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Allemagne : le vélo électrique fait des adeptes

Silencieux et discrets, ils n'en font pas moins beaucoup parler d'eux en ce moment – jusqu'à l'hebdomadaire politique « Der Spiegel », qui y consacre un long article enthousiaste. L'apparition des vélos électriques dans les grandes villes allemandes bouscule certaines idées reçues… une véritable alternative à l'automobile ?

« Les e-bikes sont là, vous pouvez essayer. Attention, on devient accro ! ». L’affichette collée sur la devanture de ce professionnel de la bicyclette annonce la couleur : chacun est invité à tester ces vélos assistés d’un moteur électrique. « Rares sont les clients qui reviennent indifférents, sourit, sûr de lui, Werner Schneider, le propriétaire de Per Pedale à Francfort. C’est comme si vous étiez porté par un vent arrière tout en continuant à pédaler tranquillement ».
De fait, ces bicyclettes sont équipées d'un moteur électrique et de batteries rechargeables destinées à compléter le pédalage. Car contrairement aux vélomoteurs, il faut pédaler pour que le moteur fonctionne. Des capteurs, situés dans les pédales mesurent l’intensité de l’effort produit, des mesures auxquelles réagissent les batteries qui amplifient alors le mouvement du pédalier. Officiellement, les deux roues électriques ne dépassent pas les 250 Watt pour une vitesse de 25 km/h. Or, ce n’est un secret pour personne qu’il est possible de modifier cette « particularité » aussi facilement que de changer la sonnerie de son portable, fait remarquer le Spiegel.

Cette « assistance » a tôt fait de séduire une clientèle urbaine aussi large que variée, explique Werner Schneider. D’autant que l'assurance et l'immatriculation des vélos électriques ne sont pas obligatoires, un argument volontiers mis en avant par les fabricants allemands. « L’engouement pour le vélo électrique nous aide à contrecarrer les arguments classiques contre la bicyclette, du type "collines trop hautes" ou "chemise en sueur" », se réjouit Karsten Klama, du Club allemand du cyclisme (ADFC), une organisation qui compte 120 000 membres. Mais il tient à mettre un bémol à ce nouvel engouement : le prix. En Allemagne, il faut compter entre 1500 et 3500 euros pour un vélo électrique de qualité – en clair, ne venant pas de Chine. Ensuite le poids, sachant qu’un vélo de ce genre pèse entre 24 et 30 kilos. « Les personnes habitant en appartement, a fortiori sans ascenseur, ne peuvent ignorer cet aspect », prévient Karsten Klama. Enfin, l’entretien de la bicyclette a lui aussi un coût. « Une bonne batterie coûte entre 500 et 1000 euros qu’il est nécessaire de changer au bout de trois ou quatre années ».

Le Vélib’, version électrique 

De leur coté, les fabricants et distributeurs de vélos électriques soulignent les continuelles améliorations techniques qui permettraient d'avoir, dans un futur proche, des vélos plus légers, plus performants et surtout plus abordables. Il n’empêche, l’offre actuelle semble satisfaire une clientèle informée au préalable, qui se fournit chez des distributeurs professionnels – et non en grande surface. Selon la Fédération de l’industrie allemande des deux roues (ZIV), 100 000 vélos électriques ont été vendus en Allemagne en 2008. Pour 2009, la ZIV prévoit une hausse entre 25 et 30%. Mais c’est aux Pays-Bas que les ventes de vélos électriques connaissent un grand succès. D’après la revue spécialisée hollandaise Bike Europe, les deux roues électriques représentent déjà 26% de parts de marché. 124 250 modèles ont été vendus en 2008 pour un prix moyen de 1945 euros. Des chiffres cependant sans commune mesure avec la Chine où 21 millions d’exemplaires ont été vendus en 2008.

Le succès des vélos électriques et l’attention médiatique qu’ils suscitent, s’inscrivent en Allemagne dans le débat sur la nécessaire réorientation des modes de transport en ville, où l’on redécouvre les vertus de la bicyclette. En quête d’inspiration, le Ministère des transports s’est tourné vers ses voisins européens, et tout particulièrement vers la ville de Paris où le service de location Vélib’ est cité en exemple. « Nous voulons plus de mobilité durable dans les villes, c’est-à-dire moins de CO2, moins de particules, moins de bruit. Nous voulons également une meilleure mobilité pour les personnes n’ayant pas - ou peu - l’occasion d’être motorisées », explique-t-on au Ministère. « Pour cela, il est nécessaire que le vélo et les transports en commun se complètent. Un service comme Vélib’ nous paraît une excellente solution ». Le Ministère prévoit d'investir 10 millions d’euros, plus une enveloppe supplémentaire de 2,7 millions d’euros uniquement destinée à la mise en place d’un service de location…de vélos électriques. Un projet pilote doit voir le jour à  Berlin cet automne pour ensuite s’étendre à d’autres grandes villes allemandes… Au Japon, les ventes de ces vélos ont  plus que doublé depuis 2000 pour passer à 31 5000 unités vendues en 2008 !

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
Mis en ligne le : 17/08/2009
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