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Dans le cadre du Plan National Santé Environnement, les ministères de la Recherche, de l’Ecologie et de la Santé viennent d’annoncer le lancement du projet EFLE. 20 000 enfants vont être suivis de leur naissance à leur vingt ans « pour mieux comprendre comment l’environnement, l’entourage familial et les conditions de vie influencent leur développement et leur santé. » Un retard français à combler En matière d’études épidémiologiques de grande envergure, les laboratoires publics français ont longtemps fait pâle figure aux côtés de leurs voisins européens. La Grande Bretagne, précurseur en la matière, s’est lancée dans le suivi de milliers d’enfants, de leur naissance à l’âge adulte, dès les années 1950, rapidement imitée par les Etats-Unis, le Canada, l’Irlande, l’Ecosse, les Pays-Bas ou encore l’Australie. Les premières grandes études épidémiologiques françaises ont en revanche vu le jour bien plus tard, à la fin du XXe siècle, sur des sujets souvent très spécifiques. Le projet E3N suit par exemple une cohorte de 100 000 femmes depuis 1990, avec pour objectif premier d’identifier les facteurs de risques du cancer du sein et du cancer colorectal. Certes depuis quelques années, les projets se multiplient. En 2008, la CNAMTS * a initié l’étude épidémiologique Constance, dans le cadre de laquelle 200 000 patients des Centre d’examens de santé, âgés de 18 à 65 ans, seront suivis jusqu’à leur décès. L’idée étant de développer les connaissances scientifiques pour mieux appréhender des grands enjeux de santé publique de demain, principalement les risques professionnels, les inégalités sociales de santé, et le vieillissement de la population. Quant aux impacts sanitaires des modes alimentaires, ils font l’objet de l’étude Nutrinet-Santé, lancée sur Internet en mai 2009 par (entre autres) le ministère de la Santé, et dont l’objectif est d’analyser sur cinq ans l’alimentation et l’état de santé de 500 000 « nutrinautes ». En matière d’impact de la pollution environnementale, les études existantes couvrent cependant des périmètres plus réduits. La cohorte Pélagie a par exemple évalué l’imprégnation aux pesticides de 3500 femmes enceintes en Bretagne entre 2002 et 2006. En Guadeloupe, région touchée par la pollution au chlordécone, l’étude Ti-Moun examine actuellement l’impact de l’alimentation maternelle pendant la grossesse sur le développement du fœtus et du nouveau-né. La première grande étude épidémiologique en santé-environnement Jusqu’ici, le champ santé-environnement manquait donc cruellement d’études épidémiologiques de grande envergure. Le lancement du projet Elfe, dont la phase pilote a montré une implication significative des citoyens, vient combler cette lacune. « Au cours des études pilotes, qui ont démarré en 2007, en Bourgogne, Picardie, Rhône-Alpes et Seine-Saint Denis, 55% des familles contactées à la naissance ont accepté de se lancer dans le projet », raconte Marie-Aline Charles, épidémiologiste à l’Inserm et directrice de l’étude ELFE. Un taux d’acceptation encourageant. Car ces familles auront à répondre à de multiples questionnaires, à se rendre dans des centres d’examens, à fournir des prélèvements biologiques pour la récolte des données. Ces sollicitations seront fréquentes lors de la première année de l’enfant, au cours de laquelle son développement est rapide, puis suivront par la suite un rythme annuel. L’étude Elfe évaluera l’imprégnation des individus à de multiples polluants environnementaux (pesticides, bisphénol A, phtalates, retardateurs de flamme, métaux lourds, polluants atmosphériques, etc.) et observera leurs effets sur le développement global. L’intérêt de ce suivi sur le long terme est multiple. D’abord, il s’agit de déterminer l’influence des substances absorbées par de jeunes enfants sur leur santé future. « Les anomalies causées par une absorption précoce ne sont pas forcément visibles dans les premières années, les effets peuvent être observés bien plus tard », explique Marie-Aline Charles. Ensuite, la dimension multidisciplinaire de l’étude, qui implique sciences dures et sciences sociale offre des perspectives de recherches originales. « Nous pourrons par exemple évaluer l’impact des pesticides sur le niveau scolaire des enfants, ou sur leur insertion sociale », ajoute-t-elle. La réussite du programme dépend également – et surtout – d’une collaboration efficace entre plusieurs équipes de chercheurs, spécialisés dans des disciplines très différentes. Les données fournies par les familles doivent en effet être croisées avec celles émanant de nombreuses stations de surveillance (de la qualité de l’eau, de l’air, du bruit), avec les cartes de disposition des antennes relais ou encore celle des lignes à haute tension. Il faudra ensuite interpréter et modéliser toutes ces informations pour en déduire une imprégnation moyenne des individus, et partant de là, adapter les politiques publiques de lutte contre les pollutions. Un vaste chantier qui requiert de multiples compétences encore émergentes en France. *Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés
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