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« Aujourd’hui, il existe en gros deux manières de faire de la phytoremédiation », explique Lionel Pujol, chargé de valorisation à l’Université de Rennes. « On peut dépolluer les sols à travers la plante elle-même, en la laissant extraire sa dose de métaux lourds, d’hydrocarbures ou de pesticides, qu’elle va accumuler dans ses feuilles ou ses racines - on parle alors de « phytoextraction » et de plantes « hyperaccumulatrices. L’autre technique consiste, sous terre, à directement stimuler l’activité bactérienne par la présence des racines, la rhyzosphère, afin d’accélérer les processus d’élimination naturelle des polluants. » Reconnue au cours des années 70, cette réhabilitation « verte » s’appuie sur plusieurs centaines d’espèces de végétaux, essentiellement des « métallophytes » capables d’absorber surtout du nickel, mais aussi du zinc, du cadmium ou du plomb. Un sirop contre les pesticides Le brevet, déposé courant 2005, par l’équipe d’expression génétique de l’Université de Rennes et du CNRS (UMR 6553 ECOBIO) explore une voie nouvelle, complémentaire des précédentes : celle de l’additif. L’ajout d’un peu du sirop sucré Booster, c’est le nom de ce mélange de saccharose et de glucose, multiplie par 500 le seuil de tolérance de l’arabette des dames (plante non agricole proche de la moutarde sauvage) à l’atrazine, herbicide bien connu des sols bretons. Le même phénomène s’applique à plusieurs autres toxiques comme le diuron, le glyphosate ou le parathion, mais avec un facteur de démultiplication moindre. C’est un peu par hasard que les scientifiques ont découvert cette biotechnologie. « A la base », poursuit Lionel Pujol, « il s’agissait plutôt de comprendre comment une plante peut, génétiquement, s’adapter à un terrain pollué et que d’évaluer son rendement éventuel face à un toxique précis ». C’est en faisant des essais avec du sucre qu’ils ont découvert que la plante pouvait supporter naturellement une dose létale largement supérieure à ce qui était prévu. Provoquer une réponse naturelle du végétal consistant à accumuler les pesticides dans ses feuilles – c’est l’objet du brevet –le Booster agit peut-être aussi sur le sol, par le biais de l’allongement des racines « dopés » au sucre. Marché français, sceptique sur la phytoremédiation Présenté en avant-première au salon Pollutec, en décembre 2005, le produit reste encore à finaliser. « Le partenariat conclu avec Phytorestore porte sur la mise à disposition du Booster, sur sa forme définitive », poursuit Lionel Pujol. « Nous devons déterminer par exemple s’il faut plutôt utiliser la solution en dosettes, à placer au pied de la plante, ou la vaporiser, sur la tige et les feuilles. » Une chose est sûre, pour rester compétitif, le coût ne doit pas dépasser les 40 euros le m3 de terre traitée. Ce seuil est également le « prix psychologique » nécessaire pour obtenir l’attention des élus. En France cependant, contrairement aux Etats-Unis où le marché est estimé à 100 millions de dollars, tout reste à faire ou presque. « Le problème est avant tout culturel » estime le chargé de valorisation rennais. Pour dépolluer les sols, les travaux publics privilégient une approche lourde, synonyme de bulldozers et de paroi étanche en profondeur. « C’est pourquoi nous travaillons à un concept de démonstration et d’expérimentation. Ce lieu, idéalement de plusieurs hectares, serait à la fois ouvert au public, aux étudiants, aux écoles, afin de leur faire découvrir les technologies du secteur. Il serait aussi en partie réservée aux chercheurs, avec des parcelles où l’on pourrait tester, à taille réelle, toutes les approches de la phytoremédiation ». Reste à repérer les terrains d’expérimentations éventuels et obtenir des financements supplémentaires. Au-delà des pesticides, des essais sont en cours pour vérifier l’effet phyto du Booster sur les métaux lourds et les hydrocarbures.
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