Au Kakamega, la fièvre de l'or profite à la communauté pas à l'environnement

Planète \Mondialisation

Publié le 17-05-2005

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L'envolée des cours mondiaux de l'or a permis à l'exploitation aurifère dans la région kenyane du Kakamega de redevenir rentable. Une fois n'est pas coutume, ce sont les communautés locales qui en profitent.

Située en bordure du Lac Victoria, le Kakamega est une région du Kenya, rurale et pauvre, connue avant tout pour sa superbe forêt équatoriale à la biodiversité exceptionnelle. Depuis quelques temps, cette région affronte une importante sécheresse qui menace la subsistance des communautés rurales dépendantes d’une économie axée sur l’élevage et l’agriculture. La présence de réserves aurifères dans son sous-sol et l’explosion des cours mondiaux de l’or est donc une bénédiction pour les habitants de la région.

Les réserves aurifères de l'ouest du Kenya ont été découvertes par les prospecteurs coloniaux, dans les années 30. Les principaux filons ont été initialement exploitées par des multinationales britanniques et canadiennes qui avaient obtenu une licence des autorités coloniales. Les communautés locales, dépossédées de leurs terres, n’avaient bénéficié d'aucunes compensations pour leur expropriation. Au fil des années, les principaux filons se sont épuisés et les principales multinationales ont fermé leurs mines qui n'étaient plus rentables.

Des mines sommaires

La remontée des cours mondiaux du métal jaune a réveillé la fièvre de l’or dans la région du Kakamega. Ses habitants ont rapidement saisi l’opportunité offerte par les richesses de leur sous sol. Le paysage du district d’Ikolomani s’est transformé en vaste territoire de fouilles en plein air. Les alentours des champs de maïs, voir les champs eux mêmes, sont désormais parsemés de trous profonds et de larges tas de terre autours desquels s’affairent des hommes, munis de pelles et pioches. 

L’exploitation minière dans le Kakamega est des plus sommaire. Les hommes extraient la terre à la force des bras et construisent des puits, sommairement étayés de planches de bois. La frénésie aurifère qui a saisi la région laisse peu de place pour des considérations sur la sécurité ou l'environnement. Les puits sont exploités, et s’ils s’épuisent ou se révèlent non rentables, ils sont abandonnés en l'état pour une parcelle voisine. Le paysage ressemble donc désormais plus à un champ de bataille qu’à une paisible campagne africaine.

Des coopératives pour éviter l’exploitation

Au cours des années 30, l’exploitation de l’or n’avait pas vraiment d'incidence sur l’économie locale. Le gros du travail était assuré par des ouvriers spécialisés expatriés. La situation actuelle est radicalement différente. Les fermiers locaux et les communautés se sont organisés en coopératives et chaque membre dispose de parts dans la mine. 
Six des anciennes mines abandonnées par les multinationales sont à nouveau exploitées sous l’impulsion de leurs anciens employés locaux. Elles font désormais travailler environ 1500 personnes et disposent de conseils d’administration élus par les parties prenantes locales. Ces coopératives se sont, de plus, regroupées afin de créer une société commune, la Muungano Gold Prospection Group, destinée à leur donner plus de poids dans les négociations avec leurs fournisseurs et auprès des négociants en or. Dirigée par un entrepreneur local respecté, l’entreprise s’assure du respect des lois kenyanes régissant les activités extractives, notamment en terme de sécurité.

Une rémunération particulière

Faute de trésorerie disponible et afin de minimiser le risque de malversations, les six coopératives ont établi une base de rémunération standard de leurs ouvriers. Chaque ouvrier repart chaque soir avec un saut plein de terre extraite qu’il traitera afin d’extraire quelques grammes d’or. De l’aveu même des gestionnaire des coopératives, ce mode de rémunération a un caractère aléatoire au quotidien. Il semble toutefois qu’au fil du temps les rémunérations s’équilibrent entre les différents ouvriers des coopératives. Cette pratiquea créé une nouvelle forme de loterie locale. Appâtés par le mirage de l’argent facile, certains kenyans n’hésitent pas à racheter aux mineurs une partie de leur « salaire du jour » pour tenter leur chance en traitant cette terre.

Des dommages environnementaux colossaux

Les lits des ruisseaux et rivières avoisinant les zones d’exploitation sont désormais couverts d’alluvions provenant de cette exploitation minière anarchique, ce qui met en péril l’intégralité de ce riche écosystème fluvial. Mais cela est sans doute moins important que le risque sanitaire qui pèse sur les populations locales à cause de l’augmentation exponentielle des niveaux de mercure dans l’eau. Chaque foyer traitant individuellement sa terre avec du mercure pour en extraire le précieux métal jaune, la pollution est présente sur la quasi-intégralité de la surface des communes avoisinantes. Elle se fait déjà ressentir sur les femmes qui doivent désormais parcourir d’importantes distances pour trouver une eau suffisamment pure pour les besoins du ménage.

Cela ne devrait pas faire baisser la fièvre de l’or dans le Kakamega. Elle a apporté une richesse inespérée à de nombreux agriculteurs locaux d’Ikolomani ainsi qu’une paix sociale dans un district auparavant réputé pour son taux de criminalité.       

Pierre-Marie Coupry
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