Comment inciter les Français à changer leur mode de transport ?
Les XXe rencontres du transport public, qui se tenaient à Toulouse début octobre, ont été l'occasion pour le GART (Groupement des autorités responsables de transports) de présenter les résultats d'un sondage sur les Français et les transports publics et de promouvoir officiellement la création du chèque déplacement, sur le modèle du chèque restaurant.
En 2003, le GART (Groupement des autorités responsables de transports) a lancé une " conférence des citoyens " afin de mieux " identifier les leviers qui permettraient de changer les comportements des Français en terme de modes de déplacements ". Une vingtaine de volontaires, utilisateurs quasi-exclusifs de voiture, ont été invités à réfléchir sur les incitations aux changements. Principal enseignement : l'information doit être renforcée. Les participants ont reproché le peu de sensibilisation, venant des médias comme des pouvoirs publics, sur l'impact écologique de la voiture et sur la simplicité d'accès des transports publics qu'ils imaginaient beaucoup plus complexe.
Fort de ces enseignements, le GART a commandé récemment un sondage, sur le thème : les Français et les transports publics, pour évaluer les propositions et les leviers de changement. Présenté aux vingtièmes rencontres du transport public, ce sondage livre des conclusions importantes et donne des pistes d'action. " L'utilisation des transports en commun est, avant tout, liée à l'offre. Cependant, au-delà de l'amélioration de cette offre, l'étude fait apparaître deux leviers pertinents de la promotion de l'utilisation des transports publics : d'une part, informer sur le coût comparé de la voiture et des transports en commun, d'autre part, sensibiliser, dès l'enfance, sur les enjeux de la mobilité", a commenté Michel Destot, président du GART et maire de Grenoble. Combiner leviers économiques et sensibilisation à l'environnement peut permettre de changer les comportements rapidement et pour longtemps.
Comparer les coûts
A la réception du sondage, le GART a été surpris par la méconnaissance des Français quant au coût réel de leur voiture. Ils le sous-estiment globalement : 58 % des personnes interrogées ne savent pas combien leur véhicule leur coûte chaque mois, 13 % l'évalue entre 100 et 200 euros, le reste étant en-dessous de ces chiffres. En fait, rappelle le GART, une voiture neuve, utilisée en solo, représente un coût annuel de 5 000 euros, soit un peu plus... de 400 euros par mois ! Si on le compare au prix d'un abonnement "annuel" aux transports collectifs, 400 euros, le transport public présente un avantage économique évident, surtout en cette période de flambée du pétrole. Le GART estime q'il faudrait utiliser cet argument en communication. Une majorité de Français ne pensent que rarement à ce que coûte la voiture par rapport aux transports publics. 22 % seulement estiment que cela revient moins cher mais 92 % des personnes interrogées sont favorables à l'idée d'une telle information...
Le GART ne souhaite pas que l'incitation en faveur des transports publics ne repose que sur le levier économique, et ainsi déresponsabiliser les citoyens. Du reste, le sondage révèle que 96 % des Français jugent la proposition d'une sensibilisation des plus jeunes à la mobilité durable comme la meilleure des solutions. Ils se disent eux-mêmes sensibles aux campagnes sur la pollution (adaptation de la conduite...).
Le chèque déplacement
Informer, c'est bien, apporter des solutions concrètes, incitatives et rapides, c'est mieux. Constatant que les actifs utilisent encore trop peu les transports collectifs et le vélo (hormis en Ile-de-France et dans quelques très grandes agglomérations), le GART et le Club des villes cyclables ont décidé de promouvoir la création d'un chèque déplacement pour inciter les salariés à préférer des solutions alternatives à l'usage de leur voiture. Ce projet trouvera sa place, selon le GART, en province, où, à la différence de l'Ile-de-France, l'employeur n'a pas l'obligation de rembourser une partie de l'abonnement aux transports collectifs. Sur le modèle du chèque restaurant, le chèque déplacement serait donc payé par l'employeur et le salarié, et viendrait compléter les dispositifs de Plans de Déplacement Entreprise (PDE). Grâce à ce chèque déplacement, un salarié pourrait payer "ses transports publics, vélo (achat, location, réparation), marche (vêtements, accessoires), covoiturage (entretien, contrôle technique), voiture en temps partagé (abonnement)". Des avantages sociaux et fiscaux permettent, selon le GART, d'envisager la mise en place rapide de ce dispositif.
Cette initiative semble faire écho à une décision politique qui inquiète les acteurs et défenseurs des transports publics et alternatifs. En effet, le 6 octobre dernier, le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé, face à la hausse des prix du pétrole, la création d'un " chèque transport destiné à atténuer la hausse du prix des carburants pour les ménages les plus dépendants de la voiture ".