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Par la mortalité infantile - ou en couches -, le taux d'alphabétisation, le revenu par habitant, l'Afghanistan se classe parmi les pays les plus démunis. Cependant, à Paris, le Musée Guimet montre le fabuleux trésor du Musée de Kaboul, caché par de simples citoyens aux yeux des talibans qui, sans cela, l'auraient détruit. Les objets de plus de deux mille ans évoquent, selon le catalogue, une «société nomade, ouverte sur le monde entier». Des laques de Chine y côtoient les monnaies romaines; mais les plus belles pièces furent fabriquées sur place avec un art très sûr. Enserré dans des montagnes qui culminent à 6000 m et des déserts, le pays a longtemps tenu lieu de conservatoire de techniques. Une bonne moitié de la population parle le dari, forme ancienne du persan. Dans les années 70, l'artisanat afghan fournissait encore la haute couture de Paris en pull-overs jacquard aux teintes sombres et éclatantes, végétales, et somptueux manteaux d'agneau brodé.
Entre les neiges éternelles et la fournaise parfois glaciale du désert du diable, Satan, Schaistan, le Seistan*, on trouve des vallées fertiles, irriguées selon une longue tradition, par des canaux et des tunnels, aujourd'hui la plupart détruits, à la suite des exactions des soviétiques, des islamistes armés par les Etats-Unis et désormais des chefs de guerre, qui n'ont pas désarmé. La récolte principale était le blé, explique Habib Haider, auteur d'une thèse de géographie humaine sur le pays, à Paris en 1976 et d'un livre sur son histoire récente . On cultivait un peu de riz dans le micro climat doux du sud-est, et le pays exportait des fruits secs. 35% du territoire étant couverts d'une steppe aride, seuls les troupeaux en transhumance, pouvaient y ménager la ressource la plus rare : l'eau de la rosée.
Les animaux ne pouvaient rester plusieurs jours au même endroit, de crainte d'éliminer la précieuse végétation. En trois mois les troupeaux arrivaient dans les hautes vallées. Les nomades travaillaient aux canaux d'irrigation contre du grain. Les bêtes paissaient dans les champs en jachère ou les blés moissonnés (en automne à ces altitudes). Le fumier enrichissait le sol. Nul besoin d'autre engrais, aucun problème de pollution par les nitrates. La peau des moutons astrakans se vendait très bien. La laine plus ordinaire devenait transportable en réduisant de volume, sous forme de tapis, aux couleurs typiques, obscures pour capter l'énergie solaire, le jour, devant la tente, et restituer cette chaleur à l'intérieur de nuit. Leur fabrication, les calculs complexes qu'elle exige et la connaissance des plantes tinctoriales absorbaient les enfants, capables de réaliser un tapis de bout en bout, vers l'âge de treize ans. En toute autonomie : rien à voir avec des enfants enchaînés en Inde aux métiers à tisser. Dans les villages et les villes, encore très rurales, chaque maison avait son puits et l'on gardait trois ans de provisions d'avance pour parer au climat brutal. Passage brutal à la modernisation
Fixation des nomades en spoliant des paysans dont on leur attribuait les terres, achat de tracteurs trop gros pour pénétrer sur les parcelles desservies par l'irrigation, encouragement de la culture du pavot pour payer les armes de la résistance, la liste des erreurs est longue, presque toutes inspirées par l'Occident. Dès les années 30, on a voulu moderniser, les cultures de coton, exigeantes en eau, ont évincé les céréales.. En 1958, le pays doit, pour la première fois, importer du blé. Aujourd'hui il dépend presque entièrement de l'aide alimentaire . Depuis l'intervention qui a chassé les talibans, en 2001, l'agriculture a repris mais de façon très fragile, avec des rendements réduits, en année sèche, de moitié. La communauté internationale qui gère la reconstruction depuis la capitale, Kaboul, n'a pas restauré les grands réseaux d'irrigation et de captage; peut être parce que seuls les Afghans sauraient s'y prendre. Quoi qu'il en soit, ceux-ci se sentent écartés des décisions, surtout dans les campagnes. La route de haute altitude Kaboul-Kandahar, construite par des sociétés américaines et turques de sous-traitants en cascade, ne se montre pas des plus solides. Une crue des eaux, précoce et catastrophique, a tué deux cent personnes en mars 2007, faute de canaux en état de l'absorber.
Une ville comme Kaboul (située à 1800 m.) disposait de prairies humides, de jardins et d'étangs pour contrôler l'inondation et recharger la nappe phréatique. Ce luxe n'est qu'un souvenir. Les suies des 4 x 4 diesel des agences internationales ont noirci les glaciers de l'Himalaya, à 1OO km. Conséquence, les neiges fondent plus vite, en deux mois au lieu de quatre. Les puits tarissent; seuls les plus riches citadins peuvent capter l'eau en forage profond.. La population respire de pouvoir écouter de la musique sans risquer la prison. Mais les sociétés privées de sécurité encombrent les trottoirs de guérites pour gardes armés et les Afghans, presque tous piétons, ont bien du mal à ne pas se faire écraser.
Sur les meilleures terres prospère le pavot qui demande pourtant beaucoup plus de travail aux paysans. Mais quel choix reste-t-il en l'absence de sécurité ? On sème les semences de l'aide, pas les vieilles variétés locales, qui sont mieux adaptées, et recueuillies par les botanistes américains pour la nouvelle banque de gènes du Tadjikistan. On utilise des engrais chimiques, puisque les nomades ne se déplacent plus sur les frontières fermées et garnies de mines. Pourtant, selon Habib Haider, il suffirait d'aider l'Etat à dresser un cadastre, payer une police et restaurer une justice civile, pour que les Afghans montrent leurs efficacité. A l'heure où le climat, partout, se dérègle, peut-être ont-ils quelques savoirs à partager. *Afghanistan, reconstruction et développement, avec François Nicolas, Autres Temps-2006 *Michelle et Robin-Edward Poulton, auteurs du Que Sais-Je ? sur l'Afghanistan
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