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La faune sous marine menacée en Mauritanie

Planète \Environnement \Biodiversité

Publié le 14-01-2005



Morceau de désert bordé par l'océan, la Mauritanie était jadis réputée pour ses ressources halieutiques inépuisables. Les bateaux venus d'Europe et d'Asie, le double jeu de l'Union européenne et la négligence des autorités locales ont progressivement tari cette formidable ressource naturelle.

Au Japon, tout le monde connaît la Mauritanie, ne serait-ce que de nom. C’est en effet de ce pays d’Afrique que provient une bonne partie des calamars très appréciés dans l’archipel nippon. Avec ses ressources halieutiques considérables, la Mauritanie fait l’objet de convoitises. La pêche constitue 50% des recettes d’exportation du pays et 9% de son PIB. 36 000 Mauritaniens vivent de la pêche dont les artisans qui ramènent au marché aux poissons de Nouakchott, situé en bordure de l’océan, d'excellents morceaux bon marché.

Depuis quelques années cependant, les richesses s’amenuisent. « La demande dépasse l’offre et le dispositif de régulation est insuffisant » explique Kirsten Hegener, une conseillère de la direction du parc national du banc d’Arguin détachée par la coopération allemande. Le parc naturel, une réserve où l’on peut notamment admirer des oiseaux, située entre Nouakchott et Nouadhibou, est directement victime de la surexploitation des ressources halieutiques. « La disparition des poissons amène toujours plus de pêcheurs, des industriels comme des artisans, à se fournir illégalement dans le parc » explique Kirsten Hegener. Deux types d’espèces sont particulièrement touchées : les céphalopodes comme la seiche ou le calamar, et les mulets jaunes, ces poissons dont on extrait les œufs pour en faire de la poutargue, un mets que l’on apprécie dans la cuisine casher.

En 1995, la Mauritanie a institué un repos biologique annuel de deux mois. La relâche est globalement respectée, mais cela ne suffit pas. Ce n’est plus seulement la pêche industrielle, peu attentive à l’équilibre naturel, qui surexploite les ressources, mais aussi, désormais, la pêche artisanale. « Depuis vingt ans, le nombre des bateaux d’artisans est passé de 0 à 40, alors que le volume des prises est resté stable » détaille Kirsten Hegener. Les nouvelles techniques de pêche font des ravages. Chaque année, la presse mauritanienne déplore l’échouage de dauphins morts sur les plages du pays en accusant les compagnies qui cherchent du pétrole dans les eaux territoriales mauritaniennes d’utiliser des ondes sismiques. Ancien directeur du parc du banc d’Arguin, le haut-fonctionnaire mauritanien d’origine libanaise Gabriel Hatti livre sa version du carnage : « Ce sont les filets tournants utilisés par les chalutiers qui provoquent ces échouages ». Les filets tournants ne causent pas de dommages qu'aux seuls dauphins. Ils favorisent la pêche de tous types de poissons, y compris de petite taille, qui sont rejetés sur les plages s’ils ne sont pas exploitables.

La pêche constitue pour l’Etat mauritanien une ressource financière non négligeable. Selon Mahmoud Cherif, ancien secrétaire général du ministère de la pêche et aujourd’hui consultant, la vente des licences rapporte chaque année à l’Etat le quart de son budget, 100 millions d’euros, dont 86 millions proviennent des pêcheurs industriels de l’Union européenne. « Les Mauritaniens savent que les ressources sont surexploitées, mais la manne européenne est trop tentante » résume-t-il. Les journaux de Dakar dénoncent pour leur part l’attitude des pouvoirs publics de Nouakchott qui vendent des permis de pêche aux artisans sénégalais mais tardent à leur remettre le document qui leur permet de pratiquer leur activité. La négligence des autorités mauritaniennes s’explique : les Maures, qui dominent le pays, mangent rarement du poisson. « Nous sommes allergiques à tout ce qui vient de la mer » confie un dirigeant d’entreprise à Nouakchott.

Des pays européens, notamment le Royaume-Uni et l’Allemagne, se sont émus de la raréfaction des ressources. Quant à l’Union européenne, elle affirme régulièrement sa volonté de « conserver les ressources halieutiques ». L’Europe est pourtant critiquée par les experts mauritaniens. « Les accords conclus entre la Mauritanie et l’Europe sont léonins » juge Gabriel Hatti, qui accuse « les bateaux espagnols et néerlandais et leurs super-aspirateurs ». Pour Mahmoud Cherif, les autorités mauritaniennes jouent aisément de la rivalité intra-européenne entre « les amis de la pêche et les amis du poisson », ceux qui défendent les puissantes industries et ceux qui adoptent un discours environnementaliste. Le consultant estime en outre qu’Européens et Mauritaniens ne jouent pas à armes égales. Il dénonce « les subventions accordées par l’Union aux pêcheurs européens, alors que la Mauritanie, en raison du plan d’ajustement structurel auquel elle est soumise, n’a pas le droit de subventionner ses artisans ».

Olivier Razemon
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