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Planète \Environnement \PollutionSanté : de nombreux scientifiques rejoignent l'Appel de ParisEn mai 2004, des scientifiques, des médecins et des ONG se rassemblaient pour lancer l'Appel de Paris sur les dangers sanitaires engendrés par la pollution chimique. Réunis à l'UNESCO, le 9 novembre, ces lanceurs d'alerte ont été rejoints par de nombreux experts internationaux venus présenter leurs travaux. Dans un mémorandum, ils proposent aux responsables politiques 164 mesures pour stopper ce qu'ils considèrent comme une bombe à retardement.
A l'initiative du cancérologue Dominique Belpomme, 68 experts internationaux ont participé à l'élaboration du mémorandum de l'Appel de Paris, tous convaincus que bon nombre de pathologies actuelles trouvent leur origine dans les pollutions chimiques. Anticipant les crises sanitaires à venir, ils défendent le principe d'une "santé durable" qu'il faut, selon eux, adjoindre à celui de développement durable, "axé sur la préservation des ressources mais insuffisant pour préserver la santé des générations futures". "Les conséquences de la pollution atmosphérique, des pesticides et des produits chimiques de toutes sortes sur la santé humaine sont largement prouvées ", affirme Dominique Belpomme. " Le problème aujourd'hui n'est plus d'avoir des preuves, mais d'agir ". Au moment où l'adoption du projet REACH sur la réglementation de substances chimiques est une fois de plus reportée en raison du lobbying industriel, les travaux présentés par ces experts montrent l'urgence de la situation. Les effets toxiques de la pollution sur le fœtus et sur le recul de la fertilité, en particulier, ont occupé une large place dans les débats. Selon les travaux du toxicologue irlandais Vyvyan Howad, les pesticides transmis au foetus via le cordon ombilical modifient l'organisme dès la vie utérine, avec des effets qui se développement progressivement jusqu'à l'âge adulte. "Les perturbations endocriniennes provoquées par les pesticides sont à l'origine de déséquilibres hormonaux, de malformations génitales mais également de l'infertilité croissante des hommes dans les pays riches ", explique-t-il. Une théorie largement confirmée par son collègue danois Henrik Leffers, professeur à l'hôpital de Copenhague, qui s'intéresse aux conséquences des phtalates sur nos organismes. " Ces substances se retrouvent partout, dans nos vêtements, nos maisons, dans les peintures, etc. Ils perturbent la fabrication hormonale, font chuter les taux de testostérone et, in fine, provoquent une baisse de la qualité des spermatozoïdes et de la fertilité ", explique-t-il, avant de nous mettre spécialement en garde contre les cosmétiques. Les tests qu'il a effectués ont de quoi inquiéter. " Le fait d'appliquer une crème sur la peau constitue la plus forte exposition chimique quotidienne ", souligne le professeur Leffers. " Les pics de contamination que nous avons constaté sont aussi forts que si on avalait ces produits, tant les phtalates pénètrent dans l'organisme et s'accumulent dans le corps ". Rappelons que si les phtalates ont été interdits dans les jouets des enfants de moins de 3 ans, ils continuent à être autorisés pour les autres... Enfin, les travaux d'Henrik Leffers ont établi un lien non seulement avec les pathologies du système reproductif, mais également avec le cancer des testicules. Faire pression sur les instances politiques Autre danger, celui des cancers provoqués par la pollution. Pour le Professeur Belpomme, elle serait à l'origine des trois quarts des cancers actuels, un phénomène nié par ses collègues cancérologues et par les pouvoirs publics " Les compétences des agences sanitaires comme l'Afssa et l'Afsset ne sont pas à remettre en cause ", affirme Dominique Belpomme. " Le problème est qu'elles dépendent des pouvoirs publics, qui refuse de s'attaquer aux problèmes sous le pression du lobbying industriel et chimique ". Toujours taboues, les études menées par le professeur Charles Sultan à Montpellier montrent à quel point les pesticides ont atteint la santé des agriculteurs et de leurs enfants. " J'ai trouvé plus de 300 substances chimiques dans le sang du cordon ombilical, dont des perturbateurs endocriniens. Les enfants les plus exposés aux pesticides ont un risque élevé de malformations génitales, de retard de croissance, de troubles du développement du cerveau, mais également d'obésité, affirme-t-il. En multipliant les cellules adipeuses, les pesticides sont une des causes de l'obésité et jouent un rôle dans la pandémie actuelle ". Face à ce que ces scientifiques considèrent unanimement comme des " bombes à retardement ", les ONG qui participent à l'Appel de Paris entendent jouer un rôle d'éducation et de formation de la population aux dangers toxiques. C'est ce que font déjà l'Alliance internationale pour la santé et l'environnement et le mouvement " Women in Europe for a common future " créé aux Pays-Bas, qui rassemble 68 ONG. En France, l'ACAP -Association citoyenne pour les alternatives aux pesticides- fédère elle aussi de nombreuses associations qui s'efforcent de promouvoir toutes les alternatives existantes aux produits chimiques et démontrer qu'elles n'atténuent pas la rentabilité économique d'une agriculture durable. D'une manière générale, les membres de l'Appel de Paris entendent non seulement montrer que les alternatives existent, mais surtout faire pression sur les instances nationales et européennes pour durcir les réglementations et favoriser la chimie verte. Aujourd'hui, l'Appel a été signé par plusieurs centaines de scientifiques internationaux, par l'ensemble des conseils nationaux de l'ordre des médecins et associations médicales représentatives des 25 Etats membres de l'Union européenne ainsi que près d'un millier d'ONG et plus de 150 000 citoyens.
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