Le raisin bio oui, le vin bio… pas encore

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Publié le 20-12-2010

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En agriculture biologique, la viticulture a le vent en poupe avec une progression de 39 % en surface des vignes certifiées en 2009. Côté cave et méthode de vinification, le flou reste entier après l'échec des négociations européennes pour fixer un cahier des charges commun aux producteurs de l'Union.

En matière de label de qualité, les marques privées précèdent le plus souvent l’apparition d’une réglementation publique qui vient harmoniser les règles. Pour le vin bio, ce seront peut-être les producteurs européens eux-mêmes qui trouveront le compromis sur lequel a buté la commission à Bruxelles. Malgré un travail de recherche de trois ans et un an de négociation pour définir les termes d’un cahier des charges européen de vinification biologique, le commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos a du jeter l’éponge en juin dernier. En cause : l’opposition de l’Allemagne et de l’Autriche à toute limitation de l’usage de soufre pour qualifier un vin de biologique. L’anhydre sulfuré est utilisé à différentes étapes de la vinification pour prévenir le développement de micro-organismes et garantir la qualité gustative. Les règlements agricoles européens ont établi des doses à ne pas dépasser, mais pour les défenseurs du vin bio, l’usage du soufre doit être strictement limité, voire interdit. La France, l’Espagne et l’Italie (85 % de la production vinicole européenne) n’ont pu dépasser cette opposition qui s’explique, notamment, par la primauté des vins blancs doux dans la production des pays du Nord de l’Europe. Ces derniers sont particulièrement demandeurs de soufre.

Exception française

Les négociations ont été clôturées « pour une période encore indéterminée de statu quo où formellement seuls les raisins peuvent recevoir la qualification de « biologique » », explique-t-on à la commission agriculture de l’Union. Ce statu quo entretient l’ambiguïté pour le consommateur entre le vin « issu de raisins biologiques » et un « vin bio » tant sur le plan de la production du fruit que de sa transformation, la vinification. Confusion supplémentaire en France depuis 2008 : le label AB peut être apposé sur les bouteilles dont seul le raisin est bio, quand, dans les autres pays, une simple mention écrite « raisins issus de l’agriculture biologique » est admise. « C’est une sacré ambiguïté dont on espérait qu’elle ne perdure pas avec l’adoption du règlement vinification », regrette Monique Jonis, en charge du dossier viticulture à l’Institut technique de l’agriculture biologique (ITAB). Cet organisme coordonne les activités de recherche autour de l’agriculture biologique et a participé à toutes les étapes de recherche et de concertation initiées par la commission européenne.
« Même peu restrictif, un règlement européen aurait permis de donner une définition de ce qu’est un vin bio et apporter de la transparence pour le consommateur », résume Monique Jonis. Le manque de transparence risque en effet de devenir problématique alors que la demande des consommateurs est l’une des plus soutenue. Depuis 2006, la filière viticole bio affiche une croissance de 20 % annuelle. En 2009, la surface de vignes bios a augmenté de 39 % pour dépasser les 39 000 ha : 4,6 % du vignoble français qui pourrait devenir 8 % en 2012, estime l’Agence bio en raison du rythme des conversions.

En Languedoc-Roussillon, la croissance atteint 52 %. Dans cette région où les vins n’ont pas la réputation des grands Bourgogne, la plus-value bio joue à plein tandis que la demande reste largement supérieure à l’offre, notamment à l’exportation.

Un produit symbolique

Suite à l’échec de la commission, les producteurs italiens, espagnols et français ont mis en chantier l’élaboration d’une charte européenne de la vinification. « Nous prenons comme base de départ les dernières propositions de la commission car il ne faut pas que le projet de règlement passe aux oubliettes », explique Monique Jonis.
En France, plusieurs labels privés existent pour la vinification : la charte de la FNIVAB (Fédération national interprofessionnelle des vins de l’agriculture biologique), les marques Terre et Vie ou encore Biodyvin. Les labels généralistes Nature et Progrès et Demeter ont leur propre cahier des charges pour le vin. Ils sont tous conscients qu’une meilleure information du consommateur passe par un règlement européen commun. Mais « il y a une grande diversité de points de vue parmi les producteurs. De ceux qui regrettent l’échec de Bruxelles à ceux qui estiment que l’important est de ne pas perdre l’essence de la vinification bio », explique Caroline Lefebvre de Nature et Progrès.
Le vin, plus que tout autre produit, incarne cette discussion inlassable sur ce que représente la bio : une technique pour les uns, une conception globale de l’agriculture pour les autres, une vision du terroir, le respect des processus naturels. « Parler de vin bio ne signifie pas interdire toute intervention de l’Homme. Le vin est issu de la fermentation spontanée du raisin, cependant ces fermentations doivent être surveillées voire guidées. Mais il faut savoir se passer d’un certain nombre d’interventions modifiant profondément le vin dans sa nature », résume Caroline Lefebvre.
Le vin est un produit symbolique. Il représente aussi, en France, le deuxième excédent commercial après l’aéronautique.

Philippe Chibani-Jacquot
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