Santé : les lampes basse consommation font débat

Planète \Mondialisation \Consommation durable

Publié le 05-03-2010

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D' ici à 2012, les lampes classiques à incandescence auront disparu du marché et seront notamment remplacées par les lampes fluocompactes basse consommation (LBC). Une alternative qui ne réjouit guère le Criirem. Son Président, le docteur en physiologie Pierre Le Ruz, expert européen en énergie et santé, met en garde contre les risques de ces lampes sur la santé.

Vous remettez en cause les lampes fluocompactes. Pour quelles raisons ?
Pierre Le Ruz : Plusieurs études ont mis en évidence les risques liés à l’uilisation des ampoules fluocompactes. Dès 2002, l’INERIS* a noté que ces lampes étaient des émetteurs parasites. En 2007, suite à des bancs d’essais réalisés par le CRIIREM, en partenariat avec notre homologue espagnol Arca Ibérica, nous avons conclu qu’une fois allumées, les ampoules à économie d’énergie émettaient de forts rayonnements radioélectriques, contrairement aux ampoules à incandescence classiques qui n’en émettent pas. Les valeurs variant de 180 volts par mètre (V/m) à 4 V/m dans les 2o premiers centimètres, pour des puissances allant de 20 à 11 watts, avec des pics à 300 v/m à l’allumage ! Ces mesures se situent bien au dessus des normes européennes : une recommandation du Parlement européen de 1998 préconise en effet le seuil de 1 v/m à ne pas dépasser. La directive de 2004 liée à la compatibilité électromagnétique fixe des niveaux allant de 3 V/m, à 10 V/m. Le rayonnement de ces lampes et le problème lié à leur bruit de fond que nous avons mis en évidence, ont été confirmés en 2008, dans des études de SUPELEC et du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

L’avis de l'ADEME
Les LBC font débat parmi les experts qui n’ont pas le même éclairage … Dans un avis publié en août dernier, l’ADEME recommande l’utilisation des lampes basse consommation, plus économiques et plus écologiques, insistant sur le fait qu’elles contiennent de faibles quantités de mercure. Quant à la question des ondes électro-magnétiques, l’Agence précise que « les LBC utilisées de façon normale, à savoir à plus de 30 cm d’une personne, ne sont pas dangereuses pour la santé humaine. » Mais à moins de 30 cm ? « Ces lampes ne sont pas inquiétantes", confirme Bruno Lafitte, expert éclairage et environnement électro-magnétique à l’ADEME,  qui n’estime « pas indispensable d’effectuer des mesures à moins de 30 cm, d’autant que cela nécessiterait des sondes spécifiques». Dans l’objectif de rassurer les consommateurs, l’Ademe a lancé une campagne de mesure sur 100 types de LBC, à partir d’un protocole de mesure établit par l’Afsset et accepté par les parties (Criirem, CSTB, industriels…). Les résultats sont attendus d’ici la fin du premier semestre.

Quels sont les impacts de ces dépassements ?
L’électropollution induites par ces lampes fluocompactes peut provoquer des dysfonctionnements au niveau des appareils électriques et électroniques placés à proximité (ordinateur, TV, radio, téléphone portable). Cela peut aussi créer des perturbations chez les personnes portant des dispositifs d’assistance médicale. Nous avons pu le valider lors d’une expertise demandée par des médecins dont des patients équipés de pacemakers se plaignaient de dysfonctionnements de leur appareillage. Enfin, il ne faut pas oublier que chaque lampe fluocompacte contient près de 3 mg de mercure. En cas de bris d’ampoule, il convient donc d’aérer rapidement, et de jeter l’ampoule dans une poubelle prévue à cet effet. 


Quels sont les effets des lampes fluocompactes sur la santé ?
Cette « électropollution »  représente un risque évident sur la santé. D’une façon générale, les effets des ondes électromagnétiques ont été prouvés depuis longtemps : troubles du sommeil, agressivité ou apathie, perte de mémoire, malaises, migraines, arythmies, fourmillements, rougeurs, nausées, troubles de la concentration, palpitations…. Ces sources de fatigue nuisent à l’attention et favorisent l’absentéisme au travail. Avec l’explosion des nouvelles technologies dans le cadre professionnel, de plus en plus de salariés affectés par ces maux portent plainte devant les tribunaux pour faire reconnaître leur « électro-hypersensibilité ». Des études ont aussi démontré des désordres au niveau immunitaire et sanguin : manque d’adrénaline, hausse des protéines de stress, anomalie des leucocytes, baisse de la mélatonine. A long terme, les risques de leucémies et de tumeurs du cerveau seraient multipliés par trois. Même si on ne connaît pas encore précisément les effets de ces lampes fluocompactes sur la santé, le principe de précaution impose d’en limiter l’usage, en évitant de les utiliser en lampe de chevet ou de bureau et de s’en éloigner de plus d’un mètre pour une station prolongée. 

 
Quelles solutions préconisez-vous ?
Avant tout, le CRIIREM n’est pas favorable à la disparition totale des lampes à incandescence sur le marché. Pour ce qui est de ces lampes fluocompactes, des efforts doivent être entrepris pour en améliorer la conception. Certains fabricants commencent à s’en préoccuper, en travaillant notamment sur le blindage du culot. Mais il reste beaucoup à faire ! Par exemple, il est possible de modifier le circuit et le vernis de ces lampes,  afin d’en réduire les rayonnements. En attendant ces progrès, mieux vaut opter pour les LED (diodes électro-luminescentes), qui apparaissent sur le marché. Bien que ces lampes doivent être améliorées, elles présentent des avantages : elles ne posent pas de problème d’ondes électromagnétiques, elles ne contiennent pas de mercure et ont une durée de vie supérieure aux lampes  fluocompactes. Seul point noir ? Leur coût...

*Institut national de l’environnement industriel et des risques

Propos recueillis par Marie-José Gava
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