|
"L'environnement n'est ni de gauche, ni de droite." La déclaration de Dominique Belpomme raisonnait avec une grave justesse, le 7 mai 2004, au siège de l'Unesco, pendant le colloque qu'organisait son association l'ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse) intitulé "Cancer, environnement et société". Sera-t-elle entendue par les responsables politiques ? Une chose est sûre, le mèdecin a réussi à fédérer autour de son "Appel de Paris" des scientifiques prestigieux et des hommes publics de toute tendance. Parmi les signataires, on trouve ainsi Jacques Attali, Jean Bernard, Dominique Bourg, Yves Coppens, François Jacob, Edward Goldsmith, Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Bernard Maris ou encore Hubert Reeves.
Autant de voix différentes pour supporter cette "Déclaration internationale sur les dangers sanitaires de la pollution chimique" qui comprend trois articles et sept propositions. Le premier article attribue le développement de nombreuses maladies à la dégradation de l'environnement. Le second affirme que la pollution chimique constitue une menace grave pour l'enfant et pour la survie de l'homme. Le troisième souligne en guise de conclusion que "l'espèce humaine est elle-même en danger".
S'agissant des propositions, l'"Appel de Paris" demande principalement la mise en place par les Etats de mesures fortes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et l'application du principe de précaution vis-à-vis des produits chimiques. Sur ce second point, c'est le projet de réglementation européenne REACH, actuellement en discussion à Bruxelles, qui est principalement visé. Au cours de la conférence de présentation de l'appel, le professeur Samuel Epstein, enseignant à l'Université de Chicago et membre de la Cancer Prevention Coalition, a en effet regretté que la nouvelle version de la réglementation REACH ait été considérablement amoindrie par rapport au texte initial. "Le projet prévoyait d'exiger des industriels qu'ils prouvent l'absence de nocivité de leurs produits, ce qui constituait une avancée considérable. Mais les lobbies de l'industrie chimique ont réussi à annuler cette mesure", a déclaré le professeur.
De son côté, Corinne Lepage s'est réjouie de la présence des docteurs Lucien Israël, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, et de Luc Montagnier, membre de l'Académie de Médecine. "Cela prouve bien qu'il commence à exister un consensus sur ces questions au sein de la communauté des médecins et c'est très bien", a noté l'ancienne ministre de l'Environnement avant de saluer le courage du professeur Belpomme qui est "sorti du silence de sa profession". Ce dernier vient en effet de publier un ouvrage intitulé "Ces maladies créées par l'homme", dans lequel il affirme que l'augmentation continue du nombre de cancers en France depuis 1945 est due principalement à la pollution.
Cette thèse était d'ailleurs au centre des débats du colloque organisé à l'Unesco le même jour. Toute la matinée, plusieurs médecins épidémiologistes et toxicologues se sont en effet succédés à la tribune pour discuter de la question "Cancer, maladie de l'environnement ?". Le toxicologue Jean-François Narbonne a notamment pointé le problème de la présence d'agents cancérigènes dans l'alimentation. Selon le chercheur, près de 10 000 cancers par an en France auraient pour cause principale ces agents. "Il devient urgent de mieux contrôler les produits alimentaires en changeant les protocoles de tests qui ne sont plus adaptés", a averti Jean-François Narbonne.
|