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USA: l'agence de contrôle du forage pétrolier sur la sellette

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 28-05-2010



La marée noire au large de la Louisiane menace BP mais aussi les fonctionnaires de MMS (Minerals Management Service), l'agence qui était censée contrôler l'industrie pétrolière. Accusés de corruption et de fraude, ils laissent les compagnies pétrolières mener leurs activités comme elles l'entendent.

La marée noire qui se déverse dans le Golfe du Mexique, au large de la Louisiane, a fini par attirer l'attention sur Minerals Management Service (MMS), l'agence fédérale américaine en charge de la réglementation et de la collecte des royalties auprès des compagnies pétrolières et gazières. MMS est censé être un "gendarme" qui aurait du exiger de l'industrie la mise en place de procédures de sécurité. Mais les faiblesses de MMS l'ont depuis longtemps empêché d'agir. Les inspecteurs de l'agence, semble-t-il, ne montrent guère de zèle. Au contraire. Le président Barack Obama lui même a ainsi déclaré que "les permis de forage ont été trop souvent accordés lorsque les compagnies pétrolières promettaient tout juste de s'intéresser à la sécurité". Elizabeth Birnbaum, chef de Minerals Management Service depuis 10 mois, vient d'être renvoyée.   

Il y a pourtant eu plusieurs alertes en 2004 et 2009. Certains spécialistes ont émis des doutes sur le système secondaire, sur lequel se reposait la plateforme Deepwater Horizon. Les véhicules submersibles, censés activer le plan B, étaient jugés trop lents, pas assez puissants, peu sûrs. Et les incidents off shore se sont multipliés. De 2001 a 2007, le gouvernement a décompté 1443 accidents graves, qui ont entrainé la mort de 41 personnes, 302 accidents et 356 fuites de pétrole. Mais MMS n'a pas bougé. Les enquêteurs ont continué à se reposer sur l'industrie qui a juré d'améliorer et de sécuriser ses modes de forage. Du coup les contrôles des systèmes secondaires off shore ont même été réduits, ils sont passés d'une visite par semaine à une visite tous les 14 jours.

Réputation sulfureuse

La réputation de l'agence MMS en charge des contrôles est plus que sulfureuse. "Depuis plus de 10 ans Minerals Management Service est une administration corrompue et mal gérée" a déclaré le californien Darrell Issa, élu Républicain de la chambre des Représentants, un éminent  membre du comité de contrôle des reformes du gouvernement. Les fonctionnaires sont beaucoup trop proches de leurs collègues du privé et persuadés que l'expertise technique des groupes pétroliers les dépasse…

Gérant à la fois la collecte des royalties -13 milliards par an- et le contrôle de la profession, ils ont tendance à minimiser leur rôle d'encadrement du secteur. C'est en tous cas ce que met en lumière un tout récent rapport de l'inspecteur général du ministère de l'énergie qui a enquêté en Louisiane, dans le bureau de Lake Charles. Il y a vu des fonctionnaires, passant aisément du privé au public...capables d'accepter sans sourciller les cadeaux des entreprises pétrolières: invitations au restaurant, week-ends de chasse, de pêche, ou tournois de golf. Un fonctionnaire a même réalisé 4 inspections sur des plateformes, au moment où justement il négociait son embauche avec l'entreprise concernée ! L'inspecteur n'a pas cependant pas trouvé de preuves flagrantes de "modifications frauduleuses" des rapports des employés de MMS. Mais des témoins, sous couvert d'anonymat, lui ont assuré que les représentants du privé pouvaient corriger les conclusions des enquêtes réalisées.

Bientôt l'Alaska

La défaillance de Lake Charles n'est pas unique en son genre. En 2008, une inspection réalisée cette fois à Denver (Colorado) a mis a jour un autre scandale, rappelle Daniel Rohlf, directeur du Pacific Environmental Advocacy Center a l'école de droit Lewis et Clark. "Les industriels du privé fournissaient sexe et drogues aux agents de MMS, dit il. Et en échange, ceux ci violaient régulièrement la loi nationale sur l'environnement et la réglementation sur les espèces rares en danger."

La Louisiane et le Colorado sont montrés du doigt et l'Alaska suit de près. Raison pour laquelle le président Obama vient d'annoncer le maintien du moratoire sur le forage dans la région. Une enquête du GAO (Government Accountability Office) a en effet relevé le manque de sérieux des études réalisées en Alaska pour mesurer l'impact du forage sur la vie des baleines et de l'environement. "Il y a plusieurs poursuites judiciaires en cours, explique Daniel Rohlf. Car en Alaska, les risques sont encore pires." La géograhie des lieux, l'éloignement et la glace rendent plus difficiles les opérations, après la catastrophe. Et pourtant, au lendemain d'une déclaration du ministre de l'énergie Ken Salazar prêchant la reforme, John Goll, patron de la région Alaska pour MMS a offert un gâteau à ses employés, sur lequel était écrit: "Drill, baby drill"-"Fore, bébé fore"-, le cri de ralliement de Sarah Palin, l'ancienne gouverneur de l'Alaska.  

Caroline Crosdale à New York
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