La Guyane, territoire de moins en moins préservé

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Publié le 19-12-2006

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La Guyane suscite les passions à juste titre. Du point de vue des scientifiques, c'est un trésor longtemps protégé par deux facteurs : la fusée Ariane et le SMIG français. La première a préservé les côtes sanctuarisées et le second a protégé la forêt, compte tenu du coût de la main d'oeuvre pour abattre les arbres.

L'Etat français préférait le secret autour de son lanceur de satellites militaires et de télécoms, Ariane. Les mises à feu se font sur le littoral pour s'abîmer dans l'océan en cas d'échec (du fait de la rotation de la Terre). Le rivage est donc resté intact, chose très rare en Amérique du Sud. A l'intérieur des terres, l’application du salaire minimum, applicable aux bûcherons, rendait peu rentable l’abattage des bois précieux qu'on achetait pour trois fois rien dans les pays voisins : Brésil et Surinam.

Ainsi la Guyane est un lieu à part. Kourou ville cossue, ressemble à un bourg de Los Angeles mais au centre, sur la plage, un village amérindien cultive une certaine sobriété, évitant d'allumer la nuit venue, pour vivre sous les étoiles. Au coeur de la forêt, la réserve des Nouragues, d'une grande beauté, a reçu les chercheurs en biologie, en pharmacie, en parfumerie et en climatologie (discipline la plus riche) du monde entier. Il fallait un permis pour pénétrer au sud du département de Guyane. Des Amérindiens du Brésil s'y réfugiaient, dit-on, fuyant le contact avec les Blancs. Mais des chercheur d'or ont coupé des arbres de la réserve pour faire passer leurs engins et, l'été 2006, deux gardiens des Nouragues ont trouvé la mort. Dans les laboratoires du monde, la Guyane ne fait plus rêver.

Dans sa plainte contre X pour empoisonnement au mercure, (voir article lié) la FOAG (Fédération des Organisations Autochtones de Guyane) date le changement de 1996. On a vu arriver, d'abord sur les deux fleuves frontières, l'Oyapock et le Maroni, des barges qui suçaient les limons pour en extraire l'or. Comme partout en Amazonie, les orpailleurs rejetaient du mercure. Le mercure en solution, sous la forme de methylmercure agit en toxique violent du système nerveux surtout chez le fœtus, entraînant des naissances mal formées. Mais en plus grande quantité encore, les pompes des orpailleurs vomissent aussi des milliers de tonnes de boues qui asphyxient les plantes aquatiques et toute vie dans l'eau. Des fleuves principaux, les orpailleurs sont remontés dans les rivières, dont ils ont défoncé les rives au bulldozer. Ils tiennent une bonne partie du sud, dont ils ont massacré, pour se nourrir - ou capturé pour le trafic - la faune remarquable. De ce fait, des Amérindiens  émerillons qui vivaient en forêt de chasse et pêche, n'ont plus, pour protéines, que le poisson, qui est contaminé au mercure. L'eau devient imbuvable. Le sud, naguère mythique, passe aujourd’hui pour la partie la plus pauvre en diversité.

Orpailleurs dévastateurs

Contrairement au tronc d'arbres abattus, l'or circule discrètement. Le SMIG ne protège plus de rien. Nombre d'orpailleurs opèrent sans permis, avec des ouvriers immigrés clandestins, les pieds dans l'eau toute la journée, au risque de la malaria et des reptiles, et de recevoir des coups, sinon pire, comme paiement. Les gangs se déplacent en pirogues silencieuses, les gendarmes en hélicoptère qu'on entend arriver. Cet orpaillage sauvage, désespéré, achève de dévaster des sites souvent déjà raclés. Depuis un an, l'armée coopère avec la gendarmerie et la loi leur permet de détruire le matériel des orpailleurs, qui coûte fort cher. En outre, le Brésil, qui a classé Parc National le territoire au long de la frontière, accepte de rapatrier ses ressortissants loin à l'intérieur du pays. Enfin, au premier janvier 2006, la France a interdit l'emploi et l'importation de mercure. Mais nul doute qu'ils ne continuent, grâce à la contrebande. L'or clandestin se vend en dessous du prix mondial. L'Etat n'en tire même pas la taxe sur les produits pétroliers du fait du trafic de fuel frontalier. A croire Philippe Gentilhomme, économiste au bureau des recherches géologiques et minières, qui cite les chiffres des douanes, la Guyane exporte deux fois plus d'or, qu'elle n'en déclare avoir produit officiellement.

M.P. Nougaret
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