L'avenir du thon rouge se joue cette semaine

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Publié le 18-11-2010

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La Commission pour la conservation des thonidés se réunit du 17 au 27 novembre à Paris pour fixer les futurs quotas de pêche alloués aux thoniers méditerranéens. Cette réunion extraordinaire est déterminante pour éviter l'effondrement du stock et protéger l'avenir du thon rouge.

Le sort du thon rouge sera vraisemblablement fixé dans les jours qui viennent. La Commission internationale pour la conservation des thonidés d’Atlantique (Cicta) se réunit à Paris du 17 au 27 novembre pour établir, entre autres, les futurs quotas de pêches alloués aux thoniers méditerranéens. L’enjeu : éviter l’effondrement du stock, annoncé comme imminent par nombre de scientifiques, consultants et associations de protection de l’environnement.

En amont de l’ouverture de sa 17ème réunion extraordinaire, la Cicta se veut néanmoins rassurante. Son président Fabio Hazin rappelle que ses membres (47 Etats et l’Union Européenne) se sont récemment rangés derrière l’avis des scientifiques, en réduisant drastiquement les quotas alloués pour les futures saisons de pêche. D’après lui « l’époque où la Commission ne suivait pas les recommandations de son comité scientifique appartient au passé. » Effectivement, pour la première fois en 2009, la Commission a suivi l’avis de son comité scientifique en fixant un taux admissible de capture (TAC) de 13 500 tonnes pour les saisons 2010 et 2011. Une décision alors saluée par les associations de protection de l’environnement, qui estimaient toutefois que ce quota restait trop généreux. Le comité scientifique justifie ce taux de 13 500 tonnes comme étant le seuil minimal permettant d’atteindre un état durable du stock en 2022, avec une probabilité de 63%. Une marge d’erreur jugée trop risquée par les écologistes. D’autant que de l’avis même de ces experts, les données scientifiques dont ils disposent présentent de fortes incertitudes.


Des données scientifiques peu fiables pour évaluer les stocks

Fournies par l’industrie de la pêche, ces données sont incomplètes et ne permettraient pas d’évaluer correctement l’état du stock. C’est en tout cas le constat dressé par Roberto Mielgo Bregazzi, Directeur du cabinet indépendant Advanced Tuna Ranching Technologies, qui considère que « le dernier rapport du comité scientifique est un monument de la science vaudou, truffé d’incertitudes. » La Cicta a pourtant mis en place un système de suivi de chaque thon rouge, depuis sa capture, son transfert par cage en mer, son arrivée dans une ferme d’engraissement jusqu’à son abattage et son exportation. Roberto Mielgo, qui a analysé ces documents, révèle que « la moitié d’entre eux sont incomplets ! Il manque soit le tonnage, soit le nom du bateau. Plusieurs captures se retrouvent même sous un même numéro … » Le président de la Cicta le reconnaît, il reste des efforts à faire. Il propose d’ailleurs la mise en place d’un suivi électronique de chaque thon rouge capturé, dont les données seraient accessibles à tous.

Les ONG appellent à une suspension de la pêche industrielle

Pour les ONG Greenpeace, Oceana, WWF et le Groupe Pew Environnement la surpêche est en partie responsable de ces déficiences. D’après François Chartier, chargé de la campagne Océans de Greenpeace France, « il existe un système de tricherie sur les déclarations de pêche depuis la création de la filière d’engraissement il y a plus de 20 ans. Le système de contrôle des captures coûte cher et ne fonctionne pas. » Face à l’urgence, la question de la fiabilité des données scientifiques est donc aujourd’hui dépassée. Leur message est sans équivoque : la pêche industrielle du thon rouge est devenue incontrôlable et doit être suspendue. Comme le rappelle Maria José Cornax, chargée de la campagne Pêcheries d’Oceana, « en 2007, le comité scientifique de la Cicta estimait la surpêche à 61 000 tonnes, alors même que le total admissible de capture s’élevait à 29 500 tonnes. Face à la surcapacité des thoniers senneurs méditerranéens, promue par l’Union Européenne à grand renforts de subventions, le thon rouge est sans avenir. » Les ONG, de leur côté, recommandent un quota maximum de 6 000 tonnes, alloué exclusivement à la pêche artisanale.

Pourtant, si l’UE veut respecter l’engagement qu’elle s’est fixé de « reconstituer un stock durable pour 2020 », le seul moyen d’y parvenir serait de « cesser la pêche », selon Roberto Mielgo Bregazzi. D’après lui, « le quota de 13 500 tonnes correspond en réalité au seuil minimal de viabilité économique de la filière. Les ténors de cette imposture, Bruno Le Maire en tête, oublient de façon éhontée que leur propos violent la législation européenne. » Les récentes déclarations du ministre de l’agriculture en faveur du quota de 13 500 tonnes déçoivent effectivement les défenseurs de l’environnement, qui dénoncent une posture contradictoire avec les engagements pris dans le cadre du Grenelle, et le soutien français de l’inscription du thon rouge en annexe 1 de la Cites et mars dernier (voir article lié).

L’objectif de reconstitution du stock thon rouge d’ici 2015 fixé lors du sommet de Johannesburg en 2002 est aujourd’hui clairement inatteignable. Mais le succès du sommet de Nagoya sur la biodiversité est encore présent dans les esprits. La communauté internationale restera-t-elle sur sa lancée ?

Anne Farthouat
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