Séchage solaire du café : une première mondiale

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Publié le 10-06-2003

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Les modes de consommation du café changent. Les torréfacteurs occidentaux multiplient les conditionnements et les mélanges afin d'offrir aux consommateurs des produits de plus en plus variés. Paradoxalement, les modes de transformation des cerises de café n'ont que très peu évolué depuis près d'un siècle, parfois pour des raisons qualitatives mais généralement par inertie. L'introduction d'une nouvelle technique de séchage solaire, qui allie écologie et meilleure qualité, pourrait faire évoluer les choses.

Avant d'arriver dans nos tasses, les cerises de café subissent de nombreuses étapes de transformation. Le savoir-faire des personnes dans ce cycle de production est encore le principal garant de la qualité du produit final. Certaines phases de ce processus, comme la torréfaction par exemple, ont connu d'importantes mutations technologiques au cours des dernières décennies mais, d'une façon générale, les choses sont proches de ce qu'elles étaient voici un siècle. Le maintien de la cueillette manuelle a notamment permis de conserver une grande qualité à certaines variétés. Toutefois, les techniques ancestrales ne sont pas forcément les meilleures solutions sur un plan qualitatif et écologique. C'est le cas notamment du séchage.

Un café de qualité plus écologique

Qu'ils soient biologiques ou non, les cafés que nous buvons sont toujours séchés avec des techniques traditionnelles. Le séchage en plein air est écologique mais peut occasionner des variations dans la qualité des produits. Le séchage en séchoir, bien qu'il garantisse une qualité constante, consomme une quantité importante de bois ou de gasoil en fonction des modèles.

Depuis 2002, la société américaine Solar Trade Corporation (STC) commercialise en Amérique Latine des séchoirs à café solaires. Ces produits brevetés par l'ONG Mesoamerican Development Institute (MDI) ont nécessité 7 ans de recherche et développement. Ils offrent la particularité de garantir un séchage d'une haute qualité, respectueux de l'environnement, tout en permettant des gains de productivité. La technologie solaire permet de maintenir une température constante, indispensable à la qualité du séchage, tout en éliminant le recours à des matières premières combustibles. "La substitution des séchoirs aux bois par nos produits est un moyen de lutter efficacement contre la déforestation en Amérique Latine," estime Richard Trubey, le vice président et directeur marketing de MDI.

Un marché difficile a percer

Malgré leurs indéniables avantages, les séchoirs de STC peinent à s'imposer sur le marché. La force commerciale des fabricants traditionnels est l'une des raisons de ces difficultés mais il existe également des barrières psychologiques. "Au travers de MDI, nous fournissons des programmes de sensibilisation sur la technologie du séchage solaire. Nous essayons de surmonter  les habitudes historiques," précise Richard Trubey. L'un des premiers clients de STC, la coopérative costaricaine Monte de Oro - membre de Coocafé, constitue un formidable laboratoire pour la viabilité de ces produits. Ce centre de production transforme 500 tonnes de café par an et dispose déjà de 2 séchoirs solaires. Les 3 autres séchoirs traditionnels seront remplacés d'ici fin 2003 par des produits STC grâce à un partenariat avec l'institut électrique costaricain ICE. Cet institut s'est en outre engagé à faire la promotion de cette technique dans le cadre d'un programme de sensibilisation aux économies d'énergies et il va certifier les économies énergétiques qu'apportent les séchoirs solaires.

STC se heurte également aux problèmes d'accès au financement bancaire que rencontrent certains clients potentiels. Les petits producteurs et les coopératives ont souvent beaucoup de mal à obtenir un prêt bancaire dans les pays en développement. La solution adoptée par la société est donc de vendre ses séchoirs en crédit-vente. "Notre partenariat avec la société néerlandaise eucuménique Oikocredit, nous permet de proposer une formule de crédit-vente sur 7 ans," rapporte Richard Trubey. "Nous ne sommes pas parvenus à trouver de financements d'organisations de promotion des énergies renouvelables car elles tendent à soutenir exclusivement les projets photo-voltaïque et photo-thermiques," regrette-t-il. La difficulté d'accès à des sources de financement semble être le principal frein au développement de la technologie. Ceci est d'autant plus important que les cours du café sont au plus bas. "La crise actuelle a peu affecté les ventes de nos concurrents," tempère toutefois Richard Trubey

Des perspectives d'avenir encourageantes   

Le travail de sensibilisation porte quand même ses fruits. Certains grands industriels, ainsi que des concurrents, ont manifesté leur intérêt marqué pour les séches cafés solaires de STC. "Notre partenariat avec Monte de Oro a prouvé que nos produits fonctionnent dans un environnement industriel," se félicite Richard Trubey. "Il nous suffirait de convaincre un important industriel pour rendre nos produits encore plus attractifs financièrement," précise-t-il. Les séchoirs solaires de STC ont été intégré au programme de développement écologique costaricain lié au  protocole de Kyoto. S'ils atteignent la taille critique, les producteurs de café utilisant des séchoirs STC pourraient vendre des crédits de carbone. STC estime que cela permettrait de baisser de 3% les taux d'intérêts effectivement payés.

La principale perspective d'avenir réside quand même plutôt dans le marketing de ces cafés écologiques de grande qualité. La marque " Café Solar " a été déposée et servira de "label" écologique pour les producteurs utilisant les séchoirs solaires. Les premiers paquets arborant le logo "café solar" seront commercialisés à la fin de l'année aux Etats-Unis par Equal Exchange. Ce spécialiste du commerce équitable proposera une nouvelle ligne de café haut de gamme bio, équitable et écologique. Ce sera une nouvelle offre sur un marché très concurrentiel . "Si nos producteurs pouvaient facturer ne serait-ce que 2 cents de plus par kilo, leur investissement serait remboursé en 2 ans," calcule Richard Trubey. Les consommateurs européens devront encore attendre : aucune annonce de lancement d'un produit estampillé " café solar " n'est prévue!

Pierre-Marie Coupry
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