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Pêche durable : entre recul et engagements

Planète \Ressources naturelles \Pêche

Publié le 08-10-2009

Alors que Greenpeace sillonne actuellement la France dans une « tournée de sensibilisation de la grande distribution » pour que les enseignes retirent de la vente les poissons menacés, Auchan vient d'annoncer la fin de la commercialisation des espèces de requins en danger. Le groupe s'était déjà engagé en 2007 à cesser de vendre du thon rouge, suivi par Carrefour et Coop en 2008. Au plan réglementaire en revanche, la lutte contre la surpêche est loin de progresser.

Leader sur les produits de la mer avec 12% de parts de marché et plus de 40 000 tonnes commercialisées chaque année, Auchan s’est engagé depuis 2006 à ne distribuer que des poissons ayant atteint la taille nécessaire à la reproduction, à développer des filières durables et à faire de la sensibilisation auprès de ses clients. Le 7 octobre dernier, une nouvelle initiative a été annoncée : la fin de la commercialisation de toutes les espèces de requins menacées dans les douze pays où il est implanté. Seules les espèces qui ne sont pas en danger(roussette, émissole et aiguillat en provenance des États-Unis) continueront donc à être commercialisées. Il faut dire qu’un tiers des espèces de requins pourraient effectivement disparaître en raison de la surpêche, notamment dans les mers européennes… à tel point que Bruxelles a adopté en février 2009 un plan d’action pour la conservation et la gestion des requins. Avec un certain retard néanmoins : les premières alertes des scientifiques ont été lancées il y a 10 ans.

La flotte de l'Union européenne pêche chaque année environ 100.000 tonnes de requins et espèces apparentées, comme les raies, soit un huitième des captures mondiales (810.000 tonnes). De plus, "bon nombre des squales capturés sont en fait des prises accessoires pour les palangriers pêchant le thon et l'espadon", souligne la Commission européenne. Autrement dit, des prises accidentelles, au cours des quelles les poissons sont rejetés en mer morts ou proches de l'être. Selon les associations de protection des squales, les prises les plus importantes sont effectuées par l’ Espagne (60.000 tonnes, soit 46% des captures communautaires), suivie par la France (19,5% des captures). L'hexagone dispose en effet d'une flotte basée à l'Ile d'Yeu (Ouest) spécialisée dans le requin-taupe, une des espèces les plus menacées -sur les 500 tonnes de requin vendues l'année dernière en France, un tiers était constitué par des espèces menacées-. Viennent ensuite le Royaume-Uni (14,6%) et le Portugal (6,5%). Depuis une vingtaine d’années, la demande s’accroît et les pêcheries de requins connaissent un certain essor. Mais la maturité sexuelle tardive, la période de gestation et le faible taux de fécondité de ces espèces (les gros requins n’ont que 4 petits par an) les ont rendues particulièrement vulnérables à la surpêche.

Le requin sera–t-il mieux préservé que le thon rouge ?

Si quelques enseignes de la grande distribution prennent des mesures, l’Europe et la communauté internationale restent en revanche sourdes aux alertes des scientifiques et des ONG. Le dossier du thon rouge est devenu à cet égard emblématique. Récemment, la France s’est illustrée en rejetant une proposition de la Commission Européenne visant à inscrire le thon rouge à l’annexe I de la Convention Cites sur les espèces menacées, ce qui signifie l’interdiction de sa commercialisation. Pourtant, en juillet 2009, le Président de la République s’était engagé à soutenir cette proposition…Mais à l’image des autres pays riverains de la Méditerranée, -l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Malte et Chypre-, la France a privilégié les aspects économiques - et à court terme- du dossier. Prochaine et dernière étape : la réunion de la Convention Cites en mars 2010, où les Etats devront statuer définitivement sur le sort du thon rouge. En attendant, les quotas officiels pour 2009 auront été de 22 000 tonnes pour l’UE, tandis que les scientifiques préconisaient 15 000. Mais les prises réelles de thon rouge seraient bien supérieures aux quantités autorisées : elles se situeraient en effet autour de 50 000 tonnes.

Véronique Smée
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