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L'autopartage parisien quitte l'âge des pionniers

Planète \Environnement \Transports

Publié le 03-12-2007



Caisse commune, Mobizen et Okigo, trois sociétés d'autopartage à Paris, trois modèles économiques et trois démarches différentes. Chacune a obtenu le label « Autopartage » que la Ville de Paris a mis en place en février 2007 et cherche à poursuivre son développement en 2008 dans ce contexte concurrentiel.

Jusqu’en 2006, Caisse commune, SARL créée en 1999, était la seule entreprise à proposer aux Parisiens d’abandonner leur voiture particulière pour choisir l’autopartage, Le principe est simple : un abonné loue une voiture, stationnée à proximité de chez soi sur une place réservée à la manière d’un Vélib pour des déplacements occasionnels et impossibles en transport en commun : acheter un meuble, sortie du week-end en famille... La réservation, par Internet, est possible une minute avant la location et ce 24 heures sur 24.
Une voiture partagée se substitue à huit voitures particulières selon l’Ademe. Un avantage pour l’environnement urbain et un gain économique pour les abonnés, qui ne dépensent de l’argent que lorsqu’ils utilisent la voiture. Avec la force de convictions citoyennes, Caisse commune a atteint l’équilibre financier après cinq ans d’activité.
En 2007, le visage de l’autopartage parisien a sérieusement changé. En février, La Ville de Paris a lancé son label d’autopartage attribué aux opérateurs garantissant la qualité du service. Le label offre une meilleure visibilité à ce moyen de transport et l’obtention de places de stationnement dédiées sur la voirie. Dans les mois suivants sont apparus deux nouvelles entreprises qui obtiendront le label : Mobizen et Okigo.
Mobizen, c’est la PME « branchée », dotée de 130 000 € de fonds propres à la création. Fondée par trois anciens cadres de grands groupes, l’entreprise joue sur la simplicité de son offre (9 €/h tout compris et sans abonnement) et un modèle unique de voiture : la Mercedes Classe A. Chacune d’elle porte un petit nom et en plus « elles parlent », expliquent Nicolas Le Douarec, président de Mobizen. À chaque instant le client peut se faire appeler dans la voiture pour résoudre un problème technique, retrouver le chemin de la station…

Le choix de la Scic à Lille
Lilas Autopartage a été lancé au printemps 2007 à Lille. Ce service a opté pour un modèle différent du système de label parisien. Dans la métropole du Nord, c’est le statut de Scic (société coopérative d’intérêt collectif) qui a été choisi afin de fusionner politique publique et activité économique. La Scic Lilas regroupe en tant qu’actionnaires la Ville de Lille, des financeurs solidaires, Caisse commune et Kéolis, groupe européen concessionnaire des transports publics de l’agglomération lilloise. Ce montage inédit en France a mis quatre ans à se monter, mais permet d’allier le fonctionnement entrepreneurial de l’activité tout en l’intégrant dans les dispositifs de politique publique de transport.

Libre concurrence

Okigo, qui a débuté son activité en juillet par quatre stations pilotes dans les arrondissements centraux, est un joint-venture entre Vinci Park (concession de parkings urbains) et le loueur Avis, tous deux leaders européens dans leur activité. L’entreprise bénéficie de 3 millions d’euros sur trois ans pour développer son activité à Paris et en France. Du jamais vu dans le secteur. Pour Patrick Jourdan, directeur marketing et commercial de Vinci Park, l’objectif est clair : « Nous gardons l’image des « tenanciers de parking » à qui l’on a demandé depuis quarante ans d’attirer les voitures en ville. Si on peut donner un signal fort aux Mairies que nous sommes avec eux pour résoudre un problème de mobilité, tant mieux. »
Si le label « Autopartage Paris » encadre l’activité, il laisse jouer la concurrence entre les trois sociétés et aucun découpage du territoire n’est prévu afin d’assurer la présence du service partout en ville. Caisse commune, le pionnier et leader actuel du marché avec 27 stations et 2000 abonnés, Mobizen la PME  implantée principalement dans dix arrondissements et Okigo, qui devrait ouvrir 25 stations début 2008, l’ont bien compris et comptent leurs armes. Difficile de connaître par exemple l’emplacement des nouvelles stations programmées par chaque opérateur. Plus difficile encore de savoir quelles innovations et évolutions du service sont envisagées.
Avec environ 3000 clients actuellement sur Paris, tout le monde est d’accord pour dire que le potentiel parisien est encore largement à conquérir. La moitié des Parisiens n’ont pas de voiture et l’autopartage n’est viable que s’il est complémentaire de modes de déplacement qui sont notoirement plus développés que dans les villes de province : métro, bus, tram, RER, Vélib, taxi.

Croissance de 70%

Selon Olivier Domenach, directeur de Jonction Etudes et conseil et auteur du rapport « Pour un développement de l’autopartage à grande échelle »(1), Okigo a des « atouts majeurs. Ils ont les emplacements avec les parkings Vinci, une capacité financière importante et Avis a l’expérience de la gestion de flotte de véhicules en tant que loueur. De plus ils ont l’ambition de développer un réseau national ». Une ambition indispensable selon Olivier Domenach pour ménager des économies d’échelles : regrouper les achats de véhicules, centraliser la gestion des systèmes pour la réservation et l’utilisation des voitures par le moyen d’une carte magnétique…  Mais pour Nicolas Le Douarec « le Parisien veut le service Mobizen parce qu’il veut sa voiture près de chez lui et il est très rare d’entendre une demande pour bénéficier du service lors de leurs déplacements dans d’autres villes de province ». Ce qui ne l’empêche pas d’imaginer des partenariats avec d’autres opérateurs en province à terme.
L’enjeu principal reste la courbe de croissance de la clientèle Selon l’étude d’Olivier Domenach, pour assurer un seuil de rentabilité à cinq ans, il faut compter sur une croissance annuelle de 70 % des abonnés. Pour cela le maillage du territoire est l’enjeu stratégique de Mobizen et Caisse commune, moins pour Okigo qui s’oriente vers des stations en parking Vinci. Mobizen ouvre au minimum deux stations par mois selon une logique de tache d’huile afin d’être « la référence, là où nous sommes présents », dit Nicolas le Douarec. Loïc Mignotte réaffirme : « Caisse commune a toujours eu la volonté d’être au cœur des politiques publiques. On continue à jouer notre rôle de pionnier, mais maintenant dans un environnement concurrentiel. Et nous sommes toujours un peu en avance. C’est le cas avec nos six stations en voirie  dans le XIe arrondissement ouvertes en octobre ». Un « coup » réussi puisque lancé en partenariat avec la Mairie d’arrondissement.


1. Éditée par le PREDIT (Programme de recherche et d’innovation dans les transports terrestres)


Phillipe Chibani-Jacquot
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