étant un des plus petit pays d'Europe (41 000 km2), ils abritent un des plus grands ports au monde. Mondialisation et concurrence obligent, le port de Rotterdam doit cependant prévoir de nouveaux agrandissements. C'est ainsi qu'il y a déjà neuf ans, le projet Maasvlakte 2 voit le jour. Il s'agit de créer une nouvelle zone d'activités portuaires et d'industries sur environ 1 000 hectares, en relation directe avec les eaux profondes de la mer du Nord (plus de 20 mètres), en agrandissant l'actuel Maasvlakte 1,( créé dans les années 70) à l'embouchure de la Meuse à Hoek van Holland.
Techniquement, c'est déjà une gageure : il faut dégager 2 000 hectares au total (1 000 pour la zone industrielle et autant pour les infrastructures). Fidèles à leur savoir-faire, les néerlandais vont donc prendre l'espace nécessaire là où il se trouve : dans la mer. Les fondations de nouvel espace, qui doit s'avancer d'1,5 km dans les eaux, sont aujourd'hui en construction. Les moyens engagés pour garder une ascendance économique forte sont donc conséquents (2,8 milliards euros), mais ils s'accompagnent également d'un volet environnemental, condition sine qua non du projet. Ce critère fait l'objet d'une collaboration étroite entre les industriels et les instances publiques en charge de  l'environnement.

La réalisation du futur port a fait l'objet d'une " coalition " entre les pouvoirs publics impliqués : l'Autorité du Port de Rotterdam, dont la municipalité est actionnaire à 100%, cinq ministères, la Province Sud Holland, le district de Rotterdam et sa municipalité se sont joints pour former le "Project Mainportontwikkeling Rotterdam " (Projet de développement du port principal ou PMR). A la clé, un rapport sur les impacts environnementaux de 6000 pages, conditionnant l'octroi du permis de construire. " Nous avons analysé tous les impacts imaginables du Maasvlakte 2, affirme Ronald Paul, le directeur de développement du projet. Bruit sous-marin, transport des larves de poissons en Mer du Nord, impact des camions et de la navigation fluviale, qualité de l'air... On a tout exploré, demandé que des modèles mathématiques qui jusqu'à maintenant n'existaient pas, soient développés. Et là où il y avait  le moindre doute, nous avons envisagé le pire scénario comme point de départ et pris les mesures en fonction. On n'a certainement pas été complaisants avec nous-mêmes. "

Protection de la nature

Après l'accord de la ville de Rotterdam , le projet a obtenu celui de la Commission Européenne, sous condition que les compensations prévues pour l'environnement soient bien respectées. Le port s'érigera dans une zone actuellement protégée, le Voordelta, et il doit respecter, le plus possible, la faune et la flore existantes. Il est cependant évident que la transformation des 2 000 hectares va affecter de nombreuses espèces animales et végétales présentes sur le site. La création d'une zone protégée est censée amoindrir ces dommages. " Maasvlakte 2 sera développé dans une zone protégée. En vertu des directives européennes et de la loi néerlandaise, elle sera compensée par une réserve maritime dix fois supérieure à la future zone portuaire, et par la création de 35 ha de dunes à Hoek van Holland ", précise Tiedo Vellinga, le directeur pour la gestion de l'espace Maasvlakte2. Les émissions de gaz à effet de serre seront en revanche plus difficiles à résorber. Des milliers de camions transitent déjà quotidiennement par Rotterdam, phénomène qui ira forcément en s'accentuant avec l'extension du port...Des études d'impact sont en cours. Le problème dépasse le cadre régional, mais, en ce qui concerne le Maasvlakte 2, on espère que d'ici son ouverture, prévue pour 2013, la pollution de l'air aura été réduite de manière conséquente. L'Union européenne préconise à ce titre une augmentation du trafic par train ou par bateau le long des côtes.  Reste à la ville de Rotterdam de développer, d'ici, là, son infrastructure ferroviaire.
D'un point de vue économique, si le projet sera l'occasion de créer de nombreux emplois (20 à 30 000), le secteur de la pêche, quant à lui, exprime ses craintes : "le plus gros risque viendra de la fermeture de la réserve maritime aux activités de la pêche, souligne Johan van Nieuwenhuyzen, directeur d'United Fish Auctions. Les pêcheurs devront se rendre dans d'autres zones de la Mer du Nord, ce qui impliquera pour eux des coûts supplémentaires. " Malgré tout, le Maasvlakte 2 tente de répondre aux directives de la Commission européenne comme l' exprimé son Président José Manuel Barroso : "Nous voulons exploiter au mieux la dimension maritime de l'Europe. Et ce, par le biais d'une politique maritime intégrée et durable."

Sandrine Dumont à Rotterdam (Pays-Bas)
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