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D’emblée, le Secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité, Ahmed Djoghlaf, a donné le ton de cette conférence internationale, accueillie par le pays détenteur de la plus grande biodiversité mondiale, le Brésil. Selon lui, "la biodiversité (…) est aujourd’hui sérieusement menacée, mettant en péril la vie sur terre. Le capital écologique de la terre est fragilisé, affaiblissant ainsi l’avenir des générations futures. Ce qui était considéré comme acquis à jamais ne l’est plus. En effet, jamais depuis l’apparition de l’homme sur terre, les activités humaines n’ont porté atteinte à l’intégrité de la nature et à ses fonctions naturelles d’une façon aussi dramatique que durant les 50 dernières années." Les menaces qui pèsent sur les écosystèmes et sur l’extinction des espèces sont aujourd’hui bien connues, au-delà de la communauté scientifique. Pour autant, peu d’initiatives concrètes ont été prises par les Etats, à l’exception du Brésil, qui présente lors de ce sommet le premier bilan, positif, de sa politique menée contre les coupes illégales de bois. Récemment, le président Lula a également présenté une loi restreignant l’octroi de concessions forestières. Désormais, 13 millions d’hectares seront soumis à des normes strictes d’exploitation par les industries forestières et touristiques. Mais ces mesures isolées paraissent bien modestes comparées à l’ampleur de la destruction actuelle des forêts tropicales, éléments clés, pourtant, de la lutte contre le réchauffement climatique et de la préservation de la biodiversité. Les experts scientifiques fixent en effet à 2°de réchauffement le seuil au-delà duquel les impacts sur les écosystèmes seront décuplés. D’où l’intérêt d’utiliser les mécanismes mis en place dans le cadre du protocole de Kyoto, et notamment celui dit de "développement propre" (MDP). Il permet en effet aux entreprises du Nord d’investir dans des projets écologiques au Sud pour obtenir des crédits d'émissions de gaz carbonique. Ces crédits sont ensuite valorisés sur le "marché carbone" créé dans le cadre du Protocole de Kyoto.
Un moyen de sauver la biodiversité ?
Les forêts tropicales, qui séquestrent naturellement le CO2 et constituent des "puits de carbone" pourraient à terme faire partie des projets validés pour le MDP, d’autant que la déforestation représente au moins 20% des émissions mondiales de GES. Une initiative a été lancée dans ce sens lors de la conférence de Montréal sur le climat, en décembre 2005. Pour l’heure, seuls les projets de "boisement" et "reboisement" sont éligibles au titre du MDP, et doivent remplir des critères techniques très précis. Par ailleurs, les incertitudes scientifiques sur l'évolution du "bilan carbone" des forêts freinent l'éligibilité d'un certain nombre d'activités forestières au MDP. En effet, la durée de stockage d'un atome de carbone est d’environ 50 ans dans un arbre, contre des dizaines de milliers d'années pour les combustibles fossiles. Il est donc difficile de mettre les deux sur un pied d'égalité dans le cadre des mécanismes compensatoires du MDP. Mais au moins ces projets permettraient-ils de sauvegarder les forêts tropicales, estiment certaines associations environnementales, qui se sont déjà engagées dans des projets de gestion forestière en Afrique ou en Amérique latine, dans le cadre des prototypes de MDP lancés par la Convention climat des Nations Unies.
Plusieurs entreprises du Nord s’intéressent aux opprtunités offertes par les "puits de carbone." Le groupe Peugeot, qui expérimente ce procédé depuis 1999 au Brésil, a dressé un premier bilan de son projet forestier fin 2005. Intégralement financé par le groupe automobile, il a vocation à étudier à grande échelle et à long terme (40 ans), la relation entre reforestation, captation du carbone et changement climatique. Les premiers bilans carbone effectués montrent que le gain de carbone depuis 1999 est d'environ 15.000 tonnes, soit 55.000 tonnes équivalent CO2 (téqCO2). Mais il proviendrait essentiellement du retrait du bétail et des feux évités sur cette surface de 10 000 hectares, les plantations n’ayant pour l’instant qu’un impact modeste sur le gain carbone. A terme, le gain espéré pourrait s’élever à 1 200000 téqCO2. Les résultats sur la biodiversité sont plus tangibles, le projet ayant permis le retour d’espèces végétales et animales sur ce site. L'étude a en effet identifié plus d'une vingtaine d'espèces menacées d'extinction dont 20% de mammifères.
Pour autant, les projets de puits de carbone menés par les entreprises ne font pas l’unanimité auprès de toutes les ONG. Certaines, dont les Amis de la Terre, estiment qu’ils ne sont pas suffisamment encadrés, notamment dans leurs impacts sociaux et économiques sur les populations locales. Mais si les ONG environnementales et de développement font pression auprès des Etats pour que les projets "puits" soient tranparents et impliquent les parties prenantes, les principaux pays favorables à l’inclusion des "puits" dans le MDP (Canada, Australie, Nouvelle Zélande, Japon) s’opposent pour l’instant à l’adoption de règles strictes et contraignantes. Il appartiendra donc aux pays forestiers du Sud, premiers concernés par l’inclusion des projets "puits de carbone" dans le MDP, de faire valoir leurs intérêts.
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