Brésil : favelas et forêts, comment survivre ?

Planète \Ressources naturelles

Publié le 11-07-2005

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A environ 10 kilomètres du centre-ville de Rio au Brésil, la forêt de Tijuca est la plus grande forêt urbaine au monde. Encerclée par plus de 40 favelas, la forêt serait menacée par la pression démographique. Les autorités ont donc choisi de mettre en place un système de surveillance satellitaire. Une situation qui illustre à elle seule la difficulté de concilier les 3 piliers du développement durable, l'économique, le social et l'environnement.

Après de nombreuses années de déboisement et d'exploitation de café, la forêt de Tijuca a été reboisée à partir du XIXe siècle sous l'initiative de l'empereur  Pedro II. La forêt de Tijuca est l'un des derniers exemples de forêt atlantique, la forêt primaire du Brésil. Cette végétation caractéristique, faite notamment d'eucalyptus, de jacaranda ou de manaca, occupe aujourd'hui 28 000 km2 dans tout le Brésil, soit 7% de ce qu'il y avait à l'époque de la découverte en 1500. Par la diversité de sa faune et de sa flore, le parc de Tijuca qui comprend 120km d'arbres a été classé Patrimoine de l'humanité et Réserve biologique de la biosphère en 1991 par l'Unesco. L'an dernier, lors de la Journée mondiale de l'environnement, la présidence a décidé, par décret, d'agrandir l'espace de la forêt à de 3 200 à 3 954 ha protégés, ce qui en fait la forêt urbaine la plus grande du monde. Elle accueille  environ 1,5 millions de visiteurs par an.

Expansion démographique

Située à quelques minutes de la majeure partie des quartiers de Rio, la forêt est encerclée par 46 favelas, dont la Rocinha, la plus importante de Rio, où vivent 75 000 habitants.  En 2001, le secrétariat municipal de l'environnement a mis en place le programme "Eco-limites" qui, au moyen de bornes en acier, indiquent les limites des zones vertes de la ville. 42 km de bornes ont déjà été installés et jusqu'alors, la population des favelas respectait ces zones protégées. Mais l'expansion démographique des populations pauvres ainsi que la présence de braconniers menacerait la forêt.
Dans une interview à l'AFP, au début du mois de juin 2005, Sonia Peixoto, de l'Institut Brésilien de l'Environnement (Ibama) et responsable de l'administration de la forêt, déclarait : "Le plus difficile est de maintenir un bon contrôle des 3 953 ha du parc national de la Tijuca contre l'expansion des favelas." L'Ibama, avec 50 techniciens et gardes, assure le reboisement et la protection de la faune et de la flore. Chaque année, l'entretien de Tijuca coûte environ 6 millions de réals, soit 2 millions d'euros environ, financés à moitié par l'Ibama et la municipalité de Rio. Mais pour Sonia Peixoto "4 millions de réals supplémentaires seraient nécessaires pour une préservation idéale." Une difficulté pour l'Ibama dont les ressources sont limitées dans un pays où les lois sur l'environnement sont encore relativement nouvelles.

Pour faire face à cette menace qui pèserait sur la forêt de Tijuca, l'Ibama et la Banque Interaméricaine de Développement ont signé un contrat de 250 000 dollars, soit plus d'un demi-million de réals, pour créer un système de surveillance par ordinateur à partir d'images d'un des satellites Landsat, un programme d'observation satellitaire des Etats-Unis. Un satellite Landsat peut détailler jusqu'à des zones de 25 m2, ce qui sera suffisant, par exemple, pour détecter des campements de braconniers. Ce programme de surveillance sera opérationnel dès le premier trimestre de l'année 2006 et 15 techniciens de l'Ibama analyseront ces images. Certes ce programme, dont le coût est loin d'être négligeable, peut participer à une meilleure préservation de la forêt en identifiant précisément les risques environnementaux liés à l'expansion des favelas. Mais comment cela pourra-t-il faire avancer des solutions aux problèmes de pauvreté et de logement ?

Rappelons que la population de l'agglomération de Rio s'élève à 10 millions dont 10% vivent dans des favelas.Selon Ayrton Xeres, secrétaire de l'Environnement, le programme "Eco-limites"  du parc de Tijuca doit aller de pair avec la construction de logements sociaux puisqu'il manque 400 000 logements à Rio.

Christophe Brunella
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