La Banque mondiale et le WWF, alliés contre la déforestation

Planète \Ressources naturelles \Bois

Publié le 31-05-2005

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Lors de la 5e édition du Forum sur les forêts des Nations unies (UNFF) qui s'est tenu le 25 mai dernier, la Banque mondiale et le WWF ont rappelé les impacts environnementaux et sociaux liés à la déforestation. Avec une progression équivalente à 28 hectares de coupe par minute dans le monde, la déforestation remet en cause la captation du carbone, responsable de l'effet de serre, et la protection de la biodiversité. Elle affecte également les populations des pays du Sud, qui dépendent largement des ressources forestières pour vivre.

Partenaires au sein de Forest Alliance (l'Alliance pour la forêt) depuis 1998,  le WWF et la Banque mondiale travaillent avec les gouvernements, les entreprises du secteur du bois et la société civile pour endiguer la déforestation en Amazonie, en Afrique et en Indonésie. Ce partenariat a pour objectif à long terme de faire progresser de 50 millions d’hectares les forêts protégées. Actuellement, plus de 140 000 km2 de forêts sont détruits chaque année, soit un territoire équivalent à celui de la Grèce. Ramené à la minute, le chiffre est de 280 000 m2... Face à l’urgence, Forest Alliance doit cependant afficher des ambitions réalistes, qui devraient permettre d’ici 2010 de réduire le rythme de la déforestation de 10 %.  500 000 km2 de zones protégées ont déjà pu être crées depuis le lancement de cette initiative, -soit la surface de la France-, mais les efforts réalisés se heurtent à une pratique largement répandue, celle des coupes illégales. Selon le World Resources Institute, le bois coupé illégalement aurait représenté 65 % de la production mondiale en 2000. La proportion de coupes illégales serait de 35 % en Malaisie, de 50 % au Cameroun, de 50 % dans l’est de la Russie, de 70 % au Gabon, de 73 % en Indonésie, et atteindrait 80 % dans certaines régions du Brésil. Environ 40 % du bois transformé en

Brésil : la déforestation observée par satellite
La mise en place de 3 satellites (2 par la NASA et 1 par le Brésil) permet désormais d’observer, quotidiennement,  la déforestation de l’Amazonie en temps réel. Les informations recueillies par les services d’ « observation de la terre » sont ensuite communiquées en toute transparence au gouvernement, mais également aux ONG et sur Internet (www.obt.inpe.br/deter). L’observation a fait apparaître la disparition de 26 130 km2 de forêt en un an. Il semble cependant que ce processus soit actuellement endigué grâce aux mesures prises par le président Lula, qui a fait protéger 80 000 km2 de forêt dans une zone convoitée par les coupeurs de bois et a annoncé la création de cinq nouvelles réserves dans l’Etat du Para.
pâte à papier en Indonésie est d’origine illicite, et jusqu’à 46 % de la demande domestique aux Philippines provient de sources illégales.

Impacts sociaux, économiques et environnementaux

Les impacts environnementaux de la déforestation, qu’elle soit légale ou illégale, sont connus : augmentation de l’effet de serre (les forêts permettent de capter 46 % du carbone terrestre)  et diminution de la biodiversité liée à la disparition des espèces animales et végétales. Les impacts sociétaux sont sans doute moins connus, mais pourtant réels. Des dizaines de millions de personnes, qui dépendent de la forêt pour leur survie, sont en effet affectées par la déforestation. En Indonésie, 50 millions d’indigènes ont directement été touchés par l’octroi de concessions. « Le Département national des forêts, qui a exproprié les indigènes pour mettre leurs terres à la disposition des exploitants forestiers ou des parcs nationaux, est aujourd’hui incapable de contrôler la grande majorité de la production industrielle annuelle de bois », observe Greenpeace. Un phénomène qui touche également les forêts boréales de l'extrême orient russe, les forêts tropicales d'Amazonie et du Congo, menacées par l'abattage sauvage, les coupes illégales et le défrichage agricole. Au plan économique, le WWF et la Banque mondiale estiment que ces coupes font perdre 15 milliards de dollars aux pays du Sud chaque année. Globalement, la perte des ressources forestières affecte directement la vie de près de 90% des 1,2 milliards de personnes qui vivent dans les pays en voie de développement. Les forêts procurent en effet des ressources alimentaires et médicales indispensables aux populations, au–delà de celles qui y vivent.

Forte demande des grands pays émergents

L’avertissement lancé à New York par Forest Alliance met également en avant l’émergence de besoins  à venir en Chine et en Inde, pays dans lesquels la demande de bois progresse considérablement. Selon un rapport du WWF, les forêts chinoises ont fourni à l’industrie 79 millions de m3 de bois en 2003, quand celle-ci en consomme 173 millions. La Chine est ainsi devenue l'un des principaux clients de pays comme la Russie, la Malaisie ou l'Indonésie pour le bois et la pâte à papier. Elle est aussi l'une des principales destinations de bois abattu et vendu illégalement, selon les experts du WWF. Bien que les Chinois utilisent en moyenne 17 fois moins de bois que les Américains, leurs importations ont connu une augmentation spectaculaire au cours des 10 dernières années et vont continuer à croître pour répondre aux besoins d'une croissance économique rapide. Mais la hausse des importations est aussi le résultat des mesures prises pour limiter la déforestation en Chine…qui préfère « déforester » d’autres territoires comme le Cambodge, le Vietnam et l’est de la Russie. De même, dans les années 90, les interdictions posées par le gouvernement thaïlandais avaient mécaniquement développé les coupes illégales de teck au Laos et à Myanmar. Du côté des pays occidentaux, l’Union européenne, qui absorbe 45% des importations mondiales, a lancé en 2003 l’initiative FLEGT (Application des Règlementations Forestières, Gouvernance et Echanges Commerciaux) pour limiter les importations illégales. Actuellement, aucune méthode ne permet en effet aux douanes d'identifier l’origine du bois et d'empêcher les importations illégales dans l'UE. FLEGT s’est donc donné pour objectif, notamment, de mettre en œuvre des licences d’importations avec des pays partenaires et d’instaurer des contrôles aux frontières pour vérifier la provenance du bois.

Véronique Smée
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