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Biodiversité : le gouvernement s'engage à protéger les forêts tropicales

Planète \Environnement \Biodiversité

Publié le 19-04-2004



Deux ans après son engagement concernant l'usage de bois écocertifié, le gouvernement vient de présenter un plan d'action en faveur des forêts tropicales, afin de préserver leur biodiversité aujourd'hui gravement menacée. La France, premier pays industrialisé à posséder un important patrimoine forestier tropical, a un rôle clé à jouer dans la gestion des enjeux environnementaux, économiques et sociaux liés à l'exploitation du bois.

La France possède, outre-mer, 8 millions d'hectares de forêts tropicales. Outre le fait qu'elles abritent 80% de la biodiversité terrestre, ces forêts sont indispensables à la régulation de la pollution dans la mesure où elles stockent de grandes quantités de carbone, responsable de l'effet de serre. La France a donc une responsabilité majeure dans la protection de ces espaces, mais jusqu'ici aucune mesure d'ampleur n'avait été prise pour préserver ce patrimoine mis en danger depuis plusieurs années. Dès son arrivée au gouvernement, Serge Lepeltier, nouveau ministre de l'Ecologie et du développement durable, a annoncé un " Plan d'action en faveur des forêts tropicales ", reconnaissant ainsi l'urgence de ce dossier.

En effet, alors que 25% du bois importé en France est destiné aux marchés publics, seulement 1 à 2% de cette quantité est écocertifiée (provenant de forêts exploitées selon les principes d'une gestion environnementale durable). Un pourcentage très faible, qui s'explique notamment par le fait qu'aucune mesure réglementaire n'a été prise pour contraindre les administrations à  privilégier le bois écocertifié dans leurs achats. Le nouveau code des marchés publics, en vigueur depuis janvier 2004, ne contient pas davantage d'obligations dans ce domaine même si la protection de l'environnement figure au rang des critères d'attribution. Parallèlement, l'offre de bois écocertifiée reste dérisoire. 1% seulement des forêts sont certifiées FSC (Forest Stewardship Council), label reconnu par les associations écologistes, qui impose des règles strictes à l'industrie du bois -espèces transgéniques et pesticides interdits ou très réglementés, coupes respectant les animaux et les espèces végétales, reconnaissance des droits des habitants.


Un plan inefficace selon les ONG écologistes

Un enjeu mondial
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO, 1997) a estimé que dans les pays en développement, le rythme annuel de la déforestation se chiffre à 15,5 millions d¿hectares pour la période allant de 1980 à 1990 et à 13,7 millions d¿hectares pour la période 1990-1995. Au total, au cours de cette période de 15 années, c¿est environ 200 millions d¿hectares de forêt qui ont disparu, une superficie plus étendue que le Mexique ou l¿Indonésie. Le Brésil, qui abrite les plus grandes forêts tropicales, est également le pays où la déforestation fait le plus de ravages. 50 millions d¿hectares de forêts ont été défrichés entre 1970 et 1990, ce qui représente près de 14% de la forêt amazonienne brésilienne. Au Canada, l'ONG Global Forest Watch a constaté que les zones forestières faisant l'objet de coupes ont augmenté de 50% depuis 1975. Ce phénomène s'accompagne d'une privatisation progressive de ces espaces :  13 entreprises contrôlent désormais 57% des forêts exploitables du pays, 5 d'entres elles détiennent les droits sur 100 millions d'hectares de forêt publique.


Très critiques, les organisations écologistes -WWF, Amis de la Terre, Greenpeace- considèrent que " les mesures proposées resteront inefficaces (...). La France a une nouvelle fois manqué l'opportunité de reconnaître son rôle d'acteur majeur de la déforestation tropicale, en tant qu'acheteur de produits illégaux (...). De telles déclarations d'intentions ne permettront pas de freiner la déforestation " , ont-elles déclarées dans un communiqué commun. Elles demandent donc au gouvernement de " passer à l'acte dans sa démarche d'écocertification des marchés publics en imposant la certification FSC, les autres systèmes de certification n'étant pas crédibles à ce jour. " Les ONG reprochent en effet aux autres labels de ne pas être indépendants, dans la mesure où ils sont gérés et attribués par l'industrie forestière elle-même et non par une tierce partie indépendante.

Malgré ces reproches, le plan d'action du gouvernement se veut ambitieux. Il demande à l'Etat d'être exemplaire en lui imposant d'acheter 100% de bois certifié d'ici 2010, avec une étape intermédiaire de 50% en 2007. D'ici 2 mois, une circulaire précisera les mesures à appliquer pour l'achat du bois tropical. Pour les consommateurs, un éco-label (NF Environnement et logo européen) sera appliqué au mobilier à partir de janvier 2005.


Lutter contre l'exploitation illégale des forêts


Le deuxième volet  du plan gouvernemental concerne la lutte contre les coupes de bois illégales et l'exploitation clandestine des forêts, véritable fléau écologique et social en pleine expansion. Il s'attaque ainsi à l'orpaillage illégal en Guyanne, exploitation clandestine de l'or prenant des proportions que l'Etat ne contrôle plus. 150 000 orpailleurs se livrent à cette activité, employant et asservissant des milliers de travailleurs clandestins. Outre la déforestation, l'orpaillage engendre des conséquences désastreuses pour l'environnement et les populations : le mercure utilisé pour amalgamer l'or est ensuite rejeté dans les fleuves, contaminant ainsi les poissons consommés par la population riveraine. De graves troubles ont été constatés sur les fœtus et les enfants, atteints de maladies psychomotrices, sans que l'Etat n'intervienne. En 1992, un projet de parc national avait été lancé par François Mitterand suite au Sommet de la Terre, mais il n'a jamais vu le jour...Le gouvernement, qui a annoncé sa mise en œuvre d'ici un an, prend donc un engagement très attendu, puisqu'un tel projet ne sera viable que si l'orpaillage illégal est combattu au préalable.

Véronique Smée
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