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Publié sous l’égide de l’ONU, le Millenium Ecosystems Assessment (Evaluation des écosystèmes pour le millénaire) dresse un constat alarmant de l’état de la planète. Les quelques 1 360 experts appartenant à 95 pays, qui ont réalisé ce rapport, estiment en effet que 60 % des services vitaux rendus par la biodiversité sont d’ores et déjà dégradés ou surexploités. Et les échéances s’apprécient désormais à court terme, puisque les experts entrevoient des conséquences directes sur la vie humaine d’ici 35 à 40 ans. Les anthropologues, écologues, biologistes et économistes qui ont travaillé pour cette vaste étude observent que les 50 dernières années ont été les plus consommatrices de ressources naturelles pour répondre aux besoins humains en nourriture, en eau douce, en bois, en fibres et en combustibles. 60 % de l'augmentation de la concentration de gaz carbonique dans l'atmosphère s'est produit depuis 1959, et plus de terres ont été mises en culture depuis 1945 que pendant les 18ème et le 19ème siècles réunis. L’exemple le plus frappant reste les stocks de poissons, largement épuisés pour certains en une cinquantaine d’années."Au coeur de cette étude, il y a une mise en garde : l'activité humaine exerce une telle pression sur les fonctions naturelles de la planète que la capacité des écosystèmes à répondre aux demandes des générations futures ne peut plus être considérée comme acquise", souligne le comité directeur du rapport. "On s'émeut de l'épuisement des ressources énergétiques, mais on néglige la destruction des écosystèmes", a souligné Hans Van Ginkel, secrétaire général adjoint des Nations unies. Les experts de "L'évaluation des écosystèmes pour le Millénaire" prévoient en outre, dans les 50 prochaines années, une perte continue de la biodiversité et une croissance de la consommation des services fournis par les écosystèmes. S’ils ne font pas de préconisations, estimant que les décisions reviennent à la sphère politique, ils proposent cependant 4 scénarios pour l’avenir, tenant compte des priorités choisies par les gouvernements. Le plus optimiste est celui qui privilégie la gestion active des écosystèmes à l’échelle régionale et l’investissement dans l’éducation (à hauteur de 13% du PIB, contre 3,5% aujourd’hui). Richesse de plus en plus inégale Si tous les scénarios ont pour point commun de réaliser des progrès dans le domaine de la lutte contre la faim dans le monde, ils ne parviennent pas, loin s’en faut, à réaliser les objectifs du Millénaire adoptés en 2000 par les Nations- Unies. En prévision du Sommet de septembre 2005 sur le bilan des OMD, Kofi Annan a rendu public le 24 mars dernier un 1er bilan de ces objectifs, soulignant que les grands fléaux actuels (maladies, faim, conflits) compromettent largement les résultats attendus pour 2015. « Depuis 2000 (…) plus de 40 pays ont connu les meurtrissures de conflits violents. Il y a dans le monde quelque 25 millions de personnes déplacés, dont près d’un tiers inaccessibles pour les équipes d’aide des Nations Unies, et 11 ou 12 millions de réfugiés; certains sont en butte à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, écrit le Secrétaire général des Nations–Unies. De nombreux pays sont déchirés et vidés de leur substance par une violence d’un autre type. Le sida (…) a déjà tué plus de 20 millions d’hommes, de femmes et d’enfants et le nombre de séropositifs dépasse les 40 millions. Pour beaucoup, les promesses que traduisent les objectifs du Millénaire demeurent très lointaines. Plus d’un milliard de personnes vivent encore sous le seuil de misère, c’est-à-dire qu’elles disposent de moins d’un dollar par jour pour subsister, et 20 000 meurent chaque jour de la pauvreté. » Kofi Annan relève que si le monde est plus riche, cette richesse est de plus en plus inégale. Certains pays ont fait de réels progrès dans la réalisation des objectifs du Millénaire, mais trop peu de gouvernements – au Nord comme au Sud – ont fait tout ce qu’il fallait pour que tous les objectifs soient atteints d’ici à 2015.
« Les ressources existent »
Un constat d’autant plus amer, que « l’ampleur des progrès faits par certains pays dans toutes les régions du monde a montré que, dans un laps de temps très court, la pauvreté et la mortalité maternelle et infantile pouvaient être réduites de façon spectaculaire et que d’énormes avancées peuvent être obtenues au niveau de l’éducation, de l’égalité entre les sexes et d’autres domaines du développement », souligne le rapport. De fait, le 21ème siècle dispose des ressources et des technologies procurant les moyens et les connaissances nécessaires pour tenir l’engagement pris par les États dans la Déclaration du Millénaire-« faire du droit au développement une réalité pour tous et mettre l’humanité entière à l’abri du besoin ». A dix ans de l’échéance, des progrès ont toutefois été réalisés, essentiellement en Asie du Sud-Est, où plus de 200 millions de personnes ont échappé à la pauvreté par rapport à 1990. Si l’Inde et la Chine connaissent un développement important, l’Afrique reste l’épicentre de toutes les crises liées à l’insécurité de l’eau, de la nourriture, et des risques sanitaires. Enfin, les questions environnementales restent une préoccupation majeure des OMD, dans la mesure où elles sont étroitement liées au développement. « La dégradation de plus d’un milliard d’hectares de terres a eu des conséquences catastrophiques pour le développement dans de nombreuses régions du monde (…) des centaines de millions de personnes risquent de devenir des réfugiés écologiques (…) L’appauvrissement de la diversité biologique a également de graves répercussions sur la santé, les modes de subsistance (…) et rend les populations vulnérables ». Kofi Annan rejoint ici les experts du « Millenium Ecosystems Assessment », enjoignant les gouvernements à appliquer la Convention sur la diversité biologique, et à « réduire le rythme d’appauvrissement de la biodiversité conformément à l’engagement souscrit à Johannesburg » -Sommet de la terre, 2002-.
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