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Novethic. Votre film porte le nom de Severn, une jeune fille qui, alors qu’elle n’a que 12 ans, interpelle de façon extrêmement puissante les dirigeants du monde entier au Sommet de la Terre de Rio en 1992. Comment l’avez-vous connue et qu’est ce qui vous a convaincu d’en faire le personnage principal ? Jean-Paul Jaud. Je l’ai d’abord rencontrée sur Internet ! J’ai découvert son discours en 2008 alors que je venais juste de terminer le tournage de « Nos enfants nous accuseront ». Son texte m’a profondément touché. D’ailleurs, comment ne pas l’être quand un enfant vous dit : « arrêtez le massacre ! », « ce que vous faites me fait pleurer la nuit ! ». A partir de ce moment là, j’ai décidé de la retrouver. Cela n’a pas été facile car elle se préserve beaucoup mais quand j’ai réussi, elle m’a dit qu’elle attendait son premier enfant. Que l’ancienne petite fille qui avait fait ce discours si émouvant allait donner la vie a rendu complètement évident le fait qu’elle devait tenir le rôle principal, de fil conducteur du film. Cette question de la transmission, des jeunes et du rôle des nouvelles générations, semble extrêmement importante pour vous, comme en témoignent les titres de vos films ? Quand j’avais leur âge, on m’a laissé une planète dans un état acceptable. Et vous connaissez le proverbe indien : « la planète ne nous appartient pas, nous ne faisons que l’emprunter à nos enfants ». A l’école, mon professeur nous répétait aussi que lorsque l’on empruntait quelque chose, on devait le rendre dans le même état. Or, nous ne rendons pas à nos enfants la planète dans l’état où nous l’avons trouvée et ça, c’est absolument inacceptable. C’est une question de morale, d’éthique. Mais même dans le fond du problème, nous faisons partie d’un écosystème qui nous donne la vie et notre richesse, pourtant nous sommes en train de la massacrer, maintenant et pour les générations futures…Quand le président brésilien Lula promet d’éradiquer la pauvreté, il le fait en pillant les ressources de son pays ! Nous n’avons pas des enfants pour les voir mourir de cancer, de diabète, d’allergie et autres maladies. « Severn », reprend le thème du lien entre l’alimentation et la santé déjà développé dans « Nos enfants nous accuserons » mais en l’élargissant, en abordant des thèmes comme le nucléaire notamment. Ce thème nécessite-il plusieurs volets ? Evidemment. L’homme a trois préoccupations majeures : se nourrir, se loger et se vêtir. Or ces trois activités ont une incidence colossale sur la nature, l’environnement, la pollution… Et au vu de ce que subit cette terre arable de 30 centimètres qui entoure la planète, qu’est ce qu’on va manger demain ? Severn est donc la suite de « Nos enfants nous accuseront » car nous sommes dans une harmonie, un écosystème où tout s’imbrique par essence. Par exemple, prenons le cas de Barjac – qui était déjà dans « Nos enfants… »- où l’on montre l’engagement du maire pour une cantine scolaire bio. Pour que les enfants s’alimentent correctement, il faut une agriculture qui soit respectueuse de l’environnement. Or Barjac a largement vu passer le nuage de Tchernobyl et les centrales nucléaires des bords du Rhône sont à 30 kms à vol d’oiseau… J’ai déjà commencé le troisième volet qui parlera des OGM et de toutes ses incidences. Car contrairement aux pesticides, c’est un phénomène irréversible. Les OGM posent la problématique de la confiscation du vivant alors que depuis 3000 ans les agriculteurs conservaient leurs semences. De quel droit les multinationales brevètent-elles ce vivant ? Rappelons qu’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim sur la planète et que parmi celles-ci, 80% sont des paysans… Vous tournez au Japon, au Canada et en France. Pourquoi avoirs choisi ces pays? Les trois pays où j’ai filmé Severn sont emblématiques de leur continent. Par exemple, le Japon, c’est le pays de la super-consommation mais on montre aussi qu’il y a des gens là bas qui ont compris l’importance du changement. D’ailleurs, saviez vous que les AMAP venaient du Japon ? Ce sont les mamans japonaises qui, il y a une trentaine d’années, ont compris que la nourriture des grandes surfaces qu’elles donnaient à leurs enfants était mauvaise et qui ont décidé d’appeler les producteurs, de leur commander des paniers de saison et de les payer directement. C’était aussi le pays de Takao Furuno, un riziculteur qui est en train de faire école en Chine, en Corée du Sud et dans l’Asie du sud-est et même en Afrique. Quant au Canada, c’était aussi le pays de Severn ; et la France…le mien. Vous parlez de l’Afrique, elle est justement absente de votre film… Mais ce ne sont pas les Africains qui ont massacré l’écosystème. Ceux qui ont pollué la planète sont les pays industrialisés, comme le Canada, la France et le Japon. C’est à eux de faire des actions de rédemption. Aujourd’hui de plus en plus de documentaires qui traitent de l’environnement sortent dans les salles avec succès. On y trouve régulièrement les mêmes intervenants, la notion d’urgence, la promotion des solutions locales comme l’agro-écologie…Mais avec quels effets ? La presse ne relaye pas les effets positifs. Mais je peux vous dire qu’après « Nos enfants nous accuserons », des cantines ont décidé de passer au bio, des agriculteurs ont décidé de passer au bio, des mamans ont décidé de passer au bio…Presque tous les jours, je reçois des témoignages de personnes qui ont décidé de changer d’alimentation suite au film, ce qui prouve bien que le cinéma a un rôle à jouer. Malheureusement, il ne le joue pas assez. Car au fond, sur 200 films français qui sortent par an, combien parlent d’environnement ? 2 ou 3 ? Cette année, il y aura eu Severn et le film de Coline Serreau*. C’est peu pour une thématique dont l’enjeu est si colossal. Quant à la distribution de ces films…Songez que Severn ne sort que dans deux salles parisiennes alors qu’à l’avant première, à l’Unesco, on a réuni 1200 personnes, dont Ségolène Royal, qui soutient le film, et Corinne Lepage, qui a fait un discours. Heureusement la province est plus ouverte. Dans les débats qui suivent les projections, des élus prennent position, des agriculteurs s’engagent…Les gens viennent me voir et me disent « merci ! », que ce film leur redonne la pêche ! Ces débats sont pour moi comme des voyages initiatiques qui me motivent. Pourtant, vous regrettez que la télévision publique ne diffuse pas « Nos enfants nous accuseront ». Pourquoi selon vous ? C’est évidemment une censure. La télévision vit de la publicité et notamment de celle provenant de l’industrie agroalimentaire. Or ce film remet en cause leurs pratiques. En ne diffusant pas ce film d’intérêt commun, les programmateurs ne font pas leur devoir. * Solutions locales pour un désordre global, avril 2010 (voir article lié)
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