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La dernière enquête du WWF, qui porte sur l’origine de 395 produits (parquet, menuiserie, mobilier) vendus dans 71 magasins en France, montre bien l'opacité qui règne sur le secteur. Même les consommateurs les plus motivés auront bien du mal à savoir ce qu’ils achètent, puisque 80% des produits ne comportent pas le pays d’origine du bois. Seulement 4% des produits composés de bois tropical africain comportent le label FSC, émanant des ONG et assurant une gestion durable des forêts. Au final, la meilleure enseigne (Castorama) arrive seulement à 10% de produits labellisés, suivie de Leroy Merlin (5%) et de Lapeyre (4%). Par ailleurs, le WWF note que certains produits comportent le label PEFC (label émanant de l’industrie du bois), alors « qu’aucun bois africain ne peut être certifié PEFC à ce jour. Le bois certifié dans ces produits est le bois européen généralement présent à l’intérieur. Il n’apporte aucune garantie sur le bois africain», souligne l’ONG. Bilan : le WWF ne constate aucune amélioration des garanties environnementales et des informations sur ces produits depuis la première enquête en 2007.
Pourtant, il s’agit d’une véritable course contre la montre. Chaque année, l’équivalent de la superficie de la forêt française disparaît . Or, les forêts tropicales abritent plus de 50 % de la diversité biologique terrestre et constituent des puits de carbone indispensables pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. L’exploitation abusive des forêts, caractérisée par des exploitations illégales ou non durables, serait responsable, selon la Banque Mondiale, de 20 % de la disparition de la forêt tropicale. Troisième pays importateur en Europe, la France achèterait à hauteur de 39 % du bois tropical illégal, contribuant au « syndrome de la forêt vide » en Afrique . Face à une réglementation peu efficace (voir article lié), le WWF a lancé au niveau international le « Global Forest and Trade Network », qui réunit aujourd’hui 360 entreprises engagées dans la production et le commerce de bois durable ou certifié.
FLEGT, nouvelle législation européenne
La Commission a adopté une nouvelle législation pour inciter les importateurs de bois à pratiquer des achats responsables. Le processus FLEGT signifie « Application des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux ». Des accords sont en cours de négociation entre l’Union européenne et différents pays africains et asiatiques (Cameroun, Ghana, Congo-Brazzaville, Indonésie et Malaisie) afin d’organiser un système de traçabilité sur toute la filière et un contrôle de la légalité du bois qui sort de ces pays à destination de l’Union. Au Cameroun, qui fait office de projet pilote, le système sera effectif, dans le meilleur des cas à l’horizon 2010. Ces processus longs devraient néanmoins sont modifier les pratiques , en réformant les systèmes de contrôle administratifs et douaniers dans les pays de production.
Sa branche française, créée en 1999 et qui vient d’être rebaptisée « Réseau Forêt et Commerce », fait pâle figure en ne comptant que 6 membres, même si, se défend le WWF, « des accords sont en attente de validation ». Des résultats ont cependant été obtenus, puisque Carrefour est parvenu à vendre 80% de mobilier de jardin certifié FSC, et Castorama, 60% pour ces mêmes produits. Certes, la démarche est rigoureuse et ne peut s’envisager que sur un engagement de long terme. Plusieurs années ont été ainsi nécessaires à la société forestière Pallisco, qui opère au Cameroun, pour obtenir la certification FSC, alors même que l’entreprise avait déjà mis en place une politique de protection de la biodiversité. Pour Christian Farat, responsable de la politique environnementale de Mobalpa, la certification FSC vient s’ajouter à une politique générale de l’entreprise menée depuis 2002…Sans surprise, les entreprises qui s’engagent dans le processus étaient déjà actives sur le sujet depuis plusieurs années.
Conséquences de la criseReste également la question du coût d’une telle certification, justifié par le travail de conseil et d’expertise apporté aux entreprises par le WWF. Il s’échelonne entre 1000 et 25 000 euros selon la taille de l’entreprise, avec un surcoût pour la production de bois d’environ 15%, car on prélève moins de bois à l’hectare par rapport à une exploitation non certifiée . «Ce surcoût peut aller jusqu’à 25% pour des produits en bois exotique certifié, par rapport à des produits non certifiés, mais légaux », confirme le responsable développement durable de Leroy Merlin. Une donnée non négligeable dans le contexte de crise actuel, qui a déjà des répercussions sur le secteur. « L’Asie, qui représente 45% des achats dans le bassin du Congo, a très nettement réduit ses commandes », confirme Elie Hakizumwami, représentant du WWF pour l’Afrique centrale. Des scieries ont déjà fermé, d’autres maintiennent une activité réduite, avec un risque de baisse générale des prix qui pourrait nuire à l’achat de bois certifié. Sans politiques efficaces, ces importations reposent en effet essentiellement sur la force du marché et la croissance de la demande pour des produits responsables. Difficile de dire aujourd’hui si la crise diminuera ou non ces exigences.
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