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La tableau dressé par le Plan Bleu, « think tank » du Plan d’Action pour la Méditerranée, est des plus sombres. A l’horizon 2025, les projections publiées par les experts révèlent une forte accentuation des pressions qui s’exercent déjà, depuis plusieurs années, sur le bassin méditerranéen. Actuellement, le coût de la dégradation de l’environnement représente déjà entre 3 et 5% du PIB des pays de la région, « un chiffre qui ne fera qu’augmenter si les Etats ne font pas le choix d’un scénario alternatif de développement », souligne Guillaume Benoit, directeur du Plan bleu. La région connaît également de grandes disparités économiques et sociales Nord/Sud, avec pour l’ensemble de la région, un des taux de chômage les plus élevés au monde : -30%. De fait, seuls les pays qui ont été intégrés à l’Union européenne, comme la Grèce ou l’Espagne, ont vu leur niveau de vie s’accroître et leurs stratégies environnementales se développer sous l’impulsion des réglementations communautaires. Par ailleurs, si les experts prévoient une chute du taux de natalité d’ici 2025, ils estiment cependant à plus de 100 millions l’augmentation de la population, concentrée essentiellement (75%, soit 243 millions de personnes) dans les régions urbaines du Sud. Une concentration qui aura nécessairement des impacts environnementaux et sociaux : habitats, transports urbains, traitement des déchets et assainissement des eaux restent des problèmes aujourd’hui non résolus. « Des aménagements côtiers ont déjà été réalisés, observe Guillaume Benoit, mais seul un scénario de développement durable pourrait permettre que l’étalement des villes ne nuise pas à la sauvegarde des terres agricoles et de l’écosystème». Si le scénario actuel se poursuit, l’expansion des zones urbaines entraînerait au contraire, de facto, une extension des zones « d’habitat informel » abritant entre 30 et 60% des citadins, accompagnée d’un volume de déchets en forte croissance et 80% de décharges non contrôlées. La question cruciale de l’eau Avec moins de 1000 mètres cubes d’eau par an pour 60% des habitants, la rareté de l’eau se fait déjà sentir dans cette région en situation de « stress hydrique ». « Nous avons atteint les niveaux que les ressources naturelles pouvaient nous donner, constate le directeur du Plan bleu. Mais des solutions existent. Une meilleure gestion permettrait d’économiser à elle seule 20% de la demande ». L’exemple de la Tunisie et du Maroc montre en effet que les volontés politiques peuvent inverser la situation. En Tunisie, un véritable changement de stratégie a porté ses fruits en développant un mode d’agriculture, beaucoup moins consommatrice d’eau, dite agriculture irriguée. De même, à Rabat et à Casablanca, le choix d’une gestion plus rationnelle de l’eau a permis d’éviter le recours à de nouveaux barrages. En la matière, les choix politiques sont déterminants. Un scénario privilégiant l’agriculture irriguée permettrait de réaliser 65% des économies potentielles–à titre de comparaison, le potentiel d’économies en eau dans les milieux urbains est de 15%. En revanche, en l’absence de choix politiques les tendances actuelles continueront et la population « pauvre en eau » s’élèvera à 108 millions de personnes, avec les conséquences que l’on connaît : vulnérabilité des approvisionnements, risques pour la santé et conflits liés à la rareté de la ressource. Impasse Le gaspillage et l’utilisation irrationnelle touchent aussi l’énergie, à hauteur de 20%. Or, les experts du Plan bleu prévoient une demande en croissance de 65% d’ici 2025, couverte à 87% par les énergies fossiles. « Les pays producteurs de pétrole eux-mêmes risquent de voir leurs capacités d’exportation réduite par l’accroissement de leur demande interne. Les autres pays méditerranéens risquent de faire face à un déficit énergétique croissant », constatent les experts. L’alternative des énergies renouvelables devient dès aujourd’hui pressante, pourtant, elles ne représentent encore qu’une part très faible : 4%. « Si le bassin méditerranéen ne devient pas un enjeu de développement durable, la région sera dans l’impasse, prévient Guillaume Benoit. L’économie et le développement sont en effet directement dépendants de la qualité de l’environnement. Sans elle, l’agriculture et le tourisme ne constitueront plus les ressources pourtant indispensables qu’elles sont ». Le risque d’une Méditerranée à deux vitesses, au Nord et au Sud, et les dégradations irréversibles du patrimoine méditerranéen ont conduit les Etats à adopter, en 1975, la convention de Barcelone, qui a permis d’endiguer certaines dérives, mais dont les objectifs sont loin d’être atteints. Les experts plaident aujourd’hui pour un accord international sur la préservation du littoral, et pour la nécessité d‘assurer un « co-développement » Nord/Sud. Ces questions, sont directement liées aux moyens financiers que décideront ou non d’apporter les pays européens, lors de la Conférence des parties contractantes à la Convention de Barcelone, prévue du 8 au 11 novembre.
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