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Les apparences sont sauves. Vladimir Poutine est arrivé à Sotchi en chevalier blanc de la nature devant les médias. Le 3 juillet, le désormais premier ministre de la Russie, a ordonné le déplacement des très controversés piste de bobsleigh et village olympique des J.O d’hiver 2014, hors de la zone protégée du Patrimoine Mondial de l’Humanité qu’est le parc du Caucase Occidental (voir article lié). En annonçant sa décision, Vladimir Poutine a déclaré : « Face au choix des priorités : l’argent ou l’écologie, nous choisissons l’écologie. Si l’équilibre de la nature est contrarié, l’argent ne serait d’aucune aide pour le rétablir », rapporte l’Unep (organisation des Nations Unies pour la protection de l’environnement). Une injonction faussement naïve, alors même que le gouvernement détricote les lois environnementales depuis 2006, pour pouvoir développer à loisir la région de Sotchi. L’Unesco fait plier Poutine
Les ONG environnementales se battaient depuis plus d’un an sur ce point, face à des autorités intraitables, qui campaient encore sur leurs positions en avril dernier. Il semble que le rapport conjoint Unep/IUCN, appuyant l’opinion des ONG, fin mai, ait exercé une influence réelle. « Poutine a pris sa décision deux jours avant que la question du Caucase occidental soit discutée au Comité du Patrimoine mondial [ndlr : le 2 juillet]. » rapporte Andreï Pétrov de Greenpeace Russie. Nul doute que la région aurait été étiquetée « patrimoine en danger » sans cette intervention de dernière minute, compromettant du coup les J.O eux-mêmes. Les organisations environnementales telles que WWF et Greenpeace se sont déclarées soulagées par une telle décision, préservant la partie la plus sensible de la zone Cependant, les futurs J.O d’hiver ne sont pas prêts d’être estampillés « verts », de leur point de vue. « Le stade de biathlon est toujours planifié sur la chaîne Grushevy, ainsi que la station hydroélectrique sur le fleuve Mzymta » déclare Andrei Pétrov, qui continue de se battre pour que les impacts soient amoindris et compensés. La chaîne de montagne Grushevy fait partie de la dernière zone montagneuse vierge d’Europe. Elle était préservée par le statut de parc national avant que la loi ne le transforme en « zone récréative ». Expropriations « olympiques »
Pour Environmental Watch on the Northern Caucasus, une ONG locale, le mal est déjà fait : « Depuis que Gazprom a commencé à investir dans la région, en 2002 et Inteross en 2005, un village et un complexe skiable ont été construits dans la zone tampon du Caucase Occidental. Selon les experts, rien que ces constructions ont fait baisser la population d’ours bruns de 25 à 30% » déclare Dmitry Kaptsov. Pourtant, la station de Gazprom n’en est qu’à ses « balbutiements » comme l’indique Bertrand Roy, Pdg de Lacroix. Le fabricant français de skis de luxe surveille de près le projet, persuadé que l’occupation d’une petite partie d’un « territoire immense » ne peut être mauvais : « Demandez à un habitant de Val d’Isère s’il vivait mieux avant le plan neige des années 60 ! » exhorte-t-il. Quoi qu’il en soit, l’avis des habitants actuels de Sotchi n’a pas été sollicité… Beaucoup ne seront d’ailleurs plus là pour faire la comparaison, une fois la nouvelle ville et son haut niveau de vie installés. Particuliers et petites entreprises se font exproprier, racheter de force, sans recours, face au rouleau compresseur des grandes entreprises, lancées dans le développement à grande échelle et à grande vitesse de la ville de Sotchi, avec la bénédiction de l’Etat. « La loi dite « olympique » officialise les expropriations au nom de l’événement » rapporte Le Monde 2 du 30 août 2008. Répressions sécuritaires
« Des gens qui vivaient là depuis des générations se font expulser » témoigne Dmitry Kaptsov, de l’association locale Environmental Watch. Un collectif de Caucasiens a lancé une pétition sur Internet, afin d’alerter le CIO et l’opinion internationale sur les limites qu’on impose à leur liberté de mouvement et à leurs droits depuis la candidature de Sotchi aux J.O. « Un Caucasien qui veut voyager dans un district proche a besoin d’une autorisation spéciale, dont l’obtention peut nécessiter près de 7 jours ! […] Seuls les touristes munis d’une autorisation du FSB [ex-KGB, ndlr] peuvent désormais apprécier la beauté des lacs de haute montagne, des forêts de sapin et de l’air pur. […] L’économie des montagnards s’effondre sous toutes ces mesures de répression ». Sur le site www.olympicgenocide.org, ce collectif de Caucasiens rappelle que leur peuple, qui représente à présent une minorité, s’est déjà fait exterminer et chasser aux XVIIIe et XIXe siècle par les Russes. Notamment à Krasnaya Polyana (la « Prairie Rouge ») leur dernière bataille de résistance en mai 1864. Là où les skis devraient glisser, en 2014.
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