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Malgré ses interventions dans le secteur forestier de la République démocratique du Congo, aucune des politiques de développement durable de la Banque mondiale n’a encore été appliquée, accusent les ONG. L’état des lieux publié dans un rapport commun de Greenpeace, des Amis de la Terre et d’Agir Ici montre que « des compagnies allemandes, belges, américaines, portugaises ou chinoises sont déjà parvenues à se faire attribuer des centaines de milliers d’hectares en violant directement le moratoire en vigueur ». Loin d’avoir protégé la forêt et ses habitants, le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières en RDC, instauré en 2002, n’a pas permis de limiter l’expansion des activités forestières industrielles, estiment les ONG. Le gouvernement congolais continue en effet d’attribuer à des entreprises productrices de bois de construction de vastes concessions forestières. Ainsi, près de 150 000 kilomètres carré de forêt ont été octroyés aux compagnies qui pratiquent l’abattage aux cours des trois dernières années, et principalement pendant l’année 2005. Global Witness, ONG qui agit au Cameroun en tant qu' "observateur indépendant" nommé par le gouvernement, a par ailleurs révélé l'existence d'un abattage illégal de bois à une large échelle dans le pays, rendu difficilement contrôlable par le manque d'information publique sur les opérations forestières. Pourtant, il y a urgence à préserver la forêt congolaise. Les années de conflits au Congo ont en effet entrainé une forte dégradation des aires protégées, dans un pays qui possède plus de 50% des forêts tropicales denses humides d'Afrique. Les parcs de RDC nécessitent aujourd’hui une réhabilitation urgente et massive pour protéger efficacement la biodiversité qu'ils abritent. Un système hérité de la colonisation
Discrétionnaire et clientéliste, l’octroi de concessions des forêts au Congo est toujours géré selon les méthodes instaurées par la colonisation, qui donnent la propriété des terres à l’Etat. « Les habitants n’ont aucun droit sur elles, soulignent les ONG. Ils ne contrôlent pas légalement le destin des forêts qu'ils habitent et dont ils dépendent, et entrent directement en concurrence avec les exploitants pour des arbres qui leur sont utiles ou indispensables – comme le sapelli ou le moabi ». Surtout, ce système d’exploitation est directement financé par les bailleurs de fonds. Ainsi, la Banque mondiale et l’AFD (agence française de développement), si elles affichent la volonté de lutter contre la pauvreté et de protéger l’environnement, prévoient finalement peu d’évaluations sur ces objectifs. Si une procédure de révision des titres forestiers existants a été amorcée fin 2005, « cette révision est soumise à de très fortes pressions pour que ces titres ne soient pas annulés. Plus grave encore, de nombreuses compagnies forestières s'installent actuellement sur le terrain pour débuter au plus vite les activités d'abattage », observe le rapport. Pour les ONG, c’est une stratégie du « fait accompli » qui s’instaure, contraignant les bailleurs de fonds et les autorités congolaises à accepter le maintien des concessions, « malgré leur obtention probablement frauduleuse ». Conséquence : les 35 millions d’habitants dont la survie repose sur les forêts, n’ont accès qu’en partie à ces ressources. « Il est encore possible de gérer et entretenir les forêts tropicales de la RDC de sorte à respecter les droits des peuples résidant dans la forêt, déclarait en 2005 la directrice du programme de la Rainforest Foundation, Catherine Long. Pour rendre ceci réalisable, il faut que le gouvernement congolais et que la Banque Mondiale mettent fin à la progression de l’abattage industriel des arbres, et trouvent des solutions durables pour endiguer toute déforestation ultérieure.» Pour les ONG, ces solutions existent : l’annulation des titres forestiers illégaux, l’évaluation des objectifs affichés par la Banque mondiale et la participation des populations aux politiques gouvernementales.
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