|
"Face au pouvoir parallèle des multinationales, de l'ambassade américaine et de l'oligarchie, nous opposons le pouvoir du peuple", a déclaré le président de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) Jaime Solares. Le soulèvement a pris une telle ampleur qu'il a provoqué, lundi dernier, la démission du président Carlos Mesa et la constitution d'une assemblée populaire. La Bolivie, qui possède la seconde réserve gazière (1,5 milliard de mètres cubes) d'Amérique du Sud derrière le Venezuela, est plongée dans la crise après plus de 20 jours de manifestations et de blocages des voies de communications par les paysans, indigènes, instituteurs, mineurs et syndicalistes des provinces déshéritées des hauts plateaux dans l'Ouest du pays. Sept champs pétroliers sont également occupés dans l'est du pays, par des paysans indiens guarani. La population conteste la décision prise par le pouvoir de confier l'exploitation des réserves du pays aux multinationales, accusées de "piller leurs ressources", et revendique un " droit des peuples à jouir de leurs richesses en hydrocarbures ". Les 78 contrats signés avec les groupes pétroliers ont en outre été déclarés " secrets " par le gouvernement. Aujourd'hui, 1500 milliards de mètres cubes de gaz de réserves sont détenues par les compagnies Petrobras (Brésil), Repsol (Espagne) et Total (France). La loi sur les hydrocarbures, proposée par le président Mesa pour apaiser le soulèvement, a en fait déclenché la chute de son gouvernement. Ce texte proposait d'augmenter les taxes appliquées aux multinationales sur le pétrole et le gaz mais restait en dessous du pourcentage (50%) demandé par la population lors d'un référendum en 2004. A l'époque, les compagnies avaient fait savoir qu'elles ne se soumettraient pas à ce niveau de royalties. Quoi qu'il en soit, les mouvements sociaux ont fini par rejeter en bloc l'idée d'une taxe pour exiger la nationalisation des ressources et provoquer une grève générale dans le pays. Les syndicats ont en effet appelé à " une lutte unie, militante et non négociable pour l'expulsion des multinationales, du gouvernement traître de Carlos Mesa, du parlement composé de laquais des multinationales, et pour l'organisation d'Assemblées du Peuple en vue de la prise du pouvoir. " Non reconnus par les institutions, les Indiens, -qui représentent 70% de la population-, refusent que le scénario de l'exploitation des mines d'or et d'argent se reproduise, autrement dit que les gisements d'hydrocarbures soient confisqués par les multinationales et les dirigeants du pays. Une question se pose néanmoins : comment les Boliviens pourront-ils financer les investissements nécessaires pour l'exploitation de ces ressources, estimés à 4 milliards, pour la construction de puits, de gazoducs et d'usines de compression du gaz ? Pour la presse économique locale, la crise bolivienne aurait déjà fait perdre " 10 milliards de dollars de projets stoppés ". Le groupe Total avait ainsi annoncé, en octobre 2004, une découverte "significative" de gaz après un forage à 5 150 mètres de profondeur sur le site d'Itapi en Bolivie, situé à 300 km au sud de Vera Cruz. "Cette découverte renforce la position de Total en Bolivie", avait commenté le groupe, présent depuis 1996 dans ce pays où il est aussi opérateur aux côtés de la société argentine Tecpetrol du champ gazier d'Itau, de San Alberto et San Antonio. La question du pouvoir économique et politique est désormais clairement posée dans ce pays, qui combat la privatisation de ses ressources depuis plusieurs années. De nombreuses manifestations avaient eu lieu en mars dernier contre la privatisation de l'eau (voir article lié). Sous la pression exercée par les organisations syndicales et la population, le gouvernement bolivien avait rompu le contrat conclu pour 30 ans avec le groupe Suez pour la distribution d'eau.
|