Allemagne: les tramways se mettent au vert
Depuis le début de l'année, les 48 tramways appartenant à la régie des transports de la commune de Darmstadt, la ville qui a vu naître le concept des maisons passives, fonctionnent entièrement aux énergies renouvelables. Une grande première en Allemagne, qui s'inscrit dans le réseau national « Klima-Partner ».
Certes local, le projet de tramways verts s’inscrit dans une logique nationale : les entreprises allemandes s’avèrent en effet de plus en plus conscientes des nouvelles opportunités offertes par le marché carbone. Selon Heag mobilo, l’entreprise de transports communaux, 13 millions de Kw/h sont nécessaires pour faire fonctionner les 48 tramways. S’ils ne sont pas émetteurs de gaz à effet de serre en soi, la production d’énergie nécessaire pour leur approvisionnement l’est, réduisant leur « performance carbone ». Or, avec la conversion aux énergies renouvelables, ce mode de transport peut dorénavant afficher en toute sérénité un bilan carbone entièrement neutre. En ce qui concerne l’entreprise de Darmstadt, elle réduit elle aussi ses émissions à hauteur de 6700 tonnes par an.
C’est une filiale de l’entreprise communale qui fournit la palette énergétique alternative : 84% provient de centrales hydroélectriques, que complète l’énergie éolienne à 10%, le reste étant produit par la biomasse. L’énergie fournie est garantie par le label « ok-power », délivré par un consortium comprenant entre autre le célèbre Öko-Institut de Freiburg, l’ONG WWF ainsi que l’Association de défense des consommateurs du Land de Rhénanie du nord/Westphalie.
L’entreprise publique ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et d’autres projets durables sont en cours d’étude. Il s’agit notamment d’ouvrir une station de nettoyage des omnibus avec de l’eau recyclée, ainsi que d’étudier les moyens d’élever les standards environnementaux dans l’équipement de nouveaux omnibus, par exemple en y installant des filtres à particules.
Dépenser plus pour émettre plus ?
Le lancement du tramway vert à Darmstadt ne relève pas de la seule initiative de la ville. Celle-ci fait partie du réseau « Klima-Partner-2007 », un réseau national qui a succédé au réseau régional lancé deux ans plus tôt, l’« Initiative Hessische Klimapartner ». Cette initiative veut rassembler sous l’enseigne « neutre en carbone » les entreprises allemandes actives sur ce terrain, quelle que soit leur taille et leur secteur, le tout coordonné par le cabinet de conseil 3C Consulting à Francfort, spécialisé dans la neutralité carbone. Si cette agence ne fait pas de militantisme environnemental, elle vante en tout cas les bénéfices économiques de la neutralité carbone. Dans une étude, elle analyse pour le compte des entreprises les différentes clientèles possibles. Il en ressort que plus le niveau d’éducation est élevé, plus on est prêt à dépenser plus pour le climat…
De fait, la liste des entreprises faisant partie de l’initiative ressemble à un catalogue de mesures de réduction d’émissions. Ainsi, l’électronicien Sharp a développé conjointement avec le spécialiste de la vente par correspondance nerckermann.de un téléviseur neutre en carbone. La PME informatique abcdata a également développé un ordinateur réduisant la consommation en énergie de moitié. Les grands noms de l’économie et de la finance allemande, comme Deutsche Bank ou Deutsche Telekom, côtoient les petites et moyennes entreprises, qui, à l’instar des transports communaux de Darmstadt, se distinguent par des projets industriels concrets.
"Commerce des indulgences"
L’agence 3C perçoit dans ces initiatives un moyen pour les entreprises d’améliorer leur image, ou, comme elle le dit, de les rendre plus « sympathiques ». Ainsi, elle a confectionné à l’usage des entreprises un catalogue répertoriant les projets internationaux permettant l’achat de bons de réduction d’émission (CDM), permettant aux entreprises d’afficher une « politique de réduction des émissions ». Pourtant, à mesure que les opportunités offertes par le marché carbone se font de plus en plus visibles*, la question du marché des droits d’émission divise aussi de plus en plus. Les critiques déplorent en effet que les entreprises se contentent d’adoucir leur image en achetant des quotas de CO2. Andreas Knörzer, le directeur de la banque suisse Sarasin, un des grands noms de l’ISR, parle même dans la presse allemande de « commerce des indulgences ». Selon le financier, une véritable politique en faveur du climat signifie réduire sa consommation d’énergie et se convertir aux énergies renouvelables. A l’image de ce qui se fait dans la ville de Darmstadt.
*Environ 36 institutions financières dans le monde proposent aux entreprises l’achat et la vente d’émissions – un marché évalué à 90 millions d’euros, les Nations unies prévoyant même 500 millions d’euros d’ici trois ans.