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Pensez-vous que les chances de se diriger vers une alternative durable sont bien réelles ? Quel bilan faîtes- vous du G20? Je suis très déçue, car il y avait au départ des points qui concernaient l’environnement, et qui ont fini par être éliminés du Sommet. Ce n’est évidemment pas un bon signal, et j’ai aujourd’hui le sentiment que nous avons assisté à une vaste opération de communication. Si le monde politique n’apparaît pas comme moteur, le monde économique l’est-il ? Je pense qu’il y a débat autour du timing. Une partie des acteurs a choisi de prendre son temps, même si tout le monde sait qu’il faut y aller. Certains ont même intérêt à ce que la situation actuelle, ou du moins celle d’avant la crise, perdure, pour gagner du temps. Il y a donc un combat entre ceux qui pensent que c’est le moment, et d’autres qui ne veulent pas évoluer, ne serait-ce qu’à la marge. Au-delà, il existe une obligation de s’adapter et de proposer aux citoyens des solutions alternatives, plus efficaces et compatibles avec un monde fini. Vous dites que le "dogme" de la croissance économique est aujourd’hui dépassé et qu’il faut se diriger vers une "évolution soutenable", qui prend en compte notre " capital naturel » ? Le constat de mon livre, c’est que le fameux débat croissance contre décroissance n’est plus pertinent pour comprendre les enjeux de l’économie soutenable. Augmenter la croissance économique sur le mode actuel est synonyme aujourd’hui de décroissance du capital naturel, qui n’est d’ailleurs pas comptabilisé dans les richesses. Ce capital est pourtant fondamental, puisqu’il détermine les ressources naturelles à notre disposition. Il faut que la « finitude » de notre monde soit un point de départ pour permettre à de nouveaux modes d’adaptation de se développer. Le concept d’ « écolonomie » que je défends repose sur le fait que la décroissance de certaines activités est corrélée à la croissance d’autres activités. Il ne s’agit pas de dire « on va consommer moins », mais qu’on peut produire mieux et consommer mieux ; c’est vrai pour l’énergie comme pour d’autres secteurs.
Quel est votre avis sur les instruments de marché comme la bourse carbone? Les outils financiers classiques sont-ils pertinents en matière d’environnement ? Les outils de marché ne sont pas bons ou mauvais en soi, tout dépend de l’usage que l’on en fait ! Concernant le marché carbone, on a pas trouvé mieux pour l’instant face à la question climatique, le problème vient du fait que les allocations trop généreuses de quotas ont faussé le marché, et qu’il n’a pas pu fonctionner comme il le devrait. L’économie verte se développe, certes, mais n’est-elle pas un moyen de continuer le business as usual ? A partir du moment où le greenwashing est permis, en effet, on retombe sur les problèmes que nous connaissons depuis longtemps…mais certains acteurs travaillent vraiment à développer cette économie verte. Par exemple, l’état de l’Iowa aux Etats-Unis, qui vivait grâce à l’automobile, a su se reconvertir dans la production d’éoliennes. C’est une reconversion industrielle réussie. En France, malheureusement, le plan de relance ne permet pas de préparer l’avenir. On a préféré prendre des projets anciens qui étaient en sommeil, mais rien n’a été prévu pour le développement des technologies vertes ou la formation à ces nouvelles activités. Conséquence : nous prenons un retard considérable alors que les consommateurs sont en attente de produits alternatifs. Pas forcément pour des considérations écologiques, d’ailleurs, mais parce que la crise les fait évoluer par rapport à la société consommation fondée sur l’accumulation. La décentralisation est une des clés ? Bien sûr, car aujourd’hui, une collectivité locale, une PME et même des particuliers peuvent techniquement produire leur propre énergie. Mais en France, les décisions politiques privilégient toujours le nucléaire, ce qui implique des investissements de plusieurs milliards d’euros qui engagent le pays pour 60 ans…Tout en faisant croire que les énergies renouvelables peuvent être développées en parallèle ! Or c’est faux, car cette énergie produite en grande quantité devra être consommée, puisque l’électricité ne se stocke pas. De plus, pour rentabiliser ces investissements, EDF sera obligé de réduire le tarif de rachat du renouvelable. Cette politique va totalement à l’encontre de l’efficacité énergétique. Finalement, nous avons les outils à notre portée mais pas la volonté politique ? Absolument. D’ailleurs, il est possible que les Etats-Unis et la Chine dépassent l’Europe en matière d’économie soutenable…Alors que nous étions leaders sur la question climatique et le protocole de Kyoto, on s’aperçoit que nous n’avons pas fait les investissements nécessaires dans cette nouvelle éco-économie. En France par exemple, nous avons déposé des brevets sur des technologies vertes, mais personne ne les a exploités…Les Etats-Unis, au contraire, ont investi massivement, et depuis longtemps, sur les secteurs « propres ».
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