|
Issu d'un dialogue avec les professionnels du bâtiment et des matériaux de construction, le rapport intitulé " les architectes et le développement durable ", publié en juin dernier, marque l'engagement d'une profession jusqu'ici discrète sur le thème du développement durable. L'ordre a l'intention de mettre plusieurs outils en œuvre pour mobiliser -et former- la profession : publication d'un guide technique, constitution d'un centre de ressources, forum, animation d'un groupe de travail permanent, formation et instauration d'une journée annuelle sur le thème du développement durable. La prise de conscience est donc désormais bien réelle, semble-t-il, même si un travail de sensibilisation de la profession doit être réalisé sur ces questions. " L'architecte se trouve souvent au centre de décisions importantes qui conditionnent à tout jamais notre champs environnemental ", explique Patrice Genet, président de l'Ordre, qui définit l'architecte comme " un maillon indispensable dans la chaîne de ceux qui définissent l'avenir de nos villes " . La profession revendique une mission de sensibilisation des acteurs, des maîtres d'ouvrage (élus et collectivités locales) et du public. " Le forum des architectes que nous lançons doit devenir un outil de notre leadership sur ces questions, affirme Patrice Genet. Nous souhaitons dépasser le leitmotiv HQE (Haute Qualité Environnementale). Cette norme est une bonne chose en soi, mais elle risque de nuire à l'innovation. La plupart du temps, les normes deviennent une contrainte et ne sont pas respectées ! On fait tout pour les détourner. Ce genre de label devient rapidement statique, peu évolutif, à force de ne pas être remis en cause. " " Tyrannie destructrice "
Au-delà des considérations techniques, l'Ordre appelle à une " véritable révolution culturelle dans la conception " qui prenne en compte les limites physiques de la planète et les exigences sociales des populations urbaines. " Toute la difficulté réside dans la projection des besoins humains à long terme, explique Patrice Genet. Il est difficile , par exemple, de savoir à l'heure actuelle ce que deviendra un collège dans 50 ans. Cela suppose une réflexion sur la façon dont sera dispensé l'enseignement, sur le rôle des nouvelles technologies qui pourraient bouleverser les structures existantes ". Idéalement, la conception architecturale d'un ouvrage devrait à la fois intégrer des critères environnementaux et sociaux, ainsi que la capacité à se transformer ou à s'adapter pour répondre aux futures exigences sociales... Mais l'articulation entre les enjeux du long terme et les contraintes économiques immédiates pose problème. Cette contradiction est aujourd'hui bien visible dans les villes, victimes selon le rapport de constructions reflétant la " tyrannie destructrice du moins disant, le poids des choix pernicieux pour l'environnement, inadaptées aux hommes et dont les générations futures assumeront l'incidence ". Qualité sanitaire insuffisante, consommation énergétique déraisonnable, production de déchets excessive et croissance des ségrégations sociales : les villes sont " les grandes malades de la planète " et représentent pour les architectes un " défi posé à toute la profession (...), partie prenante des échecs passés ". A l'instar des pratiques mises en place en Suède, en Allemagne, en Finlande ou en Grande-Bretagne, cette prise de conscience devrait permettre à l'architecture durable de se développer. Le renouvellement urbain et les projets d'aménagement et de développement durable, inscrits dans la loi française, offrent d'ores et déjà cette possibilité. Le marché de l'habitat existant (29 millions de logements en France), en pleine mutation, constitue lui aussi un enjeu économique, environnemental mais également patrimonial. Enfin, " l'éco-habitat " figure parmi les principales mesures du plan climat annoncé par le gouvernement en juillet dernier. 2ème émetteur de gaz à effet de serre après les transports, le secteur du bâtiment devra prendre en compte de nouvelles règles d'éco-efficience: les constructions et les rénovations de logements sociaux seront effectuées selon des exigences environnementales précises (vitrages isolants, collecte des déchets, généralisation des chauffe-eau solaires...). Un dispositif de certificats d'économie d'énergie obligera les producteurs à financer des travaux d'économie d'énergie dans le bâtiment et un diagnostic de performance énergétique sera obligatoire avant toute vente en 2006, et avant toute location en 2008. Enfin, une réglementation thermique sera mise en place pour les rénovations les plus importantes des bâtiments existants et des seuils de performance énergétique seront introduits pour certains travaux de réhabilitation.
|