|
Le centre Nausicaä, consacré à la découverte du monde marin, et le CNPMEM viennent de signer une charge conjointe, « au titre d’une démarche responsable pour le développement durable et les activités maritimes », après une année de réflexion commune. Essentiellement axée autour de la communication sur la pêche responsable, tant auprès des professionnels que des consommateurs, cette collaboration vise à remplir plusieurs objectifs. Parmi eux, promouvoir la sensibilisation des pêcheurs sur les sujets fondamentaux (tailles minimales de capture, nouvelles règlementations), mais aussi leur participation aux côtés de la sphère scientifique à la réflexion autour de la gestion des ressources. La charte prévoit par ailleurs l'amélioration des connaissances sur les espèces et les zones de pêche, et la mise en place de projets de gestion des déchets, en partenariat avec des associations de protection de l’environnement. Quant à la sensibilisation des consommateurs, elle consiste surtout à informer sur le choix des espèces, leur provenance et la saisonnalité. Revaloriser l'image des pêcheurs auprès des consommateurs Mais pour Hubert Carré, directeur général du CNPMEM, il s’agit avant tout de revaloriser l'image déclinante de la profession, en dissipant notamment les malentendus autour des pêcheurs irresponsables. « Le regard sur notre métier a changé ces dernières années : l’image du pêcheur qui part braver l’océan est aujourd’hui rattrapée par celle du voleur qui pille les ressources. Il faut faire reconnaître nos pratiques de pêche durable ». Il insiste notamment sur les règlementations que s'imposent les professionnels, au-delà du cadre législatif. « Nous avons créé les licences de pêche en 1991, qui déterminent dans quelles conditions certaines espèces doivent être prélevées : avec quel matériel, en quelle quantité, etc… » Une preuve que la profession s'interroge depuis déjà quelques années sur la durabilité de ses pratiques. Et bien que la pêche illégale représente, d'après WWF France, près de 40% des prises de certaines flottes dans les eaux européennes, le directeur du CNPMEM le certifie : « la pêche illégale est l'affaire d'une minorité en France, que nous nous efforçons de combattre. » Promouvoir une pêche française responsable est d'autant plus nécessaire que le secteur subit une concurrence des plus rudes. Et pour cause : 85 % de la consommation hexagonale est assurée par l'exportation ! Et même si ce pourcentage retombe à 50 % en écartant la consommation de saumon, le paradoxe entre l'étendue de l'accès français aux ressources halieutiques et cette exportation massive reste entier. La solution ? A l'heure où les consommateurs ont besoin d'être informés et rassurés par la certification des produits, elle pourrait passer par l'adhésion des professionnels français au label MSC (Marine Stewardship Council), qui compte déjà plus de 140 pêcheries dans le monde entier (voir article lié). Deux pêcheries françaises ont d'ailleurs récemment engagé la procédure d'évaluation : la pêcherie de sardine de Bolinche de Bretagne, et l’armement Euronor (Comptoir des pêches d’Europe du Nord), basé à Boulogne-Sur-Mer. Avec l'espoir que leur produits rejoignent les 57 labellisés MSC déjà commercialisés en France, et que leur démarche en inspirent plus d'un. Priorité à la sortie de crise Pour l’heure, si les pêcheurs français savent que l'image de leur métier est à redorer, ils sont davantage préoccupés par la survie de leur activité. Hubert Carré l'avoue : « l’année dernière, nous avons fait face à la crise du carburant. Cette année, se sont les marchés qui s’effondrent. La priorité est pour l’heure de survivre dans ce contexte. » Il salue au passage les efforts du gouvernement via le Plan d’action pour une pêche durable et responsable mis en place par Michel Barnier en janvier 2008 (qui prévoyait de débloquer 310 millions d’euros sur trois ans pour optimiser la gestion des ressources, renforcer l’attractivité du secteur de la pêche, développer durablement l’économie de la pêche française et renforcer la sécurité des pêcheurs). Hubert Carré place par ailleurs beaucoup d'espoir dans la prochaine génération de pêcheurs, qui sont davantage sensibilisés aux enjeux environnementaux.
|