Biodiversité : les écosystèmes répondront-ils aux besoins des générations futures ?

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Publié le 23-05-2006

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La journée mondiale de la biodiversité, qui s'est déroulée lundi 22 mai, a été l'occasion de rappeler l'indispensable préservation des écosystèmes et des ressources naturelles. L'Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN), qui a publié début mai une nouvelle liste des espèces menacées, estime qu'au moins 16 000 d'entre elles sont menacées d'extinction. Par ailleurs, le réchauffement climatique a entraîné la disparition de 30% des récifs coraliens, déjà fortement touchés par la surpêche et la pollution, tandis que la diversité des espèces de poissons a diminué de 50% dans les zones les plus durement touchées.Bilan des impacts environnementaux, mais également économiques et sociaux, de la perte de biodiversité.

Sur les 40 177 espèces évaluées à l'aide des critères de la Liste rouge de l'UICN (Union mondiale pour la conservation de la nature), 16 119 sont aujourd'hui déclarées menacées d'extinction. Un amphibien sur trois et un quart des espèces de conifères du monde, un oiseau sur huit et un mammifère sur quatre sont en péril, a annoncé l’UICN début mai. "La Liste rouge de l'UICN des espèces menacées 2006 met clairement en lumière le déclin permanent de la biodiversité mondiale et l'impact de l'humanité sur toutes les formes de vie de la planète," souligne le communiqué. La disparition des écosystèmes signifie également la disparition des services qu’ils rendent à plusieurs milliards d’individus. "Cette tendance est lourde de conséquences pour la productivité et la résilience des écosystèmes ainsi que pour la vie et les moyens d'existence qui en dépendent," déclare Achim Steiner, Directeur général de l’UICN. "Il est possible de la renverser, comme le prouvent les nombreux succès de la conservation. Mais pour réussir à l'échelon mondial, il faut nouer de nouvelles alliances entre tous les secteurs de la société," a-t-il ajouté. Si plusieurs initiatives de "pêche responsable" ont été lancées par des entreprises de la grande distribution (Carrefour, Wal-Mart…), les conséquences commerciales et alimentaires de la surpêche pourraient être graves dans des pays tels que le Malawi, où 70% des protéines animales consommées proviennent des poissons d'eau douce. Par ailleurs, les écosystèmes d'eau douce ne constituent pas seulement une importante source alimentaire, "ils sont essentiels pour la fourniture d'eau potable propre et l'assainissement. Plus d'un milliard d'habitants de la planète n'ont pas encore accès à de l'eau salubre. Or, avec le déclin des écosystèmes, il est de plus en plus difficile de satisfaire ce besoin et de maintenir les approvisionnements actuels," prévient l’UICN.

Impacts sociaux et économiques

Lancement du site Biodiversite2007.org

Hubert Reeves et la Ligue ROC pour la préservation de la faune ont lancé le 22 mai le site internet « biodiversite2007.org ». Objectif : mettre la biodiversité au cœur des débats. « 
Nous devons, collectivement, en prendre conscience et nous mobiliser pour inverser le cours des choses, les rendez-vous électoraux de 2007 en sont l’occasion », indiquent les créateurs du site. Pour Hubert Reeves, « ce site se veut un "outil politique" au service de la démocratie participative pour enrichir la démocratie représentative (…). Les échéances électorales  à venir sont, plus que jamais, décisives : Choisir  qui gérera ce futur inconnu nécessite de connaître les propositions des candidats et de les confronter aux exigences du challenge qui s'impose à l'humanité ». Biodiversite2007.org entend être un centre de ressources sur la biodiversité et la protection de la nature et un espace de propositions, mais également un « espace d’information sur la façon dont ce sujet est traité dans les programmes des partis politiques ».

biodiversite2007.org 



De fait, les conséquences de la perte de biodiversité ne sont pas seulement environnementales. Elles sont également économiques et sociales, comme l’a montré le rapport publié sur le Millenium Ecosystems Assessment (Evaluation des écosystèmes pour le millénaire), sous l’égide de l’ONU en 2005. La dégradation de la biodiversité fragilise la réalisation des Objectifs du Millénaire sur le développement, qui visent notamment à réduire de moitié le nombre de personnes qui souffrent de faim d’ici à 2015. Les quelques 1 360 experts appartenant à 95 pays qui ont réalisé ce rapport, estiment en effet que 60 % des services vitaux rendus par la biodiversité sont  d’ores et déjà dégradés ou surexploités. Et les échéances s’apprécient désormais à court terme, puisque les experts entrevoient des conséquences directes sur la vie humaine d’ici 35 à 40 ans. Les anthropologues, écologues, biologistes et économistes qui ont travaillé pour cette vaste étude observent que les 50 dernières années ont été les plus consommatrices de ressources naturelles pour répondre aux besoins humains en nourriture, en eau douce, en bois, en fibres et en combustibles. 60 % de l'augmentation de la concentration de gaz carbonique dans l'atmosphère s'est produit depuis 1959, et plus de terres ont été mises en culture depuis 1945 que pendant les 18ème et le 19ème siècles réunis.

L’exemple le plus frappant reste les stocks de poissons, largement épuisés pour certains en une cinquantaine d’années. "Au coeur de cette étude, il y a une mise en garde : l'activité humaine exerce une telle pression sur les fonctions naturelles de la planète que la capacité des écosystèmes à répondre aux demandes des générations futures ne peut plus être considérée comme acquise," souligne le comité directeur du rapport. "On s'émeut de l'épuisement des ressources énergétiques, mais on néglige la destruction des écosystèmes," a souligné Hans Van Ginkel, secrétaire général adjoint des Nations unies. Les experts de "L'évaluation des écosystèmes pour le Millénaire" prévoient en outre, dans les 50 prochaines années, une perte continue de la biodiversité et une croissance de la consommation des services fournis par les écosystèmes. S’ils ne font pas de préconisations, estimant que les décisions reviennent à la sphère politique, ils proposent cependant 4 scénarios pour l’avenir, tenant compte des priorités choisies par les gouvernements. Le plus optimiste est celui qui privilégie la gestion active des écosystèmes à l’échelle régionale et l’investissement dans l’éducation (à hauteur de 13% du PIB, contre 3,5% aujourd’hui).

Véronique Smée
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