Gestion du marais Vernier : dialogue réussi entre les parties prenantes

Planète \Environnement \Biodiversité

Publié le 04-02-2004

Partagez : Partager
Le marais Vernier (Eure)
Le marais Vernier (Eure)

Site normand de 7 800 hectares situé dans une ancienne boucle de la Seine, entre Le Havre et Rouen, le marais Vernier fait-il figure d'exemple ? On pourrait le penser tant la mise en oeuvre du programme européen Natura 2000 y est un exemple rare de consensus. Le pari tenait en effet de la gageure : comment mettre d'accord des parties prenantes aussi différentes que chasseurs, pêcheurs, écologistes, agriculteurs, élus et propriétaires autour d'un projet de protection d'un écosystème aussi fragile et particulier que celui du Marais Vernier ?

Directive européenne, Natura 2000 vise à « préserver la diversité biologique en assurant le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable des habitats naturels et des habitats d’espèces de la flore et de la faune sauvage d’intérêt communautaire ». Ce programme s'applique aux sites naturels désignés spécialement par chacun des États membres en application des directives européennes dites « Oiseaux » et « Habitats » de 1979 et 1992.

Dès 1996, la France a listé les sites susceptibles d’intégrer le réseau. Parmi ceux-ci figurait le marais Vernier, plus grande tourbière alcaline de France. Cette zone est désignée comme site pilote. La Direction régionale de l’environnement (Diren) était chargée de prendre en charge la rédaction du document d’objectifs en concertation avec les parties prenantes sur le terrain, sous l’autorité du préfet. Ce document devait servir de référence pour la réalisation par la suite des contrats de gestion, élaborés entre les propriétaires ou ayant droit et l’État.


L’inquiétude des usagers


Dès 1997, Thierry Lecomte, ingénieur en chef du parc naturel régional (PNR) des boucles de la Seine, est chargé de « porter la bonne parole » et de convaincre les usagers concernés. La tâche se révèle ardue tant il est vrai qu’il s’agissait de concilier des intérêts aussi divergents que ceux des chasseurs, des pêcheurs, des forestiers, des agriculteurs, des écologistes, des collectivités territoriales. Le front du refus ne tardait pas à apparaître. « D’après les informations qui circulaient, nous risquions de ne plus pouvoir chasser, de ne plus avoir la jouissance de nos terrains comme nous l’entendions. En définitive, si j’exagère un peu, nous avions peur de nous faire ‘mettre dehors de chez nous’ » rappelle Lucien Romain, maire de Saint Samson de la Roque et par ailleurs propriétaire et chasseur dans le marais Vernier. Une inquiétude d’autant plus forte que la directive européenne venait s’ajouter à différents projets liés à la protection des espaces naturels tels que la création d’une réserve naturelle dans l’estuaire.

Tant et si bien que la centaine d’opposants s’est regroupée au sein de l’association Natura 2000 présidée par Christian Pelfrène, propriétaire chasseur. « Nous nous sommes mis au travail. Rapidement, nous avons compris que le site se ferait, avec ou sans nous. Autant que faire se peut, il valait mieux que nous travaillions ensemble, avec Thierry Lecomte, lui-même résident local et conseiller municipal, pour indiquer ce que nous voulions », explique Christian Pelfrène. Un travail de longue haleine s’engage, ponctué par de nombreuses réunions pour expliquer et convaincre. En vue de la réalisation du document d’objectifs, cinq commissions sont créées : chasse et pêche, agriculture, bois et forêts, sites protégés, élus. « Nous nous sommes aperçus que, si nous voulions vraiment nous en donner la peine, Natura 2000 n’allait pas être une zone d’interdiction mais renforcerait au contraire les bonnes pratiques existantes, c’est à dire l’entretien des fossés, le curage des mares, la pose de clôtures… et ce, grâce aux aides financières de la Diren, de l’Agence de l’eau et du Feder (Fonds européen de développement régional) », confie le président de Natura 2000.


De l’opposition au consensus


Le document d’objectifs est finalement signé en 1998. Il comprend tout à la fois un état des lieux du site, (milieu naturel, faune, flore…), un bilan socio-économique, les objectifs fixés en partenariat avec les usagers, les moyens pour atteindre ces objectifs (contractualisation et cahier des charges), les moyens financiers… Dans la foulée, les premiers contrats sont conclus entre le parc et des propriétaires, tous volontaires. Des collectivités (Fédération des chasseurs) et des communes ont également signé des contrats. « Pour adapter chacune des mesures présentes dans le document d’objectifs, nous effectuons un diagnostic sur le terrain, notamment un état des lieux des parcelles. Puis nous montons un dossier administratif », précise Delphine Meurisse, chargée d’études Natura 2000 de l’antenne Nature du parc naturel des Boucles de Seine. Suite à de nouvelles circulaires publiées en 2001, un deuxième document doit être rédigé. Il reprend le premier et le complète. Il est finalement validé en juin 2003, pour une durée de six ans. Six nouveaux contrats sont signés fin 2003. « Jusqu’en 2002, nous avions jusqu’à 15 dossiers par an. Désormais, les usagers s’impliquent beaucoup plus puisqu’il s’agit de contrats de cinq ans, plus complets et plus importants en termes de soutiens financiers du Feder, de la Diren ou de l’Agence de l’eau », fait remarquer Delphine Meurisse.

En un peu plus de six ans, le projet Natura 2000 du Marais Vernier a donc réussi à convaincre les plus réticents et fait figure d’exemple au niveau national. Un succès qui repose, selon Christine Le Neveu, chargée de mission pour la protection de la nature à la Diren, « sur la concertation et l’implication très forte du Parc naturel régional, sur la possibilité de réaliser des contrats souples dans la forme. Cette souplesse a permis de faire comprendre que notre volonté était d’œuvrer pour la protection de la nature avec les acteurs locaux et non pas contre eux ». Dernier atout selon elle : « les crédits Feder ont permis de réaliser de grands travaux, notamment le curage de la Grand’Mare et la rénovation des ouvrages hydrauliques du canal Saint-Aubin. Ces crédits ont pu être mobilisés grâce à Natura 2000. » Lucien Romain, propriétaire chasseur initialement opposé au projet, ne cache d’ailleurs pas qu’il est aujourd’hui convaincu de l’intérêt de Natura 2000 pour le site et ses usagers, « dès lors que l’on ne cherche pas à éliminer l’être humain de ces milieux. Cela permet de préserver la qualité de nos milieux naturels qui sont sensibles et d’aider à la gestion de nos terrains. »

Yannick Arrieux (Filigrane Press)
© 2004 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager
Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.photovoltaique-expo.com/