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La pression exercée de la part des élus, différents collectifs et citoyens contre l’exploitation des gaz de schiste commence à porter ses fruits. Après un quasi silence du gouvernement sur la question, la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet est sortie de sa réserve pour annoncer la commande d’une mission sur les enjeux environnementaux des gaz de schiste. Petit retour en arrière. En mars 2010, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie accorde à des compagnies françaises (Total et GDF Suez) et étrangères (Schuepbach Energy), 3 permis de prospection sur les gaz de schiste dans trois zones du sud du Massif central, dans les départements de l’Hérault, l’Aveyron, la Lozère, l’Ardèche et la Drôme. Sur le moment, ceux-ci ne font pas de vagues. Car même s’ils sont publics et qu’une cartographie est disponible sur le site du ministère (voir document lié), comme l’a récemment souligné Nathalie Kosciusko-Morizet, le ministère n’en fait pas étalage et la différenciation entre ce qui relève du pétrole, du gaz conventionnel et non conventionnel est plus que difficile. Cependant, de l’autre coté de l’Atlantique, la multiplication des accidents et la montée très forte de la contestation commencent à faire parler d’elles chez les écolos français. En décembre, le sujet fait son apparition dans les médias et la machine s’emballe. Pas de chance pour les compagnies pétrolières et gazières, le Larzac de José Bové est au cœur de la zone d’exploitation: le député européen d’Europe-écologie/Les verts prend vite la tête de la contestation. Dans les communes et départements concernés, les élus de droite comme de gauche se mobilisent et demandent l’ouverture de débats publics ou de moratoire (voire article lié). Et sur le net, une pétition circule : « Gaz de schiste : non merci ! » réunit désormais plus de 25 700 signatures.
Du gaz…mais aussi de l’huile de schiste
Si les gaz de schistes font beaucoup parler d’eux, on extrait aussi de la même manière l’huile de schiste (pétrole) qui a fait l’objet de trois permis d’exploration. Or, le 2 février lors d’une question d’Yves Cochet à l’Assemblée, Nathalie Kosciusko-Morizet a reconnu que « Pour ce qui concerne l’huile de schiste, la procédure est plus avancée que pour le gaz, et les autorisations de travaux ont été données » mais juste pour l’exploration et non l’exploitation, a-t-elle insisté. Avant d’ajouter que les industriels détenteurs de ces autorisations d’exploration sur l’huile de schiste allaient être réunis « sans délais » sous l’autorité du premier ministre. « Mon objectif est clair : empêcher tous travaux tant que les conditions environnementales ne seront pas clarifiées », a affirmé la ministre. Mais selon le député Verts Yves Cochet, « rien que dans le bassin parisien, plus de cinq mille kilomètres carrés sont déjà concernés, notamment à Château-Thierry », où la firme privée Toreador Resources, une entreprise dirigée par Julien Balkany, a été autorisée à réaliser un puits d’exploration. « Globalement ces explorations concernent plus de 10 % du territoire français », dénonce le député.
Le 4 février, les groupes EELV, PS, PRG-MUP, FG et FGA qui représentent la majorité au Conseil régional d’Ile-de-France ont déposé un vœu demandant à NKM un moratoire sur l’exploration du pétrole de schiste en Ile-de-France. Il sera présenté à la prochaine séance plénière du conseil régional, le 10 février prochain.
Du côté du ministère de l’Ecologie, on oppose alors un silence aussi prudent qu’embarrassé. Mais lors de ses vœux à la presse le 14 janvier, la ministre de l’économie, Christine Lagarde, relance l’inquiétude de certains députés en expliquant que « le secteur de l’énergie fait également l’objet de bouleversements que je veux accompagner et anticiper. Un des atouts de notre compétitivité économique est de disposer d’une énergie peu coûteuse. Or, partout dans le monde, l’industrie nucléaire connaît un essor rapide, des gisements de gaz et de pétrole sont régulièrement découverts, de nouvelles technologies d’exploitations mises au point». A l’Assemblée nationale, les députés interpellent la ministre de l’Ecologie. Le 26 janvier, suite à une question du député (PS) de l’Ardèche, Pascal Terrasse, Nathalie Kosciusko-Morizet affirme « qu’il n’est pas question d’exploiter les gaz de schistes comme cela se fait aux Etats-Unis » mais « qu’un moratoire n’est pas possible puisque le code minier ne le permet pas ». En gage, elle donne sa « vigilance » personnelle. Une intervention qui est loin de calmer les inquiétudes et interrogations qu’elle reconnaît elle-même comme « légitimes et grandissantes » car pour l’instant, comme Total l’avoue, il n’y a pas d’autres méthodes que celles expérimentées outre-Atlantique… Mercredi, à une nouvelle question de la députée PS Geneviève Gaillard, pointant les incohérences de l’exploitation des gaz de schiste avec les politiques climatiques, d’eau, etc. de la France ainsi que la « violation criante de la convention d’Aarhus », NKM annonce alors qu’elle et le ministre de l’Energie, Eric Besson, confient aux conseils généraux de l’industrie et de l’environnement « une mission pour évaluer les enjeux, et d’abord les enjeux environnementaux » de l’exploitation. Avant de préciser qu’« aucune autorisation de travaux sur les gaz de schistes ne sera donnée ni même instruite avant le résultat de cette mission », qui rendra un rapport d’étape en avril avant celui définitif en juin. Et en réponse aux craintes sur le coup de frein potentiel que pourrait donner cette exploitation au développement des énergies renouvelables, la ministre affirme que « toute exploitation n’aurait de sens que si cela fonctionnait en substitution au gaz importé et jamais en remise en cause de nos engagements sur les énergies renouvelables ». Mais même dans ce cas est-il possible d’exploiter ces gisements proprement ? « Si ce n'est pas possible, ces gisements ne seraient pas mis en exploitation », veut rassurer la ministre. Une décision saluée par le député PS Jean-Jack Queyranne, l’un des fers de lance de la contestation qui avait écrit ses inquiétudes à la ministre en janvier dernier. Pour Michèle Rivasi, qui a été reçue pendant une heure par le ministre le 2 février, la ministre, qui a « compris la dimension politique du problème » doit gérer un problème devant lequel elle a été mise le fait accompli. « La ministre de l’Ecologie s’est dit très consciente des problèmes environnementaux que l’exploitation des gaz de schiste peut poser. Elle m’a confié qu’elle avait été surprise en prenant connaissance de ces permis de prospection et d’exploration délivrés par Monsieur Borloo, et ce, sans aucune discussion préalable », décrypte la députe d’Europe-Ecologie/Les Verts sur son blog. Ce vendredi 4 février, la question des gaz de schiste sera aussi évoquée par les chefs d’Etats au sommet européen de l’énergie. La Pologne veut l’exploiter, la Suède et la Belgique non, selon José Bové. La France doit maintenant se positionner. Actualisation : Finalement, l’évaluation des gaz non conventionnels apparaît bien dans le texte final du sommet énergétique : « Afin de renforcer la sécurité de l'approvisionnement de l'UE, il conviendrait d'évaluer le potentiel dont dispose l'Europe en matière d'extraction et d'utilisation durables de ressources en combustibles fossiles conventionnels et non conventionnels (gaz de schiste et schiste bitumineux)», indique le texte final (voir document lié).
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