Entre l'Île-de-France et la Normandie, la Seine se dote « d'un contrat de progrès »

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Publié le 18-02-2004

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La Seine veut muscler son trafic fluvial
La Seine veut muscler son trafic fluvial

Ils s'y sont mis à quatre établissements pour renforcer l'attractivité de l'axe fluvial Paris / Rouen / Le Havre auprès des industriels et des convoyeurs. À l'initiative de l'établissement public Voies navigables de France (VNF), les ports autonomes de ces trois villes ont signé le 19 novembre 2003 un contrat visant à « augmenter la part modale de la voie d'eau dans les pré et post-acheminements des trafics -échanges internationaux et trafics intérieurs- réalisés par les trois ensembles portuaires ».

Conclu sous l’égide du secrétariat d'État aux transports et à la mer, ce plan d’actions s’inspire de celui lancé en 2001 sur l’axe Saône / Rhône / port de Marseille et jouera sur trois tableaux à la fois : l’amélioration des infrastructures utilisées pour le transport fluvial, l’augmentation de la qualité des services proposés aux transporteurs et la promotion de ce mode d’acheminement, plus sûr et écologique que la route.
Imaginons deux cas de figure. Un porte conteneurs en provenance d’Amérique du Sud décharge au Havre une marchandise destinée à un logisticien installé en Île-de-France. À l’inverse, un céréalier du Centre de la France doit acheminer sa cargaison vers Rouen, pour ensuite l’expédier, depuis là, vers l’Afrique. Quel que soit le cas, l’industriel ou l’affréteur concerné se voient proposer plusieurs scénarios pour parcourir la portion de territoire comprise entre l’estuaire de la Seine et l’Île-de-France : la route, le chemin de fer ou la navigation fluviale. C’est pour renforcer la capacité d’attraction, et donc la part de marché de ce dernier mode de transport, que les trois ports autonomes concernés et l’établissement public dédié aux voies navigables en France se sont associés fin 2003, sous la forme d’un comité de pilotage dont la présidence changera chaque année.


Des travaux financés par les ports


Parmi les grands chantiers lancés par les quatre parties prenantes, figurent la réalisation d’un terminal fluvial dans la zone de Port 2000, au Havre (qui reçoit des portes conteneurs géants), la création de plates-formes fluviales franciliennes, l’amélioration de la fiabilité des écluses, le développement de la part de marché pour le transport de céréales (voire de déchets ou de véhicules), etc. Ponctuellement, VNF subventionnera une part des investissements consentis (25 % au maximum) pour améliorer le transport fluvial. Ce fut déjà le cas à Rouen pour l’installation d’une grue de déchargement adaptée aux cargaisons de farine de 40 tonnes, à destination des Grands moulins de Paris, à Gennevilliers.

« Notre implication est, d’une part, commerciale, quand il s’agit de promouvoir le transport fluvial auprès de nos clients, privés à 98 %, souligne Martin Butruille, directeur commercial du Port autonome de Rouen. Mais aussi financière, lorsque nous investissons pour adapter nos structures et l’outillage portuaire. » Depuis 1995, la part de céréales transitant par Rouen via le fleuve est ainsi passée de 5 % à 15 % (essentiellement au détriment du chemin de fer, pas de la route); « Même si notre objectif, au final, est bien d’enlever des camions de la route », glisse le responsable du Port autonome Rouen.


Freins fluviaux


« Dans une société libérale, il faut rendre attractif le transport fluvial, estime Jean Gadenne, directeur du développement et du patrimoine de Voies navigables de France. Au même titre que les autres transports alternatifs, sa seule faiblesse réside en effet dans ses coûts de transbordement. Car il est rare qu’un trajet s’effectue exclusivement de fleuve à fleuve, à la différence du camion qui relie point à point des dessertes. » Sont aussi à porter au passif du transport fluvial, face à son grand concurrent routier, la relative lenteur d’un trajet global porte à porte, et les habitudes prises dans une économie dominée par le zéro stock ou la gestion en flux tendus. « En France, il n’y a guère encore de planification des transports. On appellera ainsi un camion au dernier moment pour enlever des marchandises », note Martin Butruille, du Port autonome de Rouen.

De fait, la batellerie mise aujourd’hui sur des engagements de qualité de service, de régularité et de suivi en temps réel de l’acheminement. Elle bénéficie, en outre, d’aides de l’Union européenne, certes encore symboliques, pour grignoter des parts de marché non plus aux chemins de fer mais à la route. En termes chiffrés, le contrat de progrès fixe ainsi l’objectif de transporter 120 000 EVP (EVP : équivalent 20 pieds, c’est à dire des conteneurs de 6 mètres de long) d’ici 2010 sur l’axe Le Havre / Île-de-France, puis 170 000 EVP par an lorsque les 12 postes prévus à Port 2000 auront tous été construits. Pour les liaisons de conteneurs entre Rouen et Paris, ouvertes à peine depuis 2003, l’objectif est de 12 000 EVP d’ici 2007.

Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
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