Top 10 des sites les plus pollués : l'industrie minière accusée

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Publié le 11-10-2007

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Le Blacksmith Institute réalise tous les ans un classement des sites les plus pollués du monde. En 2007, pour la deuxième année consécutive, les villes de La Oroya au Pérou et Norilsk en Russie font partie du top 10. Des métaux lourds et du dioxyde de soufre ont été trouvés dans l'air et l'eau, et près de 100% des populations locales sont touchées. Le 23 octobre 2007, à l'occasion des 10 ans du rachat de l'usine de La Oroya par une entreprise minière américaine, des ONG péruviennes manifesteront à Lima pour réclamer l'application des mesures de dépollution promises par l'Etat.

Deux latitudes, deux populations, une même pollution. La Oroya, petite cité des Andes péruviennes, et Norilsk, localité russe au Nord du cercle polaire, ont un sordide point commun. Toutes deux sont le siège, depuis 80 ans, d’une prospère industrie minière. Cette activité est aujourd’hui accusée d’avoir provoqué une pollution de l’environnement alentour, ainsi qu’un empoisonnement des populations. D’après le Blacksmith Institute, les deux villes font partie des dix sites les plus pollués au monde, aux côtés notamment de Tchernobyl. L’ONG soupçonne en particulier deux entreprises, Doe Run Peru à La Oroya, et Norilsk Nickel en Russie, d’avoir sciemment rejeté des substances toxiques.

Le complexe métallurgique de La Oroya fait vivre la majeure partie des 35000 habitants de la localité. Construite en 1922, l’entreprise extrait et traite du cuivre, du plomb et du zinc, puis d’autres métaux. Elle est nationalisée en 1974 sous le nom de Centromin Peru, puis revendue en 1997 à Doe Run Peru, filiale de l’Américain Doe Run. A l’époque, la situation sanitaire est déjà très grave dans la région. Le Ministère de la santé péruvien découvre que 99,9% des enfants de La Oroya ont un taux de plomb supérieur au maximum acceptable fixé par l’OMS. Les émissions de dioxyde de soufre (SO2) de l’usine sont également 4 fois plus élevées que les plafonds imposés par l’Etat, et des métaux lourds sont libérés dans l’air. Le tout provoque retards mentaux, cancers du poumon et affections diverses, et provient directement des rejets du complexe métallurgique.

800 tonnes de SO2 émis par jour

Aux vues de cette pollution, dont il ne nie pas être le responsable, Centromin Peru avait proposé, en 1996, un Programme d’adéquation environnementale. Son but était d’améliorer les installations, et de diminuer les différentes émissions de l’exploitation, pour atteindre les seuils imposés par le Pérou en 1993. Déjà considéré par certaines associations comme insuffisant pour améliorer la situation, ce plan sera encore allégé par Doe Run Peru. La compagnie, qui s’était pourtant engagée à poursuivre le projet tel quel, en a demandé la modification à peine un an après le rachat. L’excuse avancée ? La “mauvaise santé financière” de l’entreprise, qui ne pourrait pas supporter l’investissement prévu sans fermer ses portes. Partagés entre la nécessité de travailler et celle de vivre dans une atmosphère saine, les employés de Doe Run Peru ont fini par manifester pour le retrait du programme…

Finalement, les objectifs écologiques ont été revus à la baisse, et le début du plan repoussé. D’après le rapport « La Oroya no espera » (La Oroya ne peut pas attendre) de l’Association interaméricaine pour la défense de l’environnement (AIDA) et de la Société péruvienne du droit environnemental (SPDA), « l’application du programme actuel ne résoudrait qu’une faible partie des problèmes de santé publique ». Aujourd’hui, le Mouvement pour la santé à La Oroya (MOSAO), un groupe de bénévoles soutenu par Oxfam America, réclame l’attention du gouvernement péruvien, mais également de l’opinion mondiale. L’association organise notamment une grande campagne les 23  et 25 octobre 2007, à l’occasion des 10 ans du rachat de la fonderie par Doe Run. Au programme, manifestations artistiques et débats sur les propositions faites par l’Eglise, le Congrès et les ONG. « On veut pousser la firme à appliquer au Pérou les mesures environnementale qu’elle impose à son usine du Missouri » explique Raul Chacon Pagan, porte-parole de Red Uniendo Manos Peru, l’une des associations engagées.  

Les arbres meurent à 30 km autour de Norilsk

A 13000 km de là, une histoire similaire. Ancien goulag, la ville de Norilsk est fondée en 1935 autour de l’exploitation minière dont les premiers ouvriers, en 1920, étaient des prisonniers. Ce fleuron de l’industrie soviétique est privatisé en 1994, et devient Norilsk Nickel. Aujourd’hui, l’entreprise est devenue le premier producteur mondial de nickel et de palladium, et le premier producteur d’or de Russie. Elue l’entreprise la plus rentable du pays en 2006 par le magazine Finans, Norilsk Nickel a récemment investi au Canada et en Afrique.

Plus prospère que son alter ego péruvien, mais moins transparente, la firme russe nie toute implication dans la pollution de la région de Norilsk, et rejette la faute sur les critères environnementaux laxistes de l’époque soviétique. Pourtant, l’usine émet encore aujourd’hui près de 2 millions de tonnes de SO2 par an, soit plus de quatre fois les rejets de la France entière ! Sans oublier les 70 millions de mètres cube d’eau impure que l’entreprise avoue déverser chaque année dans les cours d’eau alentour, avec les mêmes conséquences sanitaires qu’à La Oroya. En 2007, les habitants de la région se sont vu interdire la cueillette de champignons à 50 km à la ronde autour de l’usine de Norilsk.

Pour se défendre, Norilsk Nickel brandit son plan de protection environnemental, qui coûtera un milliard d’euros. « Les émissions polluantes sont en baisse depuis 2003, et elles diminueront encore, explique Elena Kovaleva, directrice adjointe des relations publiques de l’entreprise. Nous avons prévu de moderniser toutes nos installations d’ici à 2015 ». Elle affirme également que les émissions sont quotidiennement adaptées à la qualité de l’air, et que Norilsk Nickel a mis en place des programmes de sensibilisation de la population aux problèmes sanitaires. Le discours ne convainc cependant pas Greenpeace Russia. « Le plan est ambitieux, avoue Alexey Kiselev, porte-parole de l’ONG. Mais il y a un manque de financements et de volonté de la part de la firme, qui est soutenue par l’Etat. Leur échéance de 2015 laisse sceptique ».

Lettres ouvertes au Blacksmith Institute

Piquées au vif par leurs places dans le classement du Blacksmith Insitute, les deux entreprises ont chacune envoyé à l’ONG une lettre de contestation. Elles assurent investir plus que de raison dans des programmes de protection sanitaires et environnementaux. Des informations difficiles à vérifier pour les associations, car les deux firmes ont le soutient et la complicité de leurs gouvernements respectifs. « Miguel Curi, ancien vice-président de MOSAO, a porté plainte quatre fois contre Doe Run Peru, explique Raul Chacon Pagan, porte-parole de l’association. La dernière fois, il a été renvoyé de son poste au gouvernement local ». De son côté, Norilsk Nickel a gagné un procès qu’elle intentait pour faire annuler sa taxe de pollution.

Rouba Naaman
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