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Il faut aller au bout d’ "Une mer sans poisson", le livre de Philippe Cury, chercheur à l’IRD et Yves Miserey, journaliste scientifique au Figaro, pour voir la lumière. Une solution de pêche durable existe, observée tout au Sud de l’Afrique, au Cap. Car dans tout le reste du livre et du globe, les experts sont alarmants, décrivant les unes après les autres les régions marines dévastées par la surexploitation des grands prédateurs marins, analysant les raisons d’une probable irréversibilité du déséquilibre morbide qui s’en est suivi, que ce soit en Mer du Nord, Noire, Baltique, Adriatique, etc. Y compris au Benguela, dans sa partie Nord, en territoire namibien, où l’on est passé d’1,5 million de tonnes de sardines à… Deux sardines relevées en 2007 ! La lumière crue des chiffres et des faits fait apparaître un désastre qui n’est pas seulement du à la pêche, mais avant tout à une question de gouvernance. Concilier conservation et exploitation
« En Afrique du Sud, bien qu’il y ait moins d’argent on fait plus !» constate Philippe Cury de l’IRD (Institut de recherche pour le développement). Le chercheur met notamment en avant l’initiative de l’écologiste Lynne Shannon, chargée de la gestion de la mer et de la côte dans la ville du Cap, « une des toutes premières au niveau mondial à considérer l’approche écosystémique des pêches comme une priorité pour son pays ». Cette approche consiste à intégrer des préoccupations liées à la conservation dans un secteur d’activité comme la pêche. Révolutionnaire par rapport à l’approche traditionnelle qui consiste à réunir des experts tous les trois mois pour constater l’état des stocks par espèce de poisson. Lynne Shannon a eu l’idée d’enquêter auprès de différents acteurs pour connaître l’impact que pouvait avoir la pêche à la sardine, au merlu ou à l’anchois sur les oiseaux marins ou les phoques, qui font partie du même écosystème. Or, il se trouve que le fou du Cap, espèce d’oiseau protégée en pâtissait. Depuis, on a limité la pêche autour des îles où sont les colonies de fous. L’oiseau protégé est devenu un critère de l’état des stocks halieutique et un indicateur de sa bonne gestion. « Il est plus simple de gérer une ressource quand elle est saine » indique Philippe Cury, « les innovations en terme d’aménagement ne se font pas en période de crises et de conflits, où les marges de manœuvre sont inexistantes » commente le chercheur. Déjà, dans les années 70 et 90, l’Afrique du Sud avait réduit l’effort de pêche afin de maintenir les populations, pendant que son voisin, la Namibie, ayant quadruplé ses prises ente 1960 et 1965, avec les méthodes modernes de pêches, a maintenu son effort malgré la baisse dramatique des prises. Aujourd’hui, l’absence de sardines, d’anchois et de merlus a favorisé la prolifération des méduses, au point d’empêcher toute activité de pêche. "En trente ans, on est passé d’un écosystème productif à un écosystème dominé par les méduses et sensibles aux événements anoxiques" [ndlr:zones mortes, privées d’oxygène] raconte Philippe Cury dont ce n’est malheureusement pas le seul exemple.
Le Grenelle de la mer est lancé
Le Grenelle de la mer rassemble 200 experts - Etat, élus, ONG, syndicats, fédérations professionnelles – qui doivent d’ici 2 mois faire des propositions pour la future politique française de la mer. Un exercice difficile, compte-tenu des enjeux écologiques et des positions parfois très divergentes des différents acteurs, et de la situation économique des pêcheurs. Le processus prévoit également une consultation publique en ligne et des réunions en région. La table ronde finale est prévue au début de l'été.
La démarche écosystémique sur le calendrier mondial en 2010
Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas suivi la même évolution, alors que les Etats ont signé, en 2002, la déclaration de Johannesburg, prévoyant une démarche écosystémique des pêches en 2010 ? Plusieurs réponses –politiques, économiques et sociales- existent, et parmi elles, le fait que la ressource halieutique en Afrique du Sud soit une question de sécurité alimentaire, quand, en France, plus de 60% de la consommation aquatique est importée. « Il manque à l’évidence une intégration des connaissances scientifiques » ajoute également Philippe Cury… Et une volonté politique, doit-on ajouter pour être complet. Les auteurs rappellent que pendant 30 ans, la France s’est faite rappeler à l’ordre par la Commission de Bruxelles pour les poissons de trop petite taille pris dans le Golfe de Gascogne, allant jusqu’à être condamnée à une amende de 20 millions d’euros en 2005 avec astreinte. « Aujourd’hui, il ne faut pas aller voir en Méditerranée ce qui est vendu sur les étals des poissonniers ! De nombreuses espèces sont vendues sous la taille légale » dénonce Philippe Cury. Le diagnostic sur le manque d’intégration des connaissances et de « dialogue entre pêcheurs, scientifiques et politiques » est partagé par le sénateur Marcel-Pierre Cléach, auteur du rapport Marée Amère portant sur une dizaine de pays. Le sénateur exhorte aussi les pouvoirs publics à exercer leurs prérogatives, les pêcheurs à être les premiers acteurs d’une pêche responsable et les citoyens à mieux s’informer et à prendre leurs responsabilités sur le sujet. Philipe Cury veut voir le Grenelle comme un nouveau type de forum où experts, professionnels et décisionnaires pourraient enfin se rencontrer pour imaginer une activité de pêche viable. Une Mer sans Poisson, de Philippe Cury et Yves Miserey, Calmann-Levy 2008
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